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Qui prouvera qu'enfin nous vivons au présent.
Jules Supervielle, État de veille
Nous oublions, nous croyons oublier!… Passe devant la villa de Ranou Shirazi; faut-il en parler à la police? Il fait très beau. En ce moment Benato aurait bien aimé avoir un ami auquel se confier... Il n'a aucune réponse à ses nombreuses questions, traversant la rue Gwendoline Raisson, Théobald entend sonner un téléphone. Benato ne voit pas Thomas qui entre dans la maison de Mathew Coloane. Théobald n'a jamais eu confiance en lui. Théobald est tellement enfermé dans ses pensées qu'il marche sur une fiente - a parfois la tentation du couvent, ou de la fuite. Benato remarque Clairwill qui sort de chez Marly Sad. Benato aperçoit un de ses élèves qui joue au foot avec des garçons sur la place Alisher Eco... Benato ne se sent bien qu'avec les enfants... Ne se battrait peut-être que si un de ses deux enfants était en danger; et encore... Théobald Benato a dans une poche la lettre de rupture qu'il vient d'écrire à sa femme mais ne se décide pas à la poster... Théobald Benato a beau chercher, il ne se connaît pas d'ennemis: porter plainte? Il tourne sans raisons dans la rue Alfredo Ermakov - traverse la place de l'église, a une désagréable tendance à s'enfermer dans la rumination... Marche machinalement dans Thomery; la marche lui permet d'essayer de réfléchir ! Essaie de se souvenir quel, parmi les parents d'élèves ou parmi ses anciens élèves pourrait le détester à ce point; il n'arrive pas à se concentrer sur une idée précise.
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Avant d'aller plus loin, il faut que je fasse une parenthèse.
Georges Duhamel, Journal de Salavin
Le mur de gauche est occupé par un bar massif ! Quelqu'un s'écrie : "c'est quand même incroyable que nous nous disputions alors que nous avons tant de raisons de nous entendre". Un ratier rôde sous une table... Oriane parle vite, d'une voix où perce du trouble, peut-être même de la peur. Au bout du bar sur un tabouret un homme ne perd pas une miette des conversations, l'atmosphère est électrique - tous semblent participer à toutes les conversations à la fois - Bloom poursuit son bavardage pendant plusieurs minute... Une bouteille circule : à tous moments, quatre ou cinq dialogues se mêlent; Théobald fait semblant de ne pas avoir entendu. Tout à coup Edward Munch ne peut plus se contenir; Sinouls affirme que une crispation née au centre du bas ventre se diffuse avec lenteur dans les organes proches. Le bar est presque plein : Rose Sanchez regarde Mademoiselle Ostapenko et elle a vu qu'elle la regarde; toute la conversation paraît très folle : l'éclairage au néon est trop fort... Mme Elena Elytis : "j'en ai assez d'être éveillée toutes les nuits par des inconnus !" des paroles diverses se croisent et s'accrochent dans la fumée des cigarettes ! Sir John Tarrou serre toutes les mains... Il a décidé de mener sa propre enquête, un silence revient: la nuit est venue... Un malaise de plus en plus visible s'établit entre les personnes présentes.
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Non, monsieur Lenoir, vous n'êtes pas dans un cauchemar.
Armand Salacrou, L'archipel Lenoir
Omar sait que là où il est et à cette heure il est inutile d'appeler et essaie de s'arrêter de courir et le cerveau se met à tourbillonner sans que les idées ne parviennent à se fixer - et sa ferme est à plus de deux kilomètres et le motard ne cherche pas… il ne sait plus vers où aller et le motard devient le fantôme du jeune chasseur d’autrefois et Omar pense: "l'univers ne se ferme pas" et ne sait où aller et voit les yeux bleus du chasseur qui le fixent et n'a pas le temps de penser ni de réfléchir et la campagne est vide à des kilomètres à la ronde et Bumstead se revoit tirant le corps encore chaud sous les hautes fougères rousses d'automne et la silhouette du motard se confond avec celle de son ancienne victime et le motard est tout vêtu de cuir noir et sa moto est noire et entend son coeur qui bat à toute allure et dans son inquiétude Omar a laissé tomber son téléphone et Omar Bumstead n'a pas le temps de se poser des questions et Bumstead sait avec certitude que le motard joue avec lui comme un chasseur avec son gibier et dans son angoisse le présent et le passé se mêlent et plus rien d'autre n'a d'importance et il pense qu'il va mourir comme une bête nuisible et Bumstead court dans la nuit et Omar Bumstead sait qu'il est inutile d'appeler ou de crier et...
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Voilà ce que j'avais à dire, et maintenant fais ce que tu voudras.
Paul Claudel, l'annonce fait à Marie
La chose la plus importante est sa famille, personne ne l'a jamais traité comme ça. Il n'arrive pas à croire qu'il peut circuler librement. Nathan Gregorovius se sent obligé de prouver qu'il est un bon citoyen - toutes les rues se ressemblent! Nathan depuis sa naissance a appris à ne pas se plaindre, Gregorovius est rassuré d'avoir obtenu un certificat de civisme; se sait prisonnier de l'histoire. Il lui semble que tout est exclu de son monde! Gregorovius redoute surtout les séances de révision civique - Gregorovius s'est fait par degrés à l'idée d'avoir peur - sent qu'il doit rester faible... La soirée est avancée... Gregorovius habite à Puiseaux depuis plus de vingt ans mais il n'en fait pas encore vraiment partie. Il sait qu'il doit rester discret, Nathan n'a jamais rien fait de mal; Gregorovius ne s'est jamais senti comme ça auparavant; quand tout devient impossible, il faut se retirer en soi: ce qu'il a entendu ce soir à la société n'est pas pour le rassurer, Gregorovius aimerait se persuader que plus rien ne le menace; ce qui se passe en Vendée l'inquiète! Il y a longtemps que Nathan Gregorovius rêve d'élever un enfant; les yeux d'Égalité sont lourds et noirs il pourrait être son fil...
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Qui pleure là, sinon le vent simple…
Paul Valéry, La jeune Parque
A une idée précise en tête; D’Eurymédon a oublié l'existence des autres. L'église (Saint Justinien) est au centre du village: Wilfrid ne voit personne; il sait qu'il n'existe pas deux choses identiques. Wilfrid ne goûte que les petits plaisirs ordinaires; va où ses pieds le mènent: D’Eurymédon marche avec méthode ( fait tout avec méthode). Il contourne les imperfections sur le goudron de la chaussée; possède le don d'enregistrer les moindres détails autour de lui en ayant pourtant l'air d'avancer dans le brouillard; D’Eurymédon vit selon l'instant - D’Eurymédon a le temps pour lui. Seuls les pigeons, qui font la loi sur les toits, proposent une agitation méthodique... Le quartier est plongé dans une sorte de stupeur - les façades des maisons ont un air absent, barricadé, des enfants jouent dans les jardins; des rues à peu près inhabitées - ce quartier n'a pas d'importance. A l'écart de tout, un hors-monde, seuls de vagues bruits lointains dénoncent un reste de vie, un chat traverse une rue comme s'il craignait d'être aperçu. Le quartier est un dortoir à la campagne : les rues sont étroites et quelconques, aveuglantes - rien n'est assuré.
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Quelque chose ne va pas.
Didier Decoin, John l'enfer
Harley Ellison est un étudiant sérieux - n'en croit pas ses yeux! N'a pas assez le sens de l'humour pour soupçonner une erreur ou une plaisanterie: malgré sa stupeur Harley Ellison ne peut s'empêcher de lire: "rien ne reste sinon le couple..." : ce cours n'est pourtant pas un cours d'éthique ni de philosophie! Il n'est pas question de continuer avec ce professeur Eckhart : "Eckhart.edu" a pourtant la réputation d'être une adresse sérieuse... Que peut bien vouloir dire une phrase comme: "rien n'est plus atroce que le danger" ou entre "l'homme est mortel par nature".
Trouver une telle affirmation dans un corrigé n'est pas facile à accepter; c'est la première fois que dans cette université une chose semblable lui arrive, les universités sont trop chères pour des cours de mauvaise qualité! Préfère penser que cela ne signifie rien.
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Mon professeur était un jeune homme à peine plus âgé que moi…
La rédaction, Valérie par Valérie
Aucun rapport entre le contenu de son devoir et les commentaires du professeur Eckhart, Leonardo Ernaux ose à peine penser qu'il pourrait s'agir d'un répondeur automatique... Et pourtant! Prend ses études très au sérieux. Leonardo Ernaux a relu plusieurs fois son travail et ses commentaires, il ne comprend pas ce qui pourrait les réunir... Ne comprend pas ce que cela peut signifier - pourquoi payer si c'est pour être traité d'une façon aussi insolite? Si ça c'est de la philosophie, alors Leonardo Ernaux refuse de s'intéresser à la philosophie - Leonardo Ernaux a l'impression que ce professeur Eckhart est ironique, "rien n'est plus atroce que la brute": trouver une telle affirmation dans un corrigé n'est pas facile à accepter. Leonardo Ernaux a beaucoup de mal à accepter qu'un travail qui lui a pris une semaine de sa vie puisse recevoir comme seul commentaire: "les brutes peuvent troubler le génie". Ne voit aucune relation entre le travail qu'il a produit et les commentaires qu'il reçoit comme corrigé. Monsieur Eckhart a écrit: "l'histoire est un cauchemar dont on essaie de s'éveiller - les meilleures brutes sont les moins probables". Le texte que lit Leonardo Ernaux semble venir d'un cerveau divagant - une autre hypothèse serait que Leonardo Ernaux serait borné mais comment l'être à ce point: Leonardo Ernaux est un étudiant sérieux qui a choisi une université sérieuse. Relit pour la troisième fois les commentaires qui tiennent lieu de corrigé à son travail, Leonardo Ernaux ne comprend pas... Ce cours n'est pourtant pas un cours d'éthique, n'a pas assez le sens de l'humour pour soupçonner une erreur ou une plaisanterie - prend son travail à coeur, payer aussi cher pour de telles insanités est imbécile, Leonardo Ernaux décide de porter plainte: les universités virtuelles sont trop chères pour accepter des cours de mauvaise qualité. Leonardo Ernaux hésite entre fureur et indignation...
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C'était quoi, cette fois? la coca, les bordels, les deux…?
Tony Cartano, Le bel Arturo
Les courriers qu'il reçoit sont haineux! N'est pas très assuré que toute sa vie ait été toujours irréprochable, il n'a aucune envie d'essayer de refaire son réel ailleurs. Essaie de garder son calme; Othon n'ose pas aller à la gendarmerie; n'aime pas que sa tranquillité soit dérangée... Qui n'a pas quelque chose à se reprocher?
Et aujourd'hui le corbeau le menace d'envoyer ses messages au journal local, si cette publication ne prouvait pas une fouille méticuleuse de son passé, l'envoi par internet d'une lettre d'amour de son adolescence, l'aurait fait sourire... Ne sait plus que penser, Winston n'aime pas se sentir nu devant un inconnu invisible; Monsieur Othon Winston craint un peu l'ordre des médecins! Comment son bourreau anonyme peut-il savoir tout cela? Il y a si longtemps qu'il ne parle plus à sa femme. Que son corbeau ait pu pénétrer son ordinateur - comme le montrent les clichés d'échographie qui lui ont été envoyés - le gêne profondément - qui a pu apprendre qu'il avait milité dans un parti d'extrême droite?
Se demande ce qu'il doit faire - ça fait maintenant trop longtemps que ça dure... Winston ne tient pas à ce que tout Jacqueville soit mis au courant de sa relation amoureuse avec Rosa Sinouls ou Paulina. Se demande sur qui il pourrait compter pour se défaire de ce problème; Winston ne comprend pas qui peut le détester à ce point. N'arrive plus à penser à autre chose, il n'en dort plus! Les événements des jours précédents le perturbent...
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C'est horrible de voir les choses comme ça!
Alice Ferney, Paradis conjugal
Le ciel est en pleine émotivité, dans de grands chaos de nuages et de noir, Mademoiselle Dedalus sait qu'elle ne pourra pas garder tout ça pour elle très longtemps... Un nuage accroche quelques arbres et se brouille: Johanna pense qu'elle ne veut pas mourir, "demain dix heure", le texte du dernier courrier est précis même si Johanna Dedalus ne sait pas du tout ce qui l'attend: s'il n'y avait son enfant quitterait la région tant elle est désorientée! Crépuscule bleu, tombée de nuit, ciel noir profond; essaie de se souvenir de ce que lui a dit Steven Saylor la dernière fois qu'elle l'a vu, Johanna Dedalus sait bien qu'il ne s'agit pas d'un suicide, Johanna se dit que tout cela n'est pas vrai, aimerait bien que quelqu'un lui dise ce qu'elle doit faire : appeler la police ou se taire et attendre; ses connaissances en informatique ne lui ont servi à rien. La mort de Steven Saylor la hante... Marche de long en large, traverse cents fois la pièce. Se sent aussi ridicule, un nuage se met à couvrir le soleil… N'a pas envie. Se sent frêle... "demain dix heure", le texte du dernier message est précis même si elle ne sait pas ce qui l'attend; pense à Steven Saylor, le dernier mail qu'elle a reçu est plus inquiétant encore que les autres; elle est morte d'angoisse...
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La nuit couve toujours quelque traffic.
Jean-Michel Espitallier, Ponts de frappe
Regarde par la fenêtre de la grande pièce de la maison Cottard. Imagine derrière les murs une mer de cognassiers... Ouvre le tiroir d'un bureau, en retire un dossier volumineux - Matoute range les photocopies d'archives locales étalées sur son bureau: Mme Matoute aime ça... Dit de Jérôme Cottard que c'est un pervers; mademoiselle Léna Matoute a mal à la tête; mademoiselle Léna Matoute circule dans la maison, de la chambre au couloir jusqu’à la fenêtre - vient s'habiller devant la télévision; a peur. Léna se sert un fond de verre qu'elle boit en se déshabillant. Matoute écrit le nom "Collot d'Herbois" sur une carte. Léna fait l'inventaire de vieilles brochures, Léna Matoute fouille dans un placard, Mademoiselle Léna Matoute n'a pas réussi à laver le sang qui tache le sol; Mlle Matoute marche d'un pas difficile, Léna s'inquiète des nombreux incidents qui émaillent ses jours. Elle circule de la porte à la fenêtre, de la fenêtre à la porte; entre dans la mémoire de son ordinateur diverses citations de Saint-Just comme "le démon d'écrire nous fait la guerre et on ne gouverne point" ou "la mendicité est incompatible avec le gouvernement populaire", Léna se dit que peu importent les expressions qui lui donnèrent l'éveil - Matoute a mal au pouce et au côté; Mademoiselle Léna Matoute s'inquiète des nombreux incidents qui émaillent ses jours: admire une pendule de marbre rouge, fouille dans un placard... Mademoiselle Léna Matoute dit à Roger Rieux d'aller se reposer; bouge, bouge, circule dans toute la maison et court, court: Matoute a le visage fermé et se demande comment trouver de la coke; jette tous les vieux journaux...
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