|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Le soleil de nos jours pâlit dè son aurore…
Lamartine, Méditations poétiques
Sous le désarroi apparent des actes, le
destin fixe sa trajectoire absolue, le temps s'accélère. Oedipe… Nos meurtres
sont plus que des assassinats: tout est en place pour que ce qui est prêt
s'accomplisse… Nous ne vivons que pour ces crimes, nous ne pouvons pas attendre
plus longtemps car il est des devoirs qui bousculent toute morale, plus rien
désormais ne nous fera reculer, il est des labyrinthes dont l'issue ne peut
être découverte que par un crime… Les raisons de vivre et de mourir sont très
mobiles; mémoire des assassinats, il est des raisons morales du meurtre qui bornent
toute morale humaine - nous avons attiré la mort, ses effluves flottent sur le
Gâtinais. Comme ils ont condamné une lignée à la souffrance, ces êtres doivent
connaître la douleur: nous frapperons quand et où nous l'avons décidé, quand
toutes les choses seront dites - chacun est un grain de poussière que balaient
les grands vents du destin. Nous n'avons pas de scrupules à avoir devant le
crime; le pire châtiment est de se laisser abattre sans avoir eu la possibilité
de lutter: la mort peut ainsi devenir l'objet d'une passion aveugle - une tête
réclame une autre tête…
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Depuis quatre mille ans il tombait dans l'abîme…
Victor Hugo, La fin de Satan
Le souvenir traîne sur les bosquets, perçoit dans le
lointain une voix crier le nom "Nonville"; il ne sait plus s'il est
la main, l'étrangleur ou la frondaison: crée l'appel de la mort… Sa rancune
s'émoustille devant les mâchoires des femmes, là ou ailleurs; crie
"Benato", "Benato", sans percevoir le vrai sens de ce cri…
Mange une part de tarte aux pommes; voit devant lui les altercations des
mouches méticuleuses… Des Harpies fondent sur lui, il brave le mordillement des
affreux… Est menacés par Dominique - le monde se garde contre la nonchalance…
Crée le chant des lumières de l'intuition: des combats de bouledogues se
construisent dans les feuillages… L'examine, elle - Mademoiselle Mukoma danse tout
autour de la chambre, vêtue d'un slip de soie. Un tourbillon d'ondes se met à
danser sur les murs comme un carroussel particulier, il a déjà rêvé quelque
chose de ce genre… Le mot "destin" est suspendu dans l'air: c'est le
rival des ombres; défie les odeurs des duperies… Benato paraît très serein - M.
Hanneton s'éveille avec la présence du mot "destin" comme un
avertissement.
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
il n'est pire ire que pyromane
Jean-Pierre Balpe, Rébus sous forme d'un puzzle de 30 poèmes
Le jour meurt, à l'approche de l'obscurité, le jour
meurt, parmi les chansons et les cris de joie, parmi les cris des vendeurs de
journaux, à l'horizon comme s'il y avait un incendie le ciel est inondé de
clartés rouges; des chariots entrent bruyamment sur la place Louis XV; le
soleil se couche rouge feu. Le ciel tremble de rouge et de noir. Des femmes
enveloppées de châles mendient, nuages; la populace est avide du spectacle; de
grands chariots rouges parcourent lentement la place. Chaque balcon porte sa
grappe de dames; un nuage accroche aaaaquelques arbres et se brouille. La condamnée
monte les marches de l'échafaud… Un nuage se met à couvrir le soleil… De lourds
nuages noirs aux bords déchiquetés accourent de l'ouest, quelqu'un demande à
quelqu'un d'autre: "qui est-ce?". On entend une réponse: "Jeanne
Establet", nuages. En un instant elle est couchée sur la planche, le ciel
est en pleines désorganisations: le bourreau fait tomber le couperet. De
petites gouttes s'accrochent aux murs: la tête est projetée par un violent jet
de sang, le bourreau essuie le sang qui a rejailli sur son visage… Les bois de
justice se colorent de sang fumant; le ciel lamine l'espace de sa voûte de
plomb: comme celui d'un animal le cadavre est jeté dans un tombereau; des voix
s'élèvent: "Vive la guillotine d'amour", "aux jacoquins" -
le ciel tremble de rouge et de noir - les nuages sont striés de rouge-sang -
soixante douze autres condamnés se préparent.le soleil lance de grands jets de
sang! De rares lumières se dissolvent dans la pâleur des ombres, le soleil
lance de grands jets de sang… La grande lame de l'éclair tranche l'épaisseur du
crépuscule.
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Oh ! n'allez point par là, ce n'en est pas la peine…
Vicor Hugo, Ruy Blas
Le ciel est bleu: le soleil badigeonne de blanc tout un
côté du paysage; à Thiersanville personne ne le soupçonne. Car parfois il se
sent si las: l'attente augmente son exigence et il s'impose ce supplice aussi
longtemps que possible… Tristan n'a aucun remords - comme tous les pervers il
est naïf… Hanneton se cache derrière un frêne, parcourt les sentiers des
cerisaies autour de Thiersanville: le problème est de ne pas se faire remarquer
- les espaces bleutés palpitent, chaque fois que cette impression s'empare de
lui, Hanneton sait qu'il lui faut la chasser sinon elle finirait par le
détruire. M. Hanneton sait que sa vie n'est ni sans reproches, ni sans fautes…
Tristan cherche les voitures garées au bord des bosquets… Monsieur Hanneton se
dit qu'il a trop aimé l'amour… Son esprit est gorgé de choses lourdes; Hanneton
éprouve un fort sentiment de satisfaction et de puissance… Sait quelles
tempêtes et quels appétits se cachent en lui. Doit passer inaperçu: il n'est
rien de plus amer que de chercher l'amour et de découvrir le vice… Parcourt les
lieux que fréquentent les travestis; Hanneton court dans la campagne: le temps
est de circonstance… au-dessus de la terre l'air vibre en ondes de chaleur:
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Tu dis plus que tout ce qu'il est permis à tes mots de signifier.
Georges Veltsos, Humus
Le ciel dissimule des menaces - nuages.
L'inquiétude est là, et siffler dans l'ombre ne suffit plus: le soleil se
couche rouge feu! La nuit tombe comme un couperet… Il pleut (un peu): les poils
du poignet et du dos se dressent… Des pensées horribles envahissent le crâne.
Tout objet, tout ballottement sont terreur… Il est impossible d'articuler un
seul mot, une lave de lumière déborde les bâtiments. Un danger absurde vacille
dans l'air. C'est plus que de la peur maintenant; le ciel est en pleines nervosités
- est submergé de crainte… L'esprit formule les hypothèses les plus hébétées:
l'esprit se met à virevolter sans que les idées ne parviennent à se fixer! De
lourds nuages sombres, frôlant le Palais National qu'ils enveloppent par
moments d'une brume blême: il n'y a pas plus gris… L'ombre bleue des nuages
file au loin; la respiration s'accélère. Tout se réduit au seul état d'attente,
seule cette attente paraît en suspens dans le vide alentour.
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
l'identité ramène à l'unité
Emmanuel Moses, L'Animal
J'ai un besoin désespéré de certitude et je suis prêt à
n'importe quoi pour en trouver. Nous sommes deux doubles: il est l'être le plus
merveilleux que je connaisse; nous finissons par nous ressembler: sa voix a une
telle force que j'ai l'impression de parler à travers elle… Il sait que les
choses se passent toujours ainsi, le besoin que nous avons l'un de l'autre est
éternel - c'est lui qui m'habite… Il a décidé de jouer à ne pas être vu; il y a
entre nous l'intimité d'un secret bien gardé, il m'a fait ce que je suis… Dès
que je pense à mon enfance je nous vois; il est heureux de vivre la folie de
nos rêves, y a-t-il donc des passions anachroniques? Nous avons beaucoup ri
ensemble; je dis ce qu'il pourrait dire. Nous sommes les images en miroir l'un
de l'autre. Toute mon âme est emportée vers lui… Personne n'est allé chercher
dans les dossiers de la cour d'assise une réponse à cette question, je n'ignore
pas qu'il faut compter avec ses décisions: il a pris possession de moi d'une
manière ou d'une autre… Notre amour paraît inadmissible à la plupart des
hommes, rien n'a de sens si je ne peux le partager avec lui - il a créé mon
vrai moi.
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Je cherche à échapper sans doute à un animal je voudrais devenir ce que je suis…
Xavier Person, Extravague
Il y aurait trop à dire; en lui appartenant j'ai
l'intuition d'appartenir à tous les autres: je sais les changements qui se
produisent en nous, nous sommes deux doubles… Aller plus loin dans le
fantastique; il devine toujours ce que je vais dire: il y a entre nous un
indomptable courant de sensations qu'il est pénible de ne pas reconnaître; il a
décidé de jouer à ne pas être vu. Je sens le lien solide qui nous unit. Je ne
lui ai jamais rien dit qui pouvait lui faire croire quelque chose de ce genre:
j'aime son ardeur et son assurance dans le plaisir, son goût dur… Je perds
beaucoup quand je ne suis pas avec lui: le goût de chaque chose me revient:
rien ne nous effraie dans le monde. Aussi il y a entre nous l'intimité d'un
secret, rien n'a de sens si je ne peux le partager avec lui; toute mon âme est
emportée vers lui - me parler est comme lui parler. J'ai toujours aimé sa
chevelure - je devine ses pensées quand je vois ses yeux se poser sur moi: l'ambition
et le naturel alternent dans son désir… Oublier tout calcul c'est un rêve - je
sais les changements qui se produisent en nous. Il a pris possession de moi
d'une manière ou d'une autre…
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
A mon tour je vous dirai que c'est à vous seul, cher Ali, que je révèle les secrets de mon âme.
Isabelle Eberhardt, lettre à Ali Abdul Wahab
François-Marie Bressac n'a jamais cherché à comprendre
ses rêves… Bressac a beaucoup de mal à mettre de l'ordre dans les souvenirs de
son rêve. Une grosse pierre pèse sur sa poitrine. Le rêve submerge la
conscience… Il accepte le mordillement des centauresses: il y a des maisons et
des jardins. Dans l'établissement, Winston offre des branchages stupéfiants…
Délire: jette un coup d'oeil dans un miroir - affronte les miasmes des
hypocrisies - voit Blanche et Winston… Gabrielle Morelli danse tout autour de
la chambre, vêtue d'un slip de soie. Examine Dominique… Est menacé par
Dominique Gregorovius, Winston semble très serein… Car il est inutile de garder
le chaos des élucubrations, un marin invente la main des huîtres: invente
l'appel de la mort. L'air est bleu gros gros bleu; entend dans le lointain une
voix crier le nom "Nonville" ou "Isles-sur-Lunain", ne sait
plus; récuse en vain l'image d'une poupée sanglante qui lui ressemble; les gens
sont des choses et toutes les choses deviennent des gens. Il faut admettre que
les rêves pèsent… Une lumière modifie la façon dont les sons s'allongent et se
présentent dans la nuit…
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Je ne suis pas responsable des lois de la nature.
Armand Salacrou, L'Archipel Lenoir
Et pourtant elle n'est pas particulièrement croyante…
Madame Blanche se dit qu'elle aurait aimé vivre dans un couvent; pour elle le
mariage devrait être l'union de deux consciences; Fulvie a voulu croire un
temps que c'était son époux qu'elle ne supportait pas, mais une brève
expérience avec Charles Le Manvieux lui a démontré son erreur - la vue -sans
parler de l'odeur- d'une bite lui fait horreur. Serait prête à payer elle-même
pour que son mari aille coucher avec une autre femme. Fulvie ne veut pas qu'il
la désire. A horreur de tout ce qui est gluant, du sperme, de la salive, de la
sueur… se couche de plus en plus
tard sous n'importe quel prétexte dans l'espoir que son époux se soit endormi… ne
comprend pas le plaisir qu'il peut y avoir dans le frottement de deux corps: a
la sensation d'être une putain, une putain qui faitson boulot… C'est une
impression désagréable… Quand il l'oblige à coucher avec elle, Fulvie donnerait
n'importe quoi pour être débarassée de lui - ne peut s'empêcher de penser que
chaque enfant porte en lui un peu de l'imperfection de l'acte sexuel dont il
provient - Fulvie Blanche ne laisse pas son époux l'embrasser… La simple idée
de mains caressant son corps lui donne envie de vomir comme si une limace
glissait sur son ventre, pourtant elle a peur du divorce car elle n'imagine pas
vivre avec quelqu'un d'autre que lui… Fulvie Blanche donnerait n'importe quoi
pour que son époux l'ignore… Si Blanche n'avait pas de corps, elle l'aimerait
sans doute davantage; elle n'ose se confier à personne; cette attitude crée une
impression de péril… Sous n'importe quel prétexte se couche de plus en plus tard dans l'espoir que son époux se
soit endormi: se dit qu'elle n'est plus heureuse - comment faire avec ça?
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Tu ferais quoi si je mourais ? Si tu mourais je voudrais mourir aussi.
Cormac Mc Carthy, La route
Elle a la sensation d'être une putain, une putain qui fait
son boulot; les brefs moments contents de son existence présente ne sont que de
vagues souvenirs de ses bonheurs d’autrefois - la vue - sans parler de l'odeur-
d'un vit lui fait horreur… Se prend parfois à rêver qu'une maladie ou un
accident prive son époux de tout désir - Madame Blanche n'a fait l'amour
volontairement que lorsqu'elle voulait être enceinte, Fulvie Blanche déteste ce
corps qui pénètre en elle… Fait pourtant parfois des cauchemars érotiques dans
lesquels elle prend son plaisir avec un inconnu - Fulvie Blanche n'a jamais pu
faire l'amour dans la lumière, sous n'importe quel prétexte se couche de plus
en plus tard dans l'espoir que son époux se soit endormi avant elle; n'est pas
certaine que ce soit essentiel… Et pourtant Fulvie Blanche n'est pas croyante -
ne comprend pas le plaisir qu'il peut y avoir dans le frottement de deux corps
- elle croit avoir connu la félicité bien qu'elle n'en soit pas assurée - si il
n'avait pas de corps, Fulvie l'aimerait sans doute davantage. Fulvie vit dans
un sentiment tenace de culpabilité… Cette attitude crée une impression de
péril, se dit qu'elle aurait aimé vivre dans un couvent : Fulvie Blanche serait
prête à payer elle-même pour que son époux aille coucher avec une autre femme :
Fulvie Blanche a une nostalgie absolue de son enfance : pourtant Fulvie a peur
du divorce car elle n'imagine pas vivre avec quelqu'un d'autre que lui… Fulvie
se dit qu'elle n'est plus heureuse, ne comprend pas comment elle a pu se marier
: quand Fulvie Blanche se refuse, Blanche est de mauvaise humeur et fait des
allusions gênantes devant les étrangers… Fulvie Blanche déteste la bouche de
son mari sur la sienne…
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
1036 notes (104 Pages, 10 par page) [ 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 ]
|