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Quand la mort arrive, peu lui importe s'il s'agit d'une mère ou d'une épouse.
Atiq Rahimi, Terre et cendres
Des chariots entrent bruyamment sur la place du Champ de Mars... Un cri traverse la foule: "hideuse marcheuse, va au diable !" une femme s'avance, l'impudence est sur son front, d'une fenêtre, un enfant crie : "maman, maman"! Elle se couche d’elle-même sur la planche, semble prier - les tambours roulent, le bourreau libère le couteau - le sang coule à gros bouillons: le bourreau essuie le sang qui a rejailli sur son visage; l'odeur du sang chaud envahit la place, excite la foule. Une vieille femme hésite une seconde puis se décide, cheveux noirs, courts et hérissés. Les bourreaux s'emparent d’elle sans ménagement, la plaquent sur la planche, la couchent sous la lame suspendue ! Il y a une fente claire et quelque chose tombe comme l'éclair; le sang éclabousse les vêtements rouges du bourreau, on entend un choc sourd, la tête se sépare du corps ! La condamnée monte les marches de l'échafaud - à son tour le bourreau rouge s'avance, approche de la guillotine, libère le couperet - la tête jaillit, comme crachée par la lunette de la guillotine; deux flots de sang jaillissent du cou coupé... Sang, sang, l'univers paraît fait de sang : une femme semblant sortir du tombeau approche vêtue à demi elle se tourne vers la populace. deux flots de sang jaillissent du cou coupé : le flot de sang se perd dans la mare nauséabonde qui entoure l'échafaud... Le ciel traîne sur la ville comme un ventre trop lourd...
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En cette année 1437, la prospérité était telle que même les plus démunis pouvaient se permettre de dépenser les quelques ducats nécessaires à se parer et à faire bombance.
Sarah Frydman, Le lys de Florence
216 ans d'attente - plus rien désormais ne nous fera reculer car les temps sont venus, leur mort est notre seul devoir: sous le désordre apparent des histoires, le destin fixe sa trajectoire absolue; qu'importent les personnes réelles que sont Ostapenko ou Bellaud si l'histoire réclame leur mort: il y a une étrangeté parfois même une intelligence de l'animosité: une tête désire une autre tête, l'appel du sang, nous frapperons quand et où nous l'avons décidé, quand toutes les choses seront dites! Il y a des regards dont le choc est insoutenable. Un par patronyme, n'est-ce pas un message assez clair? Comprenne qui voudra - le meurtre n'est après tout qu'un moyen comme un autre pour atteindre le but que nous nous fixons; nous regardons leurs morts en face. Comme ils ont condamné une lignée au tourment, ces êtres doivent connaître la torture, il faut pourtant qu'ils comprennent ce qui leur arrive, la mort peut devenir l'objet d'une passion aveugle; l'homme ne peut pas changer le cours de l'histoire, s'inventer un autre avenir; le temps s'accélère. Nos crimes sont bien plus que des assassinats: l'assassinat après tout n'est qu'un moyen comme un autre pour atteindre le but que nous nous fixons! le pire châtiment est de se laisser abattre sans avoir eu la possibilité de lutter, car on est toujours soulagé par l'assassinat de ses adversaires...
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Cris de plaisir et de victoire sur la faille du sens…
Florence Pazzottu, s'il tranche
Frère
ceux qui devraient faire respecter les lois sont ceux qui les nient. Il faut être aux portes des boulangers dès quatre heures du matin... La vie des hommes ne vaut plus rien! Les hôpitaux débordent de créanciers de la République qu'elle devrait défendre et élever. Cela fait deux mois que nous avons bien de peine à avoir du pain. Les caves des riches sont pleins de provisions... Malgré sa vigilance enflammée le nouveau comité de salut public peine à faire respecter les lois : les femmes passent toutes ces nuits à attendre tout ce tour d'entrer chez le boulanger : on voit des filles de douze ans finir dans les bordels ! Le monde va mal... Une paire de souliers coûte 25 livres : c'est ce qui effraie davantage; les enfants accusent leurs parents de tous les méfaits - l'état de notre nation est abominable - toute personne qui ne suit pas les idées communes est persécutée; le pain se vend à cinquante sols la livre. Tandis que nos ennemis se précipitent sur nous - les prisons sont pleines d'une multitude d'arrestations arbitraires
votre concitoyen
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La rhétorique n'est pas seule à produire la conviction.
Platon, Gorgias
Pétition du comité de surveillance et révolutionnaire de Rumont datée du tridi 23 Thermidor an I
les biens d'émigrés ont été vendus et se vendent en gros lots à de riches laboureurs, le peuple ne connaît le prix de ces propriétés immenses que par les fatigues de ses travaux... Plusieurs cultivateurs de domaines et locateries exigent des droits onéreux : c'est l'obligation de fournir une grande quantité de gros blé ! La commune n'a jamais eu de biens communaux; les pauvres cultivateurs et manouvriers ne peuvent pas vivre alentour; il ne suffit plus de porter le dernier coup contre l'aristocratie détenue et de séquestrer des biens jadis usurpés à l'humanité ; il faut prouver au peuple que ses frères ont les yeux ouverts sur ses besoins ! Même si ce ne sont pas les seuls ennemis que nous avons à combattre.
Tarrou, Cannone, Manvieux, Fasquelle
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Il ne s'agit pas de balayures
ces drôles de balayures de mer appelées
au secours…
Philippe Beck, Garde-manche hypocrite
Un enfant à poil, assis dans la boue, yeux immenses, grands ouverts malgré la nuit, regarde! Il n'y a pas d'échappatoire à la brutalité du monde! Un vieillard agonise effondré sur les marches d'un petit escalier gluant d'humidité. Un adolescent nu dévore un insecte. Un gémissement plaintif se fait entendre; les soldats n'arrivent pas à se frayer un chemin - une horrible puanteur de cadavre flotte dans le crépuscule; il n'existe pas de havre de paix où se mettre à l'abri du mal, de la douleur - Célestin Guittard de Floriban est ensanglanté de la tête aux pieds. Il y a des enfants au visage creux de vieillard livrés à la solitude et au néant, des corps jonchent le sol. Célestin Guittard de Floriban regarde autour de lui les corps consumés par la faim... Des condamnés toussent; un homme aux yeux renversés regarde la voûte d'un air implorant; un enfant est allongé sur une couverture - des hommes bougent, d'autres geignent, une femme agenouillée s'efforce de retenir le bras d'un guerrier; sous son pied il écrase la gorge d'un garçonnet nu; son épée dressée menace l'enfant sans équivoque - le sol est humide d'urine - l'atmosphère est humide... Par une porte, un soldat jette une prisonnière dans la salle, elle heurte violemment un des murs: Célestin Guittard de Floriban souffre de la faim, comme une plaie au ventre... Un bruit de pas et d'armes approche.
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Tout récit d'apprentissage effectué par une personne qui a fait l'expérience du niveau transpersonnel, à quelque degré d'intensité que ce soit, comporte des informations très surprenantes pour quelqu'un qui n'a pas encore personnellement expérimenté les énergies très particulières de ce niveau.
Olivier Clouzot, Éveil et verticalité
Le temps est à la mesure de la liberté, le soleil éclate très haut. Mieux vaut recommencer… Le soleil illumine sans cesse sur une ville transformée par sa propre folie. Découpée dans le bleu du ciel, la dentelure blanche des montagnes semble comme un décor d'opéra. Découpée dans le bleu du ciel, la dentelure blanche des montagnes semble comme un décor d'opéra. Où était-ce déjà ? Il a beaucoup d'informations, il a enregistré tout cela, il ne sait pas trop comment, il connaît des lieux, des circonstances, des événements entre lesquels il lui faut choisir pour avancer, simplement pour avancer. Choisir d'abord un lieu : "Brigg" ou "Bâle" ? Pour le simple plaisir sonore, il retient "Bâle". Ce dernier lieu lui convient, la sonorité en est agréable, riche, et que de souvenirs emmagasinés ! Le carnaval de Bâle. Le soleil illumine les couleurs pastels des façades. Le temps est éblouissant, la foule énorme, musiques, boissons et fête. Depuis le jour des rois jusqu'au mercredi des Cendres, la période n'est destinée qu'aux divertissements. Partout la foule en liesse, le fleuve des masques déborde dans les ruelles étroites. N'importe quel mot est un mot. Il parcourt le réseau de ses mots. Ça ne colle pas bien, il hésite entre ses mots dont il ne connaît pas bien l'origine. Il peut recommencer ! Il examine les lieux qu'il connaît : "Lausanne", "Lausanne", "Verbier", lanterne, se tâte, se décide enfin pour "Lausanne". Ce dernier lieu lui convient, la sonorité en est fruitée, sucrée, et que de souvenirs emmagasinés ! Le carnaval de Lausanne. Passent des groupes de visages blancs étrangement inexpressifs. Le vacarme sculpte les rues de la vieille ville, s'insinue dans tous les espaces, rythmes obsédants des tambours, stridulations des trompettes, sifflets surexcités : bruit, bruits. A Lausanne, pendant les jours de carnaval, les réflexes de vie quotidienne perdent soudain toute pertinence, l'ordre du monde est bouleversé. A Lausanne, pendant les jours de carnaval, les réflexes de vie quotidienne perdent soudain toute pertinence, l'ordre du monde est bouleversé. A Lausanne, pendant les jours de carnaval, les réflexes de vie quotidienne perdent soudain toute pertinence, l'ordre du monde est bouleversé. L'atmosphère est à l'obscénité.
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Voilà ce que j'avais à dire, et maintenant fais ce que tu voudras.
Paul Claudel, l'annonce fait à Marie
La chose la plus importante est sa famille, personne ne l'a jamais traité comme ça. Il n'arrive pas à croire qu'il peut circuler librement. Nathan Gregorovius se sent obligé de prouver qu'il est un bon citoyen - toutes les rues se ressemblent! Nathan depuis sa naissance a appris à ne pas se plaindre, Gregorovius est rassuré d'avoir obtenu un certificat de civisme; se sait prisonnier de l'histoire. Il lui semble que tout est exclu de son monde! Gregorovius redoute surtout les séances de révision civique - Gregorovius s'est fait par degrés à l'idée d'avoir peur - sent qu'il doit rester faible... La soirée est avancée... Gregorovius habite à Puiseaux depuis plus de vingt ans mais il n'en fait pas encore vraiment partie. Il sait qu'il doit rester discret, Nathan n'a jamais rien fait de mal; Gregorovius ne s'est jamais senti comme ça auparavant; quand tout devient impossible, il faut se retirer en soi: ce qu'il a entendu ce soir à la société n'est pas pour le rassurer, Gregorovius aimerait se persuader que plus rien ne le menace; ce qui se passe en Vendée l'inquiète! Il y a longtemps que Nathan Gregorovius rêve d'élever un enfant; les yeux d'Égalité sont lourds et noirs il pourrait être son fil...
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C'était quoi, cette fois? la coca, les bordels, les deux…?
Tony Cartano, Le bel Arturo
Les courriers qu'il reçoit sont haineux! N'est pas très assuré que toute sa vie ait été toujours irréprochable, il n'a aucune envie d'essayer de refaire son réel ailleurs. Essaie de garder son calme; Othon n'ose pas aller à la gendarmerie; n'aime pas que sa tranquillité soit dérangée... Qui n'a pas quelque chose à se reprocher?
Et aujourd'hui le corbeau le menace d'envoyer ses messages au journal local, si cette publication ne prouvait pas une fouille méticuleuse de son passé, l'envoi par internet d'une lettre d'amour de son adolescence, l'aurait fait sourire... Ne sait plus que penser, Winston n'aime pas se sentir nu devant un inconnu invisible; Monsieur Othon Winston craint un peu l'ordre des médecins! Comment son bourreau anonyme peut-il savoir tout cela? Il y a si longtemps qu'il ne parle plus à sa femme. Que son corbeau ait pu pénétrer son ordinateur - comme le montrent les clichés d'échographie qui lui ont été envoyés - le gêne profondément - qui a pu apprendre qu'il avait milité dans un parti d'extrême droite?
Se demande ce qu'il doit faire - ça fait maintenant trop longtemps que ça dure... Winston ne tient pas à ce que tout Jacqueville soit mis au courant de sa relation amoureuse avec Rosa Sinouls ou Paulina. Se demande sur qui il pourrait compter pour se défaire de ce problème; Winston ne comprend pas qui peut le détester à ce point. N'arrive plus à penser à autre chose, il n'en dort plus! Les événements des jours précédents le perturbent...
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Il veut tout faire, par à coups.
Tony Duvert, Journal d'un innocent
La gendarmerie annoncerait bientôt avoir résolu l'ancien assassinat d'un jeune chasseur dans les forêts de Rémauville, on verrait beaucoup Ratermanis dans la région ces temps–ci: Les récoltes seraient mauvaises - on aurait vu passer quelqu'un par la fenêtre de Linda Eizensberg et on pouvait même dire son nom, il y aurait quelque chose de détraqué dans les villages de la région, diverses personnes seraient sur le point de quitter le Gâtinais... Norpois s'occuperait un peu trop de Françoise... Rien de bien précis cependant; Alberto Savinio n'irait plus au café... Pierre Maigrot de Jacqueville ne parlerait plus à William Irish, l'arrivée d'un nouveau chirurgien pendant trois jours défraie aussi la conversation... pendant trois jours l'arrivée d'un nouveau chirurgien - la rumeur hésite entre Camilo Céline et Jules Romain - défraie aussi la conversation, les chiens ne dormiraient plus: Personne ne sait plus qui a dit quoi mais chacun est assuré de ce qu'il avance... Depuis plusieurs jours il semblerait même que Victoire Rimbaud fuirait Rosa Chateaubriand: le chien de la voisine de Léonce Daviot d'Obsonville aurait sauté par la fenêtre d'un troisième étage et s'en serait sorti indemne - quelqu'un aurait acheté la maison de Gwendoline Raisson... Luis Sepulveda ne serait plus quelqu'un d'honorable: un corbeau menacerait Winston: Plusieurs châteaux, villas et musées de la région auraient été cambiolés, de nombreuses catastrophes seraient sur le point de se produire...
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La vulnérabilité d'une cellule est fonction d'autre chose que de sa valeur hiérarchique.
Frédéric Léal, Selva
Malgré sa vigilance le nouveau comité de salut public peine à faire respecter les lois - et des cris fusent dans toute l'église devenue la salle de réunion du club des jacobins, et l'orateur poursuit "tous les conjurés ne sont pas encore frappés;" et un vieillard le regarde avec attention et le Vasistas à Samson ne travaille pas assez et les haines de chacun apparaissent à vif et il écoute l'orateur: "il y a des cultivateurs dans nos cantons qui tiennent vingt fermes et plus et ces citoyens cultivateurs font des fortunes considérables pendant que le pauvre a le bras croisé" et il regarde François-Marie Bressac qui s'agite et l'odeur de sueur est forte et l'été est chaud et c'est déjà primidi 21 Thermidor an I et un garçon arrive portant des fourches et la chaleur est épaisse et la foule parlemente et il fait chaud et à côté de lui un paysan sale ajoute que les femmes passent toutes ces nuits à attendre tout ce tour d'entrer chez le boulanger... Et il fait chaud lourd et lourd et l'air vibre en flots de chaleur et il entend des cris venant du fond de la salle : "nul ne saurait régner innocemment; la folie en est trop évidente" et "Catilina" et ça suffit et si quelque chose pouvait se passer et près d'une porte François Erme discute vivement avec Antoine Justinien Manvieux et les paysans sont désormais décidés à agir et il voit le juif Gregorovius qui entre dans la pièce...
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Quel poids que de sentir! Quel poids que de devoir sentir!
Fernando Pessoa, Le livre de l'intranquillité
Pétition de la société agricole et révolutionnaire d'Echou
datée du décadi 20 Thermidor
Les biens d'émigrés ont été vendus et se vendent en gros lots à de riches cultivateurs et par là même on enlève aux citoyens peu aisés le moyen de devenir propriétaires, les pauvres cultivateurs et manouvriers ne peuvent pas vivre alentour, les gros cultivateurs dont nous parlons cherchent à écraser tous ceux qui ne sont pas si opulents qu'eux en les restreignant aux petites possessions qu'ils peuvent avoir. La loi relative à la vente des biens d'émigrés est violée au préjudice de la classe des citoyens peu fortunés! Ces citoyens fermiers font des fortunes considérables pendant que le pauvre a le bras croisé, Gloire éternelle aux défenseurs de la patrie... Nous avons fait des pétitions dans différentes sociétés mais des gens de l'espèce dont nous venons de parler nous les ont toujours combattues avec succès nous présentant pour être des tracassiers.
Néel, Rieux, Enzensberger.
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Pourtant, comme d'habitude, rien n'était tout à fait simple.
Denise Boucher, Une voyelle
Le passé est bourré de secrets inquiétants à partager car sait-on jamais comment les choses tournent mais toute vie n'est rien de plus que la somme de petits aléas... Pourtant les détails n'ont pas d'importance en eux-mêmes, la vie concrète est effrayante, enfin il en sera question plus tard. Certes chaque jour l'incroyable peut se produire; tout cela n'a d’ailleurs pas une grande importance quoique les choses ne soient pas toujours ce que l'on veut, bien au contraire, il faut parfois essayer de reconstituer des fragments du passé. Puisque laisser les choses se faire… puisque tout choix instantané est difficile. Outre qu'il suffit d'attendre pour que l'histoire se répète et devienne réalité, peut-être que n'importe quoi peut arriver; parce que la vie n'est pas faite de douceurs, tout ceci n'est certainement pas très raisonnable, ainsi les événements s'enchaînent irrévocablement, n'est-ce pas, quelques invraisemblances apparaissent ici ou là, les événements se précipitent à un rythme accéléré même si, parfois, certaines choses sans importance reviennent avec une réelle netteté, quelquefois… Qu'est-ce alors qui peut aller mal ici? La scène manque de netteté... D’ailleurs on se perd un peu dans tous ces événements: il n'est donc pas possible que tout soit gratuit.
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La tzigane savait d'avance
Nos deux vies barrées par les nuits
Guillaume Apollinaire, Alcools
Il se demande pourquoi ils ne passent pas plus vite à l'action et regarde Bressac qui s'agite à la tribune et le commissaire de la république paraît ne rien perdre des débats et il cherche dans la salle qui peut grommeler: "les fillettes accusent leurs parents de tous les méfaits!" et un individu inattendu se glisse parmi les paysans et ça suffit et l'orateur est spirituel et les aristocrates à la lanterne et les riches s'en tirent toujours et l'air vibre en flots de chaleur et il se dit qu'il faut brûler les châteaux et le marquis de Nonville et sa famille doivent être mis en accusation et il faut faire payer les aristocrates et la hache populaire ne travaille pas assez et la chaleur est fastidieuse et le jour est torride et autour de lui la foule des paysans s'agite et chacun se méfie de tout le monde et la chaleur de l'été s'est installée et les idées noires tournent dans son cerveau et il voit le juif Gregorovius qui entre à son tour dans la pièce et il fait chaud lourd et lourd et il sent que l'instant est venu et l'orateur poursuit "restez à votre poste"...
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L'homme inquiet est petit, rondouillard, une tête à la Humpty Dumpty.
Anne Savelli, Fenêtres
Tridi 3 Fructidor
adresse à la Convention Nationale siégeant au haut de la Montagne sainte
un nouveau Catilina après avoir égaré l'opinion publique, a osé jeter le masque. Vous avez frappé les ennemis de la Révolution; aucune autorité populaire, aucune réunion n'est le peuple, aucune ne doit parler, agir, en son nom. Vos principes sont les nôtres: la République est sauvée! Vous avez déclaré que "le délai pour punir les ennemis de la patrie ne doit être que le temps de les reconnaître". Vous avez bien mérité du genre humain... Grâces te soient rendues, Etre suprême Vive la République, au diable les ennemis du peuple.
société agricole d'Ègreville.
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maintenant les personnages sont presque épuisés
les acteurs entament une chute
Fabienne Courtade, Table des bouchers
Tridi 3 Fructidor an I
aux membres de la Commission populaire
contre l'émigré Merda
voilà donc ce Merda, le voilà disparu en un clin d'oeil de ce lieu où le scélérat venait se repaître... Pourtant le moindre village a sa prostituée, la vie des hommes ne vaut plus rien et les prisons sont pleines d'une multitude d'arrestations arbitraires. Les grands laboureurs s'emparent de tout au préjudice du journalier ou de l'individu peu aisé... Les biens d'émigrés ont été vendus et se vendent en gros lots à de riches cultivateurs... Merda possède 700 journeaux à Égreville qu'il a loué à Thérèse, ci-devant garde général de la maîtrise, qui a dix mille livres de rente et a sous-amodié ces terres à deux métayers; nous avons dans nos communes des riches cultivateurs qui accaparent les terres, qui regorgent d'assignats, Soyons sans pitié... La justice, la liberté ou la mort!
un citoyen d'Égreville libre.
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Être le messager funeste. Nous avons tort de négliger l'extraordinaire puissance de ce personnage, gris comme l'ombre derrière l'annonce du malheur.
Nicole Caligaris, Medium in mess
Primidi 1 Fructidor an I
adresse à la Convention Nationale siégeant au haut de la Montagne sainte:
un nouveau monstre a voulu s'élever sur les débris de la Convention Nationale, c'est à la sagesse publique de recueillir les bienfaits de votre vertu: pères de la patrie vous êtes immortalisés; quelle joie, quel calme consolant s'est emparé de toutes les âmes lorsque la suite des nouvelles a annoncé que le traître Nonville avait subi le sort dû à ses forfaits. La tête de Nonville tombe sous le glaive vengeur de la loi: tous les conjurés ne sont pas encore frappés, Montagne sainte et sublime, veille sans cesse à la liberté du peuple! Citoyens, la justice nationale a triomphé, guerre à tous les vandales!
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La ville a des rues étroites, venteuses, bruyantes, à l'odeur de poisson, pleines de vociférations.
Jean-Pierre Balpe, Mimoria
Il y a des nuages - octidi 28 Thermidor an I à l'approche de la nuit, au milieu des bousculades et des cris, dans une charrette cinquante quatre personnes en chemises rouges de parricides sont amenées sur la place. Des canailles vident les poches : les soldats portent les armes basses. Des tombereaux entrent bruyamment sur la place de la Réunion. Des hommes en armes sont postés tout au long de la rue. Le ciel s'ouvre... Une jeune femme fixe la foule - comme s'il y avait un incendie le ciel est inondé à l'horizon de lueurs rouges, la populace applaudit, le soleil se couche rouge feu dans un poudroiement de cendres. Quelqu'un: "qui est-ce?". On entend la réponse : "une sale affameuse"; un nuage se met à couvrir le soleil. Le maître-bourreau la prend par le bras gauche, le grand valet par le bras droit; en un instant elle est couchée sur la planche. Charles Jean-Baptiste Samson regarde la foule puis déclenche le couperet; le sang coule à gros bouillons... Le bourreau essuie le sang qui a rejailli sur son visage; le flot de sang se perd dans la mare nauséabonde qui entoure l'échafaud! Le bourreau saisit la tête par les cheveux et la gifle: la joie du peuple explose, le vacarme est immense... Le ciel lamine l'espace de sa voûte de plomb. Sur le chariot plusieurs condamnés pleurent, il se peut qu'il existe un autre monde, mais…
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Hélène: Oh! ça c'est extraordinaire!… Et quand ça a-t-il commencé?
Paul Géraldy, Aimer
Décadi 30 Thermidor an I. Le jour meurt, à l'heure où des firmaments rouges badigeonnent le ciel de traînées de sang, parmi les cris des vendeurs de journaux, des charrettes remplies d'hommes et de femmes debouts parviennent lentement à la place. Les Tuileries et les Champs Élysées regardent... Des gamins courent en criant: des carrioles rouges arrivent sur la place les soldats referment les rangs derrière elles; des brutes bousculent tout le monde... Le ciel tremble de rouge et de noir! La condamnée monte les marches de l'échafaud, du soleil coupé au ras des toits jaillit comme un torrent rouge - la populace rit bruyamment: crépuscule bleu noir profond. Quelqu'un demande à quelqu'un d'autre: "qui est-ce?". On entend une réponse: "la citoyenne Roland"... Les nuages noirs, lourds, couvrent la ville d'un voile de deuil. Les aides du bourreau s'emparent de la condamnée, la couchent sur la planche, chacun retient son souffle et regarde monter vers la corde la main du bourreau - deux flots de sang jaillissent du cou coupé - le sang éclabousse les vêtements rouges du bourreau: le sang jaillit en flot... Les aides du bourreau traînent le cadavre dans son sang jusqu’au bord de l'échafaud et le font tomber dans un chariot dégouttant de sang, de la foule des voix s'élèvent: "Catilina", "foutu maximum"... Grand ciel rouge: cinquante cinq autres condamnés attendent! C'est au moment du malheur qu'on s'habitue à la vérité.
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Mais avec tant d'oublis comment faire une rose,
Avec tant de départs comment faire un retour?
Jules Supervielle, Oublieuse mémoire
Les nuages sont striés de rouge - il y a des nuages: les nuages se déchirent inépuisablement: le ciel tremble de rouge et de noir... Nathan n'arrive pas à croire qu'il peut circuler librement! Il vient du club républicain de la commune de Saint-Aignan-le-Jaillard, Nathan Gregorovius est pourtant joyeux que sa femme ait pu être acceptée comme nourrice de la nation : Gregorovius craint que la situation ne soit pas stable et que tout puisse se retourner du jour au lendemain: les événements désagréables auxquels on s'attend ne sont pas moins désagréables pour autant quand ils se produisent. Gregorovius pense au goût de pomme de la peau de son enfant: ce qu'il veut, c'est vivre en paix avec sa femme. Nathan Gregorovius se dit que, désormais, l'avenir ne peut être qu'un peu meilleur; la soirée est bien avancée. Ne comprend pas pourquoi il est intervenu pour que sa femme soit autorisée à élever cet enfant, pourquoi maintenant? Nathan craint toutes les mauvaises rumeurs et cette pensée lui est si désagréable qu'il perd toute capacité d'estimer leur réalité - les souvenirs peuvent laisser des cicatrices profondes. Une atmosphère de menace plane sur la ville... Les habitants de la ville sont toujours méfiants: Nathan Gregorovius fait partie de ces hommes à qui la vie apprend le bon usage des petits malheurs, sans savoir pourquoi, il ne veut pas laisser libre cours à son imagination... Il lui semble que tout est exclu de son monde, son rêve serait de vivre en dehors de la société et de l'histoire, de n'exister que pour sa famille. Ce qui le déchire, c'est l'obligation de dénoncer à laquelle il ne peut se résoudre: il y a longtemps que Nathan Gregorovius rêve d'élever un enfant - Gregorovius se rend bien compte que sa présence n'est encore que tolérée par Saint-Aignan-le-Jaillard...
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Père Ubu: Je vais d'abord réformer la justice, après quoi nous procèderons aux finances.
Alfred Jarry, Ubu roi
La garde nationale passe, la garde nationale de temps en temps passe... sans être vu son intuition secrète le pousse à observer la vie des gens, celui qui ne sait pas défendre sa place est perdu... Jamais personne dans les rues de Puiseaux - il n'y a pas beaucoup de monde dans les rues. Lui, comme à son habitude a su se montrer fougueux et enflammé. ce qu' nous faisons est peut-être mal, mais pourquoi les autres devraient-ils en décider ? Bressac sait que les jacqueries le servent - Bressac a trop de choses à faire et pas assez de temps - les habitants de la ville sont toujours méfiants. Beaucoup de gens sont terrifiés ou faibles! Bressac marche d'un pas surpris - la situation lui paraît complètement extraordinaire, chacun soupçonne les autres - au coin des rues Jacopo Rousso et Joy Aragon, un confessionnal sert de guérite à la garde nationale - l'église, très haute dans le ciel est au centre du village - François-Marie Bressac est sûr d'avoir été habile politique en dénonçant le sans-culottes Jacques Marchand, Bressac est curieux de voir ce qui va se passer... François-Marie Bressac sait que les paysans le suivront toujours pour refuser de payer le champart - Bressac choisit les risques qu'il court; François-Marie Bressac n'agira que si toutes les chances sont de son côté; doit être habile et prudent... Il y a des moments où la tête se lasse de raisonner à l'infin...
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il va se tuer il va tuer quelqu'un c'est un acte de salubrité publique de l'empêcher de conduire dans cet état
David Antin, Méditations
Date : décadi 30 Thermidor an 216 07:00:00 + 0003 From : nobody@nadie-online.coop To : Bloom@gatinais.com Subject : il est trop tard.
le mal est partout ta souffrance sera à la mesure de ma torture, tu te débattras longtemps aussi violemment que vainement ne résiste pas - ta mort est proche. Celui qui a un cerveau, qu'il comprenne! Je sais qui tu aimes, Bloom, Bloom... Ton tour viendra tantôt ou tard... Aucune parole ne sera prononcée au-delà... Je viendrai comme un voleur: le choc s'approche. Ça aura lieu: inutile de me chercher il n'y a plus rien à faire.
la chaleur est épouvantable...
nobody
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Je vais écrire à Christian Bérard.
C'est parfait.
Gertrude Stein, Arthur une grammair
Date : octidi 18 Thermidor an 216 14:00:00 + 0001 From : ingen@ingen.uk To : Blanche@gatinais.com Subject : il va être trop tard.
Dieu même est injuste les moments pour ta mort sont nombreux! Je sais que vous aurez le même sort! J'ai contre toi quelque courroux... Il va être trop tard... Tout deviendra net l'histoire rattrape ceux qu'elle poursuit. Bientôt tu te présenteras devant ton juge! Sept générations de maudits! Blanche... Inutile de fuir, je te retrouverai n'importe où - l'esprit de la mort revient. Ça aura lieu... Tu risques à chaque moment de mourir... Ta mort est proche, interroge-toi , vous aurez tous le même sort. Je tente en vain de repousser le crime de son cerveau tu paieras ce que tu dois. Regarde "http:www.Blanche.org".
nemo
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Joseph est assis devant la table qui lui sert de bureau sur la terrasse en bambou de sa maison surplombant un village Ifugao au bord d’une de ces vallées profondes aux flancs couverts d’une jungle épaisse qui constituent le nord des Philippines. Jean-Pierre Balpe, La toile Aux membres de la Commission populaire
contre le fripon Nonville de Thomery
Nonville avait formé l'horrible projet de rétablir la royauté - pourtant la vie ne vaut plus rien... Le moindre village a sa prostituée; et la bougue coûte 15 livres... Or les gros métayers sont devenus aujourd'hui autant de petits tyrans: le citoyen Nonville, ci-devant seigneur de Thiersanville, possède une grande exploitation formée de plusieurs terres qu'il a réunies et confiée à deux cultivateurs, Nonville a trois fils émigrés, il possède 700 journeaux à Thomery qu'il a loué à Blondel, ci-devant garde général de la maîtrise, qui a dix mille livres de rente et a sous-amodié ces terres à deux cultivateurs, des laboureurs égoïstes et cupides accaparent hardiment les terres, la justice, la liberté ou la mort... en son sein la république ne peut nourrir ses ennemis,
un ami de la liberté.
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J'écris contre le sens et j'écris pour produire un sens. Bernard Noël, Le château de Cène Pétition de la société campagnarde de Thiersanville datée du octidi 18 Thermidor
Des métayers égoïstes et cupides accaparent hardiment les terres. Il est peu de communes où il y ait assez de communaux pour que chaque habitant en ait pour cinq cent livres - il est à propos de démembrer les pièces de terre pour les louer par portions de demi-acre ou de trois vergées au plus; si les grandes cultures nuisent en même temps à la prospérité publique et à l'intérêt individuel du plus grand nombre, elles peuvent être réduites par la loi - ils veulent profiter du décret de décembre 1789 qui défend aux communes de défricher les terres vaines pour interdire de faire ce qui a été si souvent autorisé par le roi; guerre aux châteaux, paix aux chaumières... Qu'on divise ces domaines en trois ou quatre arpents.
Blanche, Garp, Maigrot, Cannone
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Tout éveillé, il lui semblait rêver… un homme s'approchait. Graham Greene, Le ministère de la peur Société des défenseurs de la constitution républicaine d'Obsonville.
A l'horizon comme s'il y avait un incendie le ciel est inondé de lumières rouges, la chaleur est épouvantable, le jour est comble de nuit - Bressac a l'impression que sa tête va éclater. Le ciel est en pleins émois, dans de grandes anarchies de nuages et de noir, de rares clartés se dissolvent dans la pâleur des crépuscules. Le ciel traîne sur la ville. Sa tête est pleine d’elle, toute pensée se change en peur. Il y a dans l'air quelque chose de nouveau Bressac doit faire un effort pour maîtriser ses sphincters, l'anxiété envahit l'espace entier de ses cellules et peu à peu les change. Culbutes de nuages; Bressac respire longtemps pour freiner son coeur - Bressac attend... L'espace noir du ciel difficile enferme l'âme: Bressac attend, attend pendant des secondes interminables, son coeur palpite, ses jambes tremblotent: le soleil lance de grands jets de sang, grand ciel rouge: il fait sombre - Bressac se sent cerné d'inquiétude; le monde entier devient terreur...
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ils nous faisaient faire des exercices, ils nous faisaient travailler sur des mots clés par exemple. "Pouvoir d’achat", ça vous inspire quoi ? Ou alors, ils nous mettaient en situation avec des hypothèses complètement invraisemblables. Par exemple : "nous sommes en mai 2008. La France fait face à une vague d’émigration massive vers l’Australie." Et là, plutôt que chacun parte sur de grands raisonnements… Emmanuelle Mignon, interview à Nonfiction.fr Le courrier précisait que Rachid nierait toute accusation - le soleil éclaire déjà les pointes des frênes du parc! Face à lui une grande tapisserie d'Aubusson : "d'un tas de fumier, les jacobins tirent un ministre", devant un immeuble indiquant "écurie d'Orléans", six personnages dont quatre moines, font sortir du fumier déchargé d'une carriole, un homme dont un phylactère indique qu'il est le ministre de la guerre. Dans la monumentale montée d'escalier d'autres gravures encore: un cochon assis à une table; "d'un tas de fumier, les jacobins tirent un ministre": devant un immeuble indiquant "écurie d'Orléans", six personnages font sortir du fumier déchargé d'une charrette, un homme dont un phylactère indique qu'il est le ministre de la guerre... Sur le mur de droite plusieurs gravures dans des cadres dorés, une représente un échafaud sur une place publique noire de monde - huit personnages vont être exécutés; une autre: une jeune femme avec des ailes tenant dans la main gauche une couronne de lauriers... Tous les murs du salon sont couverts de gravures folles: une voiture dans laquelle a pris place la famille royale; un autel de la patrie surmonté d'un Priape éjaculant avec à ses pieds la patrie sous une forme que la pudeur rougit de deviner... Se sent intimidé par la richesse de la villa. Le soleil écrase la campagne. Théobald Benato finit par s'asseoir sur une bergère dorée. N'a jamais beaucoup aimé son cousin. Se demande ce qu'il fera, se demande ce qu'il fait là, se demande ce que son cousin va penser de sa visite; qu'il puisse être le corbeau ne l'étonne pas maintenant - car bien que Sanchez soit son cousin, ils ne se fréquentent pas. Benato estime qu'il est borné - s'étonne que Rachid Sanchez s'intéresse autant à la révolution... Sous les fenêtres une vaste pelouse - n'aime pas être porteur de mauvaises nouvelles. Benato ne se sent pas à l'aise. Que fait-il ici? Se demande s'il doit parler de la lettre anonyme qui accuse son cousin...
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Alors commença le drame horrible dont nous allons entretenir nos lecteurs. Aubert de Gaspé Philippe, L’influence d’un livre Septidi 27 Thermidor an I... Olympe de Nonville prend une inspiration si profonde que l'air lui paraît insuffisant pour soulager sa sensation d'affolement: Olympe murmure: "j'ai peur"... De Nonville a peur! L'épouvante devient peur! La nausée lui tord les tripes et lui soulève le coeur; c'est au moment le plus inattendu qu'on est mis à l'épreuve: l'obscurité prend possession de sa pensée - quelque chose vacille dans sa chair ! De Nonville ne sait plus vers quoi elle marche... N'est qu'un paquet de nerfs: De Nonville est calme mais la sueur perle à son front, sa respiration devient difficile, ses jambes la soutiennent à peine... Sa gorge se serre, De Nonville ne peut plus s'échapper... La lune éclaire la ville. Des pensées terrifiantes envahissent son crâne! Un vide terrible la menace quelque part, elle n'aurait jamais cru que le temps pouvait s'écouler si lentement... Il n'est plus temps de revenir en arrière... La sueur s'accumule dans les creux de son corps : les poils de son poignet et du dos se dressent, la cloche sonne la demie avant minuit. De Nonville se rend compte que son pouls est précipité!
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La Monade, dont nous parlerons ici, n'est autre chose qu'une substance simple, qui entre dans les composés; simple, c'est-à-dire sans parties. Leibnitz, La monadologie L'enchaînement des événements a balayé toute pensée de cet ordre - celui qui ne sait pas défendre sa place est perdu... A Puiseaux, faute de temps et d'amour, les habitants s'aiment ou se haïssent sans le savoir. Les rues sont étroites et quelconques, Bressac se félicite de tous les achats de terres qu'il a pu faire - il cumule les fonctions il est aussi président du directoire... Bressac pense que ce soir il a bien parlé: est curieux de voir ce qui va se passer; les maisons sont médiocres, égales. Puiseaux depuis plusieurs jours vit dans la terreur ! tout en marchant, Bressac fait un résumé des événements - Bressac est aussi satisfait d'avoir pu montrer son sens de l'égalité en faisant donner en nourrice un enfant de la patrie - un fils d'aristocrate - au juif Gregorovius. Quelques chiens faméliques rôdent; il n'y a pas beaucoup de monde dans les rues; les rues sont chaudes et désertes... Comme à son habitude Bressac a su se montrer enthousiaste! Bressac ne regrette pas d'être venu à Puiseaux. Bressac sait que les paysans le suivront toujours pour refuser de payer le champart ou faire le brûlement des droits féodaux. Il sait aussi que maintenant tout le peuple le suivra. Bressac n'ignore rien des troubles qui agitent la campagne du Gâtinais - il est un peu inquiet que l'arbre de la raison de Thomery ait été scié. Un petit groupe de citoyens lit un des journaux collés sur la porte de l'église : devant les placards un sans-culottes dit à voix haute: "la liberté, l'égalité sont la volonté générale du peuple français"...
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