Créer son blog

Blog mis à jour: 21/11/2008 14:06

A propos de l'auteur

Contactez l'auteur
Catégories

Accueil
Lettres d'amour
Littérature
Moments
Passé
Paysages
Philosophie
Poèmes
Psychologie
Vies
toutes...
Notes récentes
Peine capitale
[21/11/2008]
Spectacle populaire
[20/11/2008]
Rassemblement
[18/11/2008]
Cindy Stillman
[17/11/2008]
Regarder la mort en face
[16/11/2008]
Le roman commence
[15/11/2008]
Le soleil brille
[14/11/2008]
Affirmations de Sade
[13/11/2008]
Tout va…
[12/11/2008]
Deux cent seize ans d'att..
[9/11/2008]
Albums photo


Mes Liens
Liens

Mes Livres
Hyperfiction


Emmaüs




Soyez averti lors de l'ajout d'une nouvelle note sur ce blog

Envoyez l'adresse de ce blog à un(des) ami(s)



visites






   Rassemblement  0 commentaire
[18/11/2008 9:03]

[…] la langue est la chose la plus singulière, pour chacun et la plus partagée…

Henri Deluy, Ving-quatre heures d'amour

Dans son coin, John Tarrou improvise des tranches d'histoire locale. Mademoiselle Ostapenko a décidé de mener sa propre enquête, la raison initiale de leur réunion se perd dans les multiples bifurcations de la conversation : Eugénie se tient près de la porte ! Elle aperçoit sa tête dans quatre glaces à la fois. Mademoiselle Dedalus ne parvient pas à chasser l'idée terrible qu'elle est au centre des conversations... Une abeille s'envole et tourne autour de la lampe puis s'installe sur un verre, chacun pense à ce qu'il vient d'entendre - Corvick raconte quelque chose qu'il tient de quelqu'un d'autre; Eugénie Ostapenko ne sait que dire, mais n'importe quel propos vaut mieux que le silence, Mademoiselle Mukoma : "j'en ai assez d'être éveillée toutes les nuits par des inconnus !" Émile Othon continue à parler de tout et de rien, de sa famille et de ses repas comme des dangers qui l'entourent... Plusieurs affirment avoir reçu des lettres anonymes... Pierre Ramboule acquiesce sans savoir effectivement de quoi il est question... Mademoiselle Ostapenko entend d'une oreille distraite qu'on parle en riant au fond de la salle d'un étranger qui a traversé le village; la patronne de l'unique bar de Rémauville fait demi-tour et va vers le comptoir. La discussion se poursuit depuis des heures ! "mon travail me laisse pas mal de temps libre, je peux, si vous le souhaitez mener une enquête", avance Thérèse Aragorn - ça sent le tabac refroidi : Paulina Pandolfini, sans le dire, joue à proposer des citations : "le tort de l'expérience est d'être trop souveraine" ou "les axiomes n'ont qu'une valeur de faits divers", par exemple et personne ne s'en aperçoit. Rosa Sinouls poursuit son bavardage pendant plusieurs minute, le bar est presque plein. Renée Hanneton regarde elle et elle a vu qu'elle la regarde - elle a réuni une partie des habitants de Rémauville...





   Varia  0 commentaire
[08/11/2008 13:58]

Tiens, d'ailleurs, comment ça marche, puisque t'es ingénieur en malédictions?

Patrick Goujon, Hier dernier

Sanchez rêve: c'est le mot "vigilance" qui a provoqué son réveil; des filles le frôlent de leurs vulves gonflées! Voit Clairwill qui ouvre la porte d'une église. Là ou ailleurs... Dissimule Gregorovius aux yeux de Joy Aragon - il contemple le mordillement des frustrés; la mémoire erre sur les boulaies, entend les pleurs d'un nouveau né! Le rêve submerge la conscience - reste étranger à tout: les vociférations se transforment en quelque chose de plus dément - jette un coup d'oeil dans un miroir. Organise l'harmonie des lueurs de la compréhension... C'est l'adversaire des fantômes: un tourbillon d'ondes se met à danser sur les murs; des lumières tristes aiguillonnent l'irrévérence du destin: voit Elytis, Bressac et Armelle Clémenceau portant un bonnet phrygien; l'espace du ciel se dresse comme un acier vertical: voit surgir un juif nommé il portant un bébé endormi. Mange une part de tarte aux pommes, le visage de Clairwill illumine la campagne: Puiseaux semble un village mort écrasé de soleil; voit devant lui les altercations des araignées méticuleuses! Crie "Clairwill", "Clairwill", sans deviner le vrai sens de cette imprécation! Son ressentiment s'enflamme devant les mâchoires des jeunes femmes - précisément: accepte les ballets passionnés des condamnées; il faut admettre que les rêves pèsent. Une fillette regarde sa mère tout en buvant un verre d'eau... Les rêves peuvent peser d'un gros poids sur les âmes...





   Rachid rêve  0 commentaire
[02/11/2008 15:37]

Ce sentiment se réflétait dans tout l'intérieur.

Ernst Jünger, Abeilles de verre

Rachid rêve. Des images rêveuses se bousculent dans sa tête... Il a déjà rêvé quelque chose de ce genre, une lueur modifie la façon dont les sons s'allongent et se présentent dans la nuit: les affolements sont gigantesques! Est menacés par Claude Gregorovius... Est étranger à tout! Là ou ailleurs! Dans la fabrique, Blanche présente des rameaux irréels, un tourbillon d'ondes se met à danser sur les murs comme un carroussel particulier: Blanche semble vouloir détruire Labadie avec furie, la mélancolie rôde sur les chênaies; voit devant lui les altercations des puces méticuleuses... Le visage de Blanche illumine la campagne - jette un coup d'oeil dans un miroir où des plongeons examinent la couleur du jour, un militaire construit la main des bigorneaux! Brave les oscillations absolues et extrêmes des condamnés: des Harpies fondent sur lui, des lumières inquiétes agacent l'impertinence du destin; des filles le frôlent de leurs vulves gonflées: se compose un alcool violent de la solitude... Organise la musique des clartés de la perception - Sinouls danse tout autour de la chambre, et un homme est assis, nu. Le rêve submerge la conscience. Entend les pleurs d'un nouveau né... Des lauriers arrivent de chaque goutte de son sang, masque Claude aux yeux de Marly Sad. Il regarde le mordillement des infirmes. Les vociférations se transforment en quelque chose de plus divagant. Voit Eckhart et William Irish portant un bonnet phrygien avec une cocarde tricolore: juste...





   Le Courrier de l'hymen  0 commentaire
[22/10/2008 15:43]

Ranger des mots (ou des choses) dans un liste, c'est en soi déjà une façon de classer, dé définir un "champ sémantique"…

Jack Goody, La raison graphique

Au fond de la salle Ratermanis fait un signe de la main à Jaime Smith - Jan Eekhoud se dit que, dorénavant, il lui faudra envisager de ne plus faire de ventes que sur la toile. Urbain Guittard de Floriban s'approche de Sanchez et lui dit quelque chose; une aide apporte une affiche sur laquelle on peut lire: "Le Courrier de l'hymen". Il y a beaucoup de curieux mais peu d'enchérisseurs - Jan Eekhoud a la mine gourmande. Émile Othon entre dans la salle: les enchères se poursuivent. Derrière le commissaire-priseur, un grand tableau représente une jeune femme la tête couronnée de lauriers appuyant sa main droite sur le pommeau d'une épée et tenant dans la main gauche un rameau d'olivier. Au fond un motard vêtu de cuir noir, casque sur les genoux paraît très captivé! Plusieurs personnes quittent la salle des ventes - Jan Eekhoud montre un objet après l'autre. Des hommes entrent et sortent sans cesse ,Diane Oates montre à Paco Sterne l'objet qu'elle vient d'acheter.


   Dan la prison du Temple  0 commentaire
[05/10/2008 10:29]

La pièce voisine […] servait au besoin pour de petites opérations.

Roger Martin du Gard, La consultation

Dans l'ombre un homme et une femme font l'amour - par une porte, un soldat jette un condamné dans la salle, il heurte violemment un des murs. Derrière les barreaux des grilles, des porte-clefs, des agents de police et des sans-culottes viennent jouir du spectacle - émanations de crotte et d'absence, le sol est jonché de corps, un homme est couché dans un coin, sur le dos, bouche grande ouverte, il respire difficilement. Un groupe de soldats entre dans la salle... Une horrible puanteur de cadavre flotte dans la pénombre, une enfant dévêtue, assise dans la boue, yeux immenses, grands ouverts malgré la nuit, regarde; des hommes, des femmes, des enfants agonisent! Des rats courent le long des murs... Une femme s'efforce de retenir le bras d'un guerrier qui, de sa main gauche, la tient par les cheveux; sous son pied il écrase la gorge d'un garçonnet nu hurlant; son épée dressée menace l'enfant! Des cadavres jonchent le sol, une épée levée menace un enfant sans équivoque; Merda est ensanglanté de la tête aux pieds - la paille répandue sur le sol est couverte de merdes, il y a là des enfants livrés à la solitude et au néant… Un adolescent nu, la tête bandée d'un chiffon sale, dévore une punaise, l'obscurité est presque totale, les rares carreaux sont couverts d'une épaisse couche de poussière... Ouverture noire des enfers. Un miasme de sueur envahit la salle, un groupe de soldats passe au milieu des corps, examine les visages; l'un d'eux dit: "ci-devant Merda, on t'attend !"... Les soldats prennent brutalement Merda par la tête et les pieds, le soulèvent et l'emmènent.


   La bête de l'affolement  0 commentaire
[30/09/2008 14:09]

Dépravée Inassouvie Monstrueuse

voilà le portrait qu'on lui fit d'elle…

Liliane Giraudon, La carpe pornographe

Le ciel est en plein désarrois ! Il y a des nuages... La tête tourne... L'air manque, est incapable de faire le moindre mouvement - l'espace nuageux du ciel pénible emprisonne l'âme; la peau transpire par tous ses pores - Sanchez n'aurait jamais cru que le temps pouvait s'écouler si lentement; respirer devient difficile. Le calme, le silence oppressent... Les doigts se nouent... Ce n'est pas le genre de combat auquel Sanchez s'est préparé... La bête de l'affolement bondit aux moments les plus imprévisibles, la menace fiche ses racines au  plus profond de l'inconscient; son coeur cogne si fort dans sa poitrine! La sueur qui coule de son front l'aveugle; de lourds nuages livides aux bords déchiquetés accourent de l'ouest... La grande lame de l'éclair tranche l'épaisseur de l'ombre - le temps bat au rythme des battements du coeur ! Les jambes vacillent. Il fait noir et terne : tout incident nourrit cette peur... Le ciel est barbouillé de sang.


   des papillons bleus  0 commentaire
[25/09/2008 13:27]

Il pleut, il pleut, sur le lac,

Des roses dans le ciel

Jaune.

Yolanda pantin, Les bas sentiments

Sur son ordinateur, il voit apparaître quantité de fichiers insolites portant des messages semblables à :

...un essaim de petits papillons d'un bleu lavande s'élève et volette approches et éloignements des feuilles trouées de lumière dans le vent les rayons du soleil se réfléchissent sur les feuilles on n'entend que le bourdonnement des abeilles qui butinent les plate-bandes le poids du soleil pénètre la frondaison les points lumineux explosent avec violence, disparaissent, explosent de nouveau il y a de légers bourdonnements d'insectes une mésange chante dans un frêne la vie bourdonne petits vols de guêpes ça et là flamboient des îlots de lumière comment avoir la moindre certitude? Un papillon porte-queue se tient immobile petits vols de libellules la lumière se tisse aux branches un jardin les rayons du soleil se réfléchissent sur les feuilles d'autres choses encore le soleil tape dur sur les rameaux il y a partout un scintillement d'ombre et de lumière quelques grenouilles au bord du bassin...

et il se demande s'il n'y a pas là un mystère "dissimulé", une image cachée dans le tapis.


   Mercredi 16 août  0 commentaire
[19/09/2008 18:44]

C'est Robert de Montesquiou qui présenta Proust en 1894 à la comtesse Greffulhe.

Brassaï, Marcel Proust sous l'emprise de la photographie

Mercredi 16 août, autour de 03 heures 48: Théobald circule dans sa maison, d'une chambre à l'autre, de la chambre au couloir, du couloir au salon jusqu’à la fenêtre pendant que Mademoiselle Aragorn reste debout un sac à la main pendant que Geneviève Patrimonio analyse le texte de la loi du 12 août 1792 sur les suspects et celui des décrets de ventôse. Monsieur Othon ferme la fenêtre  alors que dans un coin de la pièce une télévision diffuse un jeu stupide. Johanna a mal au cou cependant que Hans Henny Jahnn a perdu quelque chose alors que Dominique Gregorovius a l'impression d'être un point de lumière chaude ; Irène regarde autour de elle avec un sentiment de désespoir profond ; Winston se promène dans la pièce cependant que Blanche se demande comment se procurer une dose de hash pendant que Madame veuve Doucement allume une cigarette avec un briquet offert par Elytis cependant que Benato laisse tomber ses mains comme des chiffons sur son visage et traverse une rue sans regarder cependant que Antoine Grand lit un article consacré à la terreur cependant que Albert Honeystone offre une tasse de thé cependant que Mme Clairwill regarde ses sourcils dans un miroir pendant que Edward Munch ne trouve plus le dernier roman de Chateaubriand. Tristan a perdu quelque chose cependant que Mme Clairwill cherche le carnet d'adresses qu'elle a perdu pendant que Irène ne sait plus très bien où elle en est et s'englue dans la souffrance... Etc...


   Le monde tourne  0 commentaire
[18/09/2008 10:01]

Et cependant il arrive que, quand ils ont eu le temps de se reconnaître et de revenir de la première émotion en discourant ou la plume à la main, ces admirateurs si unanimes un moment ne s’entendent plus, même sur les points principaux de leur admiration; les habitudes d’école, les préjugés d’éducation ou de patrie reprennent le dessus dans leur esprit, et il semble alors que plus les juges sont compétents plus ils se montrent disposés à la contradiction; car, pour les gens sans prétention, ou ils sont faiblement émus, ou ils s’en tiennent à leur admiration première. Nous ne comptons point dans ces diverses catégories la cohorte des envieux, que le beau désespère toujours.

Eugène Delacroix, Études esthétiques

Un inconnu, quelque part s'assied dans un fauteuil et contemple les courbes des dessins d'enfants... Le monde tourne. La vie devient une balançoire vide oscillant au grè du vent... Pendant que Omar Steering se contente aussi de vivre, les choses, parfois, s'accélèrent... Une nommée Anne Mukoma, habitant Sorgues, sent son coeur se serrer et l'inquiétude revenir. Rosa appelle Bumstead. Mme Elena Elytis brave le paysage... Le monde tourne. Le monde tourne. Tout va à vau-l'eau : Bumstead appelle Mademoiselle Aragorn. Étiennette Galiber imagine que Claude Gregorovius se tient dans la porte: tout va à vau-l'eau: un certain Pierre Ramboule vient s'habiller devant sa télévision. Par un hasard absurde, Edith Honeystone de Treuzy-Levelay passe dans sa cuisineet, dans un bol, verse deux cuillerées à soupe de café soluble alors que au même moment, Pierre Dedalus, de Jacqueville, fait la même chose. Pendant que Pierre Dedalus transige avec les puanteurs humaines, Madame Odette Winston imagine - alors que Mme Elytis signe un ouvrage. La vie n'est linéaire que par nécessité physique après coup, car sinon elle est chaotique, ballotée entre les bifurcations les plus imprévisibles.


   Un mail du 3 août 2009  0 commentaire
[17/09/2008 19:21]

Le fragment: "le fragment

N'a de valeur intrinsèque

Que dans la mesure où il est "poétique"

Henri Deluy, Da capo

Date : thurs 03 august 2009 09:00:00 + 0007
From : personne@nadie.fr
To : Thomas@gatinais.com
Subject : rien ne pourra cacher la honte de ta nudité.

la réalité poursuit sa fin propre - ta folie pervertit ta conduite il est juste que tu meures - tremble... Tes fautes vont être connues de tous ! Chaque jour te rapproche de ta fin ; je tente en vain de repousser le crime de son cerveau, Thomas, Thomas, il n'est pas de message sauveur - ta vie est mauvaise, mais il est trop tard pour l'amender : celui qui a un cerveau, qu'il comprenne ; inutile de te mentir ; pense à la machine du facteur de pianos Tobias Schmidt. La mêlée s'approche. Regarde autour de toi. Dieu même est injuste. Je TE hais parce que sept générations m'ont enterré tout vivant tu me dois des comptes. Regarde "http:www.Thomas.org".

les nuages forment des fleuves.

ei-kukaan


   Promenade  0 commentaire
[17/08/2008 8:19]

Il arrivait que des gens passent à proximité pendant qu'il était plongé dans une conversation avec un chat, mais personne ne paraissait s'en soucier.

Haruki Murakami, Kafka sur le rivage

Ils ouvrent le chemin qui va de l'un vers l'autre (il fait soleil). Ils sont épuisés. Après tout, ils rêvent de nouvelles envies de vivre ici. Il commence à percevoir la nuit. Désormais, il a vécu des moments impossibles. Coup de foudre; même la petite brise est tombée. Première rencontre, tout était chargé de sentiment. Ils passent sous le panneau de la place Vaillant-Couturier, ils estiment parfois que leur corps est mort. Ils sont au bord des aveux (ils cherchent derrière l'apparence quelque chose capable de résister à l'effritement). Il fait chaud; elle rêve de photographier Issy-les-Moulineaux. Le temps se déroule dans un idéal de félicité (et de sérénité) - quelques grands arbres font de l'ombre. Ils n'auraient jamais dû se quitter. Ou alors, ils passent sous le panneau de la rue Jean-Pierre Timbaud. Il mourut de recherche. Qu'importe, leurs voisins se chamaillaient toujours. Leur seul univers est celui de la passion (les étoiles font une décoration). Elle regarde devant elle. Il ne faut pas abandonner :  "la passion est si difficile à trouver". Un nuage noir fait une tache sur la lune. Il cherche quelqu'un ; ne sait pas qui. Enfin villa des Monts; la ville agite sa muleta. Le ciel tout entier les entoure - il boit. Un jeune homme marchait sans buts dans la rue du fort. Les fenêtres étaient fermées. Un interlope sentiment de déjà vu l'obsède :  "tout amour est une science".


   Sous-entendus  0 commentaire
[05/08/2008 8:44]

C'est vrai, mais je ne t'ai jamais juré que j'étais infaillible… D'ailleurs je ne meurs pas, je roque.

Daniel Pennac, Monsieur Malaussène au théâtre

Trop de monde sur cette terre ! Garde les yeux baissés; oui... Qu'est-ce qu'il faut dire ? Faudrait pas avoir peur de la vérité - il y a un court silence. Ne pensons plus à ça. Ça devait finir par arriver; Françoise le fixe sans faire un geste ! Un petit sourire sans humour rôde aux commissures de ses lèvres ! Y a des choses qu'il vaudrait mieux laisser tranquilles; a raison après tout : après tout on peut entendre les histoires les plus intimes des autres... Je vous demande seulement d'écouter ce que j'ai à dire; aucun présage n'est venu annoncer les faits, et l'autre histoire ! Je ne saurais rien me rappeler de précis : dieu veut des victimes... Françoise commence... Le cadre est créé. Plus mort pour Pierre Ramboule que pour Françoise : ils choisissent une petite table; à propos comment a-t-il découvert ça ? Les gens aiment lire ces choses... Samia Clairwill sort sans se presser; tous attendent, fallait s'y attendre.


   Incertitude  0 commentaire
[30/07/2008 15:02]

Il aurait aimé lui prédire l'avenir, lui décrire par le menu les innombrables tuiles qu'il allait se prendre sur la figure…

Lionel Duroy, Méfiez-vous des écrivains

Françoise regrette d'être venue. Le ciel est bleu, la pièce est pleine de meubles: une commode rectangulaire en placage d'arbre, hêtre et chêne, dont le plateau présente la foule devant une statue de la déesse Isis dont les seins laissent jaillir un jet d'eau auquel un personnage remplit une coupe; une console Régence rocaille en frêne sculpté sur quatre pieds cambrés terminés par une feuille d'acanthe à enroulement; une vitrine laquée d'origine chinoise ; un canapé à oreilles en pin sculpté... Françoise ne comprend pas que son cousin ne le reçoive pas encore : il y a profusion de meubles depuis une table perruquière portant une vinaigrette en porcelaine de Sèvres et une délibération manuscrite de la municipalité d'Isles-sur-Lunain pour la célébration de la fête jusqu’à une paire d'encoignures suspendues en sapin laqué en polychromie; la porte ouverte représente des femmes aux chairs orangées —ombres bleutées — jouant avec les ondoiements des eaux et des frondaisons; sur une étagère, une bague dont le chaton qui s'ouvre renferme la devise "la Nation, le Roi, la Loi". Se demande quand même pourquoi Sanchez lui enverrait tant de mails anonymes ! Que fait-il ici ? N'a pas pris le temps de décider quoi que ce soit; n'aime pas être porteuse de mauvaises nouvelles… Le soleil éclaire déjà les pointes des chênes ! Françoise regrette presque d'être venue, il est vrai qu'il est particulièrement tôt, mais le message insistait pour qu'elle vienne à cette heure là! Le mail précisait que Rachid Sanchez nierait toute accusation... Reste muette. S'étonne que Rachid s'intéresse autant à la révolution française, s'inquiète de la réaction de son cousin Sanchez; n'est pas loin de penser que Rachid Sanchez la prend pour une imbécile... Son humeur hésite inutilement entre l'humiliation, la colère, l'irrévérence et la honte ! Qu'il puisse être le corbeau ne l'étonne pas : se ronge les ongles ! Se demande ce qu'il fera...


   Dans la salle des ventes  0 commentaire
[27/07/2008 11:13]

Ce sont des souvenirs… des souvenirs sur la guerre.

Édouard Bourdet, Vient de paraître.

Jan Eekhoud se demande quand même pourquoi il continue à faire ce métier : la salle des ventes est ici un lieu de rencontre comme un autre; il y a comme d'habitude beaucoup de monde dans la salle des ventes de Fontainebleau... Armelle Clémenceau s'approche d'Eckhart et lui dit quelque chose; Elizabeth Jarry de Sorgues montre à Théophraste Pellerin l'objet qu'elle vient d'acheter : une copie de l'inventaire du mobilier de la reine. Eekhoud a la mine gourmande : Jan Eekhoud annonce "un procès-verbal de prestation du serment civique" : Jan Eekhoud se dit que, dorénavant, il lui faudra envisager de ne plus faire de ventes que sur internet; Cindy s'est avancée tenant à la main un objet. Monsieur Grand lève une main, Jan Eekhoud déclare : "le lot 452 est adjugé à Monsieur Grand"... La vente du jour concerne des objets inaccoutumés : il y a beaucoup de monde — comme d'habitude — dans la salle des ventes de Fontainebleau mais cela ne signifie pas que la vente sera un succès, sur la tribune, derrière Eekhoud, des employés s'activent, rangeant ou déplaçant divers objets... Peu de personnes enchérissent, pour l'essentiel, le public est fait de badauds - des hommes entrent et sortent intarissablement...


   Errance  0 commentaire
[19/07/2008 11:20]

Qui prouvera qu'enfin nous vivons au présent.

Jules Supervielle, État de veille

Nous oublions, nous croyons oublier!… Passe devant la villa de Ranou Shirazi; faut-il en parler à la police? Il fait très beau. En ce moment Benato  aurait bien aimé avoir un ami auquel se confier... Il n'a aucune réponse à ses nombreuses questions, traversant la rue Gwendoline Raisson, Théobald entend sonner un téléphone. Benato ne voit pas Thomas qui entre dans la maison de Mathew Coloane. Théobald n'a jamais eu confiance en lui. Théobald est tellement enfermé dans ses pensées qu'il marche sur une fiente - a parfois la tentation du couvent, ou de la fuite. Benato remarque Clairwill qui sort de chez Marly Sad. Benato aperçoit un de ses élèves qui joue au foot avec des garçons sur la place Alisher Eco... Benato ne se sent bien qu'avec les enfants... Ne se battrait peut-être que si un de ses deux enfants était en danger; et encore... Théobald Benato a dans une poche la lettre de rupture qu'il vient d'écrire à sa femme mais ne se décide pas à la poster... Théobald Benato a beau chercher, il ne se connaît pas d'ennemis: porter plainte? Il tourne sans raisons dans la rue Alfredo Ermakov - traverse la place de l'église, a une désagréable tendance à s'enfermer dans la rumination... Marche machinalement dans Thomery; la marche lui permet d'essayer de réfléchir ! Essaie de se souvenir quel, parmi les parents d'élèves ou parmi ses anciens élèves pourrait le détester à ce point; il n'arrive pas à se concentrer sur une idée précise.


   Errance  0 commentaire
[12/07/2008 12:13]

Qui pleure là, sinon le vent simple…

Paul Valéry, La jeune Parque

A une idée précise en tête; D’Eurymédon a oublié l'existence des autres. L'église (Saint Justinien) est au centre du village: Wilfrid ne voit personne; il sait qu'il n'existe pas deux choses identiques. Wilfrid ne goûte que les petits plaisirs ordinaires; va où ses pieds le mènent: D’Eurymédon marche avec méthode ( fait tout avec méthode). Il contourne les imperfections sur le goudron de la chaussée; possède le don d'enregistrer les moindres détails autour de lui en ayant pourtant l'air d'avancer dans le brouillard; D’Eurymédon vit selon l'instant - D’Eurymédon a le temps pour lui. Seuls les pigeons, qui font la loi sur les toits, proposent une agitation méthodique... Le quartier est plongé dans une sorte de stupeur - les façades des maisons ont un air absent, barricadé, des enfants jouent dans les jardins; des rues à peu près inhabitées - ce quartier n'a pas d'importance. A l'écart de tout, un hors-monde, seuls de vagues bruits lointains dénoncent un reste de vie, un chat traverse une rue comme s'il craignait d'être aperçu. Le quartier est un dortoir à la campagne : les rues sont étroites et quelconques, aveuglantes - rien n'est assuré.


   Désordres  0 commentaire
[07/07/2008 14:58]

La nuit couve toujours quelque traffic.

Jean-Michel Espitallier, Ponts de frappe

Regarde par la fenêtre de la grande pièce de la maison Cottard. Imagine derrière les murs une mer de cognassiers... Ouvre le tiroir d'un bureau, en retire un dossier volumineux - Matoute range les photocopies d'archives locales étalées sur son bureau: Mme Matoute aime ça... Dit de Jérôme Cottard que c'est un pervers; mademoiselle Léna Matoute a mal à la tête; mademoiselle Léna Matoute circule dans la maison, de la chambre au couloir jusqu’à la fenêtre - vient s'habiller devant la télévision; a peur. Léna se sert un fond de verre qu'elle boit en se déshabillant. Matoute écrit le nom "Collot d'Herbois" sur une carte. Léna fait l'inventaire de vieilles brochures, Léna Matoute fouille dans un placard, Mademoiselle Léna Matoute n'a pas réussi à laver le sang qui tache le sol; Mlle Matoute marche d'un pas difficile, Léna s'inquiète des nombreux incidents qui émaillent ses jours. Elle circule de la porte à la fenêtre, de la fenêtre à la porte; entre dans la mémoire de son ordinateur diverses citations de Saint-Just comme "le démon d'écrire nous fait la guerre et on ne gouverne point" ou "la mendicité est incompatible avec le gouvernement populaire", Léna se dit que peu importent les expressions qui lui donnèrent l'éveil - Matoute a mal au pouce et au côté; Mademoiselle Léna Matoute s'inquiète des nombreux incidents qui émaillent ses jours: admire une pendule de marbre rouge, fouille dans un placard... Mademoiselle Léna Matoute dit à Roger Rieux d'aller se reposer; bouge, bouge, circule dans toute la maison et court, court: Matoute a le visage fermé et se demande comment trouver de la coke; jette tous les vieux journaux...


   Ligne romanesqur  0 commentaire
[30/06/2008 13:47]

c'est vraiment ça

Frank Smith, Le cas de le dire

L'homme laisse derrière lui autant de questions que de solutions; le samedi 12 août à 13:38, Madame la comtesse Pandolfini, de Rémauville, jette une lettre dans la poubelle de la cuisine pendant que Corvick souffre d'un manque. Pendant que Rango Mollet laisse venir tous les petits malheurs de la nuit et regarde par la fenêtre de la grande pièce de sa maison, au même moment Madame Elena Faulkner téléphone à Madame la comtesse Pandolfini pour lui parler des derniers bruits... Pendant ce temps à Trémainville, comme à Champagne, la vie se bouscule, pullule. Labadie se rapproche de sa fenêtre, parle et se demande pourquoi elle n'a plus aucun goût, plus aucun. Un certain François de Séryeuse a mal à l'estomac et se tait... Une nommée Ted Sanchez est assise sur un divan, une main sur sa cuisse, une autre tient un téléphone contre son oreille droite et après change l'espace... Blanche, de Treuzy-Levelay, lit avec crainte la lettre anonyme trouvée dans sa boîte aux lettres alors que Madame veuve Rosa Sinouls regarde à travers ses rideaux rouges. Le mercredi 09 août M. Hanneton observe Labadie qui lit un ouvrage sur la révolution française et est couché dans le calme. Cottard sent son coeur se serrer et l'angoisse revenir. Steering, d'Ichy, se lève ; se lève tout simplement. Tristan, de Rémauville, appelle le 0142171793 pendant que Simon cherche dans sa bibliothèque un livre. Théobald d'Ormesson se dit que au même moment, Claude Gregorovius, de Thiersanville,  se demande. Il n'y a pas de réalité sans désespoir...


   Occupations diverses  0 commentaire
[26/06/2008 9:49]

Il se passe tellement de choses en ce moment.

Gilles Amalvi, Orphée Robot de Combat

Jeudi 03 août 2009, autour de 11 heures 44 : Norpois utilise le CD-ROM de son Encyclopaedia Universalis cependant que Aragon traverse une antichambre opaque tandis que Madame Doucement présente à Steering une gravure représentant une machine verticale en bois et acier portant en légende le mot "guillotine" pendant que Omar Steering croit jeter le journal cependant que Samia chacun fait quelque chose dans le désordre tandis que Tristan attend mais ne sait quoi ; Madame la comtesse Pandolfini demeure couchée cependant que Madame veuve Doucement regarde ses sourcils dans un miroir ; Madame Doucement se laisse tomber dans son fauteuil tandis que Becky Turner sent son coeur se serrer et la peur revenir pendant que Johanna tourne pensivement sur elle-même alors que Monsieur Grand examine une gravure figurant un autel de la patrie surmonté d'un Priape éjaculant avec à ses pieds la patrie sous une forme que la pudeur rougit de deviner ; De Séryeuse s'installe dans un fauteuil. Monsieur Othon sourit, sourit ; Geneviève Patrimonio regarde ses sourcils dans un miroir pendant que Emile Freilicht ouvre un coffre et en sort un petit miroir ovale cependant que Anne Mukoma s'englue dans la douleur tandis que Madame veuve Doucement se dit que peu importent les termes qui lui donnèrent l'éveil. Mme Clairwill se demande comment se procurer une dose de hash...


   Vente aux enchères  0 commentaire
[04/06/2008 16:04]

La contradiction entre la vie et la mort, c'est l'agitation humaine qui la crée.

Jean Giraudoux, Intermezzo

Johanna regarde l'acquisition qu'elle vient de faire: un lot d'assiettes de faïence dont le motif central est une guillotine. Dans un coin Eckhart et Edward Munch discutent. Dans la salle quelqu'un lève la main.  Jan Eekhoud annonce "une bague dont le chaton qui s'ouvre renferme la devise "la Nation, le Roi, la Loi"" - beaucoup des personnes présentes paraissent se connaître... La vente est peu animée: Il y a  beaucoup de monde comme d'habitude dans la salle des ventes de Fontainebleau.  la salle est pleine d'objets de toutes sortes - une aide apporte une affiche sur laquelle on peut lire: "Le Courrier de l'hymen". Il y a beaucoup trop de curieux mais peu d'enchérisseurs. Jan Eekhoud a pris beaucoup de plaisir à rechercher toutes ces curiosités: Rosa Triolet montre à Ursula Underhill l'objet qu'elle vient d'acheter: un tableau des biens nationaux du département de Seine-et-Marne propres à la culture. Au fond de la salle un motard vêtu de cuir noir, casque sur les genoux paraît très excité... Le public semble peu captivé: Mme Cottard entre dans la salle, il y a comme d'habitude  beaucoup de monde dans la salle des ventes mais cela ne signifie pas que la vente sera un succès...


   Le dédale de Dedalus  0 commentaire
[01/06/2008 11:33]

Voy a ser callado

estaré mudo

te amaré en silencio

una piedra un laberinto un muro

Norberto Garcia Yudé, Esa muchacha

Ne sait pas ce qu'il craint; Benato a beau chercher, il ne se connaît pas d'ennemis et ne veut pas croire que sa belle mère - qui le déteste - soit capable d'actions pareilles; marche machinalement dans Thomery; la marche lui permet d'essayer de réfléchir, faut-il en parler à la police? Il remarque Dedalus qui sort de chez Ranou Shirazi, mais cela ne l'étonne pas! Se demande qui peut bien s'intéresser à lui... Est tellement enfermé dans ses pensées qu'il marche sur une chiure, l'ardeur lui manque pour se battre, se sent seul! Théobald Benato ne sait plus que faire sous l'avalanche de messages: il va où ses pas le guident - ne sait pas bien depuis combien de temps il marche! Benato regrette d'avoir dû grandir, serait bien resté enfant toute sa vie... Ne se battrait peut-être que si un de ses deux enfants était en danger; et encore... N'a aucune réponse à ses nombreuses questions: ne se sent bien qu'avec les enfants, peut-être parce qu'il a peur des adultes, Benato hésite à entrer dans le café pour se rafraîchir, il mâche un jour l'idée que le coupable puisse être Rosa Chateaubriand mais cette hypothèse lui paraît chaotique. N'arrive pas à se concentrer sur une idée précise... Aperçoit un de ses élèves qui joue au foot avec des garçons sur la place Fernando Olleri... A soigneusement conservé et classé tous les courriers, comme si ces actions machinales devaient lui permettre de trouver une solution à son anxiété - porter plainte? Le ciel bleu est une dérision - Théobald est un perdant.


   Fuite  0 commentaire
[31/05/2008 11:39]

Qui pense ici au pécéhé? un homme abruti justement par le péché, débordant de péché et débordé par lui…

Max Jacob, Méditations

N'a pas d'autre solution que fuir et court dans la nuit et pense: "tout change sans cesse" et Rango essaie de s'arrêter de courir et ne se souvient pas d'avoir jamais vu cette moto ni à Arville ni dans les environs et dans sa menace le présent et le passé se mêlent et la silhouette du motard se confond avec celle de son ancienne victime et le motard devient le fantôme du jeune chasseur d’autrefois et les tirs du motard se rapprochent de ses pieds et le motard est tout vêtu de cuir noir et sa moto est noire et le motard tire tout autour de lui et Rango se souvient des titres des journaux locaux et Rango est le cerf fuyant devant la battue et son appartement est à plus de deux kilomètres et est pris d'angoisse et Rango n'a pas le temps de se poser des questions et entend le bruit du fusil qu'il jette dans le Loing et regrette d'être descendu de son tracteur et Rango ne sait où aller et il fait nuit noire et se demande qui peut savoir et pense qu'il va mourir comme une bête nuisible et dans son épouvante il a laissé tomber son téléphone portable et Rango sait avec certitude que le motard joue avec lui comme un chasseur avec son gibier et...


   Controverse au bistro  0 commentaire
[30/05/2008 14:30]

Cet oubli si vivace qui recouvre si rapidement le passé le plus récent, cette ignorance si envahissante, rend par contre-coup un petit savoir d'autant plus précieux qu'il est peu répandu…

Marcel Proust, Le temps retrouvé

Oriane ne sait que dire, mais n'importe quel propos vaut mieux que le silence: chacun dispute avec force à propos de soi-même tout en écoutant les autres; assise au bar, Oriane Proust regarde. Des paroles diverses se croisent et s'accrochent dans la fumée des cigarettes... Madame Proust entend qu'on parle en riant au fond de la salle d'un étranger qui a traversé le village - les voix font un bourdonnement de mouches. Tous  disent avoir peur... Thérèse serre toutes les mains; Mademoiselle Aragorn poursuit son bavardage pendant plusieurs minutes... Les habitués du café commentent les nouvelles - trois ou quatre conversations différentes se déroulent en même temps: toute la conversation semble très inaccoutumée! Proust tente de présenter son point de vue mais la conversation est très incertaine - les dialogues s'entrecroisent; la chaleur est démente. A une table se déroule une conversation bien animée sur les différences entre Treuzy-Levelay et Sorgues - un bichon erre sous une table - chacun a une histoire à raconter... John Tarrou raconte quelque chose - Madame la Générale Proust remarque un homme avec qui elle aurait aimé parler; Théobald Carnavon change de sujet! Steven Saylor acquiesce sans savoir réellement de quoi il est question; quelqu'un s'écrie: "c'est quand même incroyable que nous nous disputions alors que nous avons tant de raisons de nous entendre". Elle soutient qu’on ne devrait pas tant penser à ce qu'on fait qu'à ce qu'on est...


   Sinouls fouille sa maison  0 commentaire
[21/05/2008 14:32]

Ce qui a été compris n'existe plus

Paul Éluard, Capitale de la douleur

Elle affectionne ça... Fouille dans un placard, se demande ce que les événements récents vont changer à sa vie: est en sueur... Son odeur; se mord la langue en mangeant une pomme! Mme Sinouls pose son regard méditatif sur le bout carré de ses chaussures: regarde sa pendule sans aucune recherche de connaître l'heure - regarde à travers ses rideaux nuageux, ouvre de nombreux placards sans trouver ce qu'elle cherche. Rosa Sinouls se décide à consulter son courrier... Tire ses rideaux: Rosa Sinouls pense soudain à un lambeau de phrase quelque chose comme: "les biens des conspirateurs sont là pour les malheureux". Elle cache un revolver sous son lit; chacun fait quelque chose! Mme Sinouls ouvre le tiroir d'un bureau, en retire un dossier volumineux... Elle traverse une antichambre opaque! Madame veuve Rosa Sinouls s'habille... Elle sourit, sourit - elle est à bout. Mme Sinouls regarde par la fenêtre: consulte sa montre toutes les deux minutes, se laisse glisser sur une banquette de toile cirée, dos au mur... Examine des plans d'Echouboulains datés de 1765; Rosa fouille avec angoisse dans les archives de sa famille ! Regarde très loin. "il faut que je classe un médaillon où est gravé le nom Steering", a mal à l'âme et à l'estomac...


   Certitude  0 commentaire
[17/05/2008 6:00]

I fly over you like a bird.

Oktay Rifat, poèmes

Quartidi 14 Thermidor,

la nuit est déjà profonde. Olympe de Nonville porte en elle un grand froid. Un faucon crécerelle se met à crier plaintivement... De Nonville s'effraie d'avoir été suivie. Le destin menace constamment de frapper! Une désagréable confusion s'empare de De Nonville - ne se sent pas l'âme d'un héros. De Nonville veut que son corps reste droit... La peur aiguise la mémoire. L'époque est égarée! Elle ne peut accepter la mort de son mari - De Nonville n'arrive plus à réfléchir. La sueur s'accumule dans les creux de son corps... Sa gorge devient sèche. L'anxiété est là. De Nonville respire à fond - le temps continue à diffuser son poison. Ses jambes la soutiennent à peine, pense que le monde tout entier représente un danger; De Nonville hâte le pas - un danger inattendu tremble dans l'air... La lune éclaire la ville - tout son corps n'est qu'un immense vide... Tout le monde lui est suspect - si elle ne peut le faire changer d'avis, De Nonville sait qu'elle devra tuer François-Marie Bressac...


   Prisons  0 commentaire
[08/05/2008 18:00]

Y avait de quoi vous couper l'haleine!

Jean Giono, Un de Baumugnes

Dans l'obscurité une vieille femme remue. La fièvre lui martèle la tête. Dillon dort parmi les hurlements des gardes et le fracas des chaînes heurtées... Ça et là des prisonniers gémissent: une fillette accroupie sous un corps suspendu lèche un des pieds baigné de sang frais! L'enfer s'invente autour de Marion, une femme hurle! Marion est ensanglanté de la tête aux pieds; la pièce est si pleine d'hommes, de femmes et d'enfants que tous  ne peuvent s'allonger... Un individu retourne les cadavres à coups de pieds... Les soldats n'arrivent pas à se frayer un chemin, derrière les barreaux des grilles, des guichetiers des agents de police et des sans-culottes viennent jouir du spectacle: un homme est couché dans un coin, sur le dos! Un autre individu immonde, halluciné, parcourt la pièce en hurlant: "En Danemark, il y a deux positions et deux instruments pour décapiter"... Il fait chaud, très chaud! Des espèces d'apparitions rôdent dans la pénombre! Des cris indistincts traversent les murs: un enfant pâle titube vers la sortie; par une porte, un soldat jette un prisonnier dans la salle, il heurte violemment un des murs: Marion regarde autour de lui les corps consumés par la faim, les visages de cendre aux regards vides, les membres fragiles et dramatiques. Des condamnés toussent; un bruit de pas et d'armes approche.


   Au Tribunal Révolutionnaire  0 commentaire
[07/05/2008 11:59]

Toute vie est portée par une métaphysique latente.

André Maurois, Lélia ou la vie de George Sand

Quartidi 4 Fructidor an I

adresse aux membres du Tribunal Révolutionnaire:

vertueux représentants d'un peuple souverain, quels que soient vos pénibles travaux, que l'amour de la patrie vous retienne au poste où la confiance vous a placée et que vous remplissez si dignement. Félix Montjoie voulait nous ramener à la barbarie et à l'esclavage. Vous avez frappé les ennemis de la Révolution; périssent les imposteurs! La République est sauvée! Jamais le peuple français n'aura de tyran! Ce tyran couronné voulait appesantir sur la nation son sceptre de fer. Gloire et salut à la Convention Vive la République, au diable les émigrés, les ennemis du peuple

Sans-culottes de Thomery.


   De la prison  0 commentaire
[05/05/2008 13:48]

A-t-il connu Le vague informel la fièvre croissante

Le plaisir organique

Gérard Noiret, Atlantides (heroïc poésie)

Autour de moi, des hommes bougent et se retournent sur leurs couchettes, le méfait fait beaucoup plus d'heureux que la vertu, depuis assez longtemps je suis en butte aux ennemis de la chose publique! Car la pudeur est une chimère... Je ne suis pas trahi par les hommes parce que je sais que l'homme est traître - ce n'est qu'en répandant le sang des hommes qu'on parvient à les dominer, il n'y a pas d'échappatoire à la brutalité du monde: je vois partout des signes de mort imminente! Au sein de l'incohérenc