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   Regarder la mort en face  0 commentaire
[16/11/2008 7:58]

Leur sens de la beauté est tel que parfois ils en meurent.

Jean-Pierre Balpe, Le silence

Chacun est un grain de poussière. Qu'importent les personnes réelles que sont Elytis ou Blanche si l'histoire désire leur mort ! Il y a une étrangeté parfois même une raison du désaccord, Oedipe... Une tête exige une autre tête; comprenne qui voudra. Le pire châtiment est de se laisser abattre sans avoir eu la possibilité de lutter - nos crimes sont plus que des assassinats; tout ce qui se passe est en sommeil depuis 216 ans; c'est l'histoire de l'ogre et du Petit Poucet et c'est aussi celle du Juif errant; mémoire des assassinats... Nous avons attiré la mort - nous regardons leurs morts en face. Le meurtre après tout  n'est qu'un moyen comme un autre pour atteindre le but que nous nous fixons,  l'appel du sang: nous ne vivons que de ces assassinats... L'histoire est un cercle, l'assassinat  n'est après tout qu'un moyen comme un autre pour atteindre le but que nous nous fixons,  un par patronyme, n'est-ce pas un message assez pur ? Il y a des regards dont le choc est insoutenable ! Nous frapperons quand et où nous l'avons décidé, quand toutes les choses seront dites.





   Affirmations de Sade  0 commentaire
[13/11/2008 14:47]

[…] les morts s'obstinent à rester parce qu'ils attendent quelque chose des vivants.

Vinciane Despret, Être on ne pas spectre

Après tout l'assassinat  n'est qu'un moyen comme un autre pour atteindre le but que nous nous fixons...  les raisons de vivre et de mourir sont très variables, tout est en place pour que ce qui est prêt s'accomplisse; c'est l'histoire de l'ogre et du Petit Poucet ! L'homme ne peut pas impunément changer le cours de l'histoire... Tout le monde sait jusqu’où pareilles choses peuvent aller : il faut pourtant qu'ils comprennent ce qui leur arrive, le meurtre  n'est après tout qu'un moyen comme un autre pour atteindre le but que nous nous fixons,  il y a des silences qui sont des affirmations. Nous ne vivons que de ces crimes : après tout l'assassinat  n'est qu'un moyen comme un autre pour atteindre le but que nous nous fixons.  comme ils ont condamné une lignée à la torture, ces êtres doivent connaître la douleur : le temps s'accélère; une tête réclame une autre tête ! Il y a des regards dont le choc est insoutenable... La fin toute entière était inscrite dans le début ! Nous ne vivons que pour ces assassinats... Nous n'avons pas de scrupules à avoir devant l'assassinat lorsqu'il est nécessaire, nous savons désormais ce qui va arriver - parce que leur mort est notre seul devoir. Sous la cacophonie apparente des histoires, le destin fixe sa trajectoire absolue... Il est des labyrinthes dont l'issue ne peut être qu'un meurtre...





   Légitimités  0 commentaire
[20/10/2008 11:52]

Qui voudrait vivre,

quand il n'a rien

à respirer, la voile

noire toujours levée

Ingeborg Bachman, Je ne sais pas de monde meilleur

Le gouvernement s'embarrasse fort peu des individus. Etre le lieu de l'instant  C'est la plus grande de toutes les extravagances que de résister aux intentions de la nature sur nous. Déjà vingt ans de prison... La dureté des riches légitime la coquinerie des pauvres, je demande grâce; tous les hommes tendent au despotisme - quel crime ai-je commis pour me retrouver ainsi? Un seul baiser a plus d'emprise sur moi que toutes les armes dont on peut user pour me contraindre... Je ne sais pourquoi j'existe et je respire encore; qu'on me prouve qu'il y a quelque chose qui interdise au plaisir de coopérer au bonheur de la nation, ce n'est donc pas le mal qui est dangereux; car dans un siècle entièrement corrompu le plus sûr est de faire comme les autres - rien de tel que concevoir un crime pour faire arriver le bonheur; ma vie depuis la révolution est marquée par des sacrifices répétés: la mécanique des corps et celle des passions pour affecter celle du pouvoir! Il n'existe aucune méthode pour se préparer à l'horreur. Etre malheureux n'est pas un état! Il est fort peu d'actions criminelles dans une société dont la liberté et l'égalité font les bases. Il faut savoir marcher même à travers les flammes: Le destin me poursuit, il est temps que l'incohérence disparaisse - mais je refuse d'accepter l'acceptable... Les grilles se sont refermées sur moi...





   Aux juges  0 commentaire
[04/10/2008 11:50]

Le ciel faisait ses arrangements à lui sans s'occuper de nous.

Charles-Ferdinand Ramuz, La grande peur dans la montagne

Octidi 28 Thermidor an I

adresse aux courageux juges :

quelle était grande la Montagne dans ces instants épouvantables! Marc Antoine Jean Aragorn est aujourd'hui enfin reconnu plus criminel que les Catilina et les Néron: vous avez déclaré que "le délai pour punir les ennemis de la patrie ne doit être que le temps de les reconnaître". Pères de la patrie vous êtes immortalisés, périssent les imposteurs, les tyrans de l'opinion! Marc Antoine Jean Aragorn voulait, sous le masque de la vertu, tuer le patriotisme, assassiner la liberté et relever le trône des tyrans. Un nouveau Catilina après avoir égaré l'opinion publique, a osé jeter le masque. Vive la Convention! Guerre à tous les jacobins!

société des défenseurs de la constitution républicaine d'Echou


   Introspection  0 commentaire
[14/09/2008 10:52]

…j'avais été frappé de l'inanité de tout cela, et avais décidé de m'abstenir d'écrire…

Christian Garcin, La jubilation des hasards

L'homme a un certain nombre de chances, ça peut se dire. Tout ça semble un peu imprévisible. Bien sûr!... Tout mot fait mal. On peut trouver une justification à tout, comme aussi bien aucune. Autre chose encore; est-ce une erreur de dire ça? De quoi dépend l'incohérence? Et les idées sur le désarroi? Et ça ne veut rien dire qu'a le désarroi à faire avec ça? Ou encore: les valeurs absolues n'existent pas ; c'est authentique... Les valeurs absolues n'existent pas... Personne ne peut dire ce qui est creux nous savons, et nous savons que nous savons il n'y a que la pratique - tout jugement doit prendre une forme : la raison chavire dans la cohue... Est-ce une erreur de dire ça ? C'est pas si vrai que ça tout de même. Tout cela n'a d’ailleurs pas une grande importance; tout peut arriver: oui... Si on le veut! Tout est à recommencer... Ça peut se dire... Est-ce qu'une chose a à faire avec une autre? Tout cela n'est que conjectures! Comment? C'est tout ou rien; qu'a l'agitation à faire avec ça? Si on veut ; qu'attendez-vous de moi? Oui ou non. Après tout... Il n'y a pas de bonnes réponses... Pourquoi pas?... Oui ou non! N'est-ce pas vrai? C'est pas si vrai que ça tout de même; ce qui est est; tout ça semble un peu emmêlé... La pensée est surprenante; penser est étonnant, ça peut se dire...


   Fin de vie  0 commentaire
[06/09/2008 12:10]

Le brouillard, forme visible du silence, monte jusqu'au soleil.

Pierre Guyotat, Tombeau pour cinq cent mille soldats

On vit, on finit par avoir toute une encyclopédie. Elstir a le sentiment de la présence critique d'une partie de lui-même ! Monsieur le professeur Elstir n'est plus certain de l'utilité de faire. Pourquoi est-il devenu ce qu'il est et non quelqu'un d'autre ? Elstir ne sait pas choisir. La seule chose qui l'intéresse, est la paix intérieure. Il lui semble parfois être comme dans la salle d'attente d'un médecin, cherchant sur chaque visage le mal qu'il cache. La réalité est ce qu'il pense. Elstir n'est plus certain de l'utilité de faire (tout trouve dans l'admiration sa propre raison) monsieur Elstir glisse lentement du côté de la mort... Monsieur Elstir avance parmi les choses avec une vision noire ; pour ne pas croire à la mort. Monsieur Elstir ne croit en rien Elstir n'a qu'une angoisse, celle d'être confronté à la mort lente de l'oubli - Elstir ne comprend pas le fantasme de certains de ses collègues qui les pousse à vouloir toujours rester en contact avec les jeunes. N'a à ce sujet aucune certitude. Monsieur le professeur Elstir ne s'apitoie jamais - monsieur Elstir aimerait disparaître,  se dissoudre serait l'idéal. Elstir ne parvient pas à analyser avec suffisamment de force ce qui ne fonctionne pas dans ses rapports aux autres : Elstir  pense parfois  comme Sartre que l'enfer  c'est les autres :  il lui semble parfois être comme dans la salle d'attente d'un médecin, cherchant sur chaque visage le mal qu'il cache.


   Et Barbe-Bleue?  0 commentaire
[13/08/2008 6:55]

On ne peut pas aimer un vagin si on n'aime pas les poils.

Eve Ensler, Monologues du vagin

Ainsi pense Caïn : la rêverie fuit l'éternité, mais s'étend dans l'éternité… Et meurt la plupart du temps dans l'humanité.
Ainsi songe Barbe Bleue : la plénitude, le pouvoir et la crainte ont les mêmes amours.
Ainsi songe ELLE : la solitude ne fait pas la guerre.
Ainsi songe Orlando : Comerus préfère le travail à l'indifférence.
Au souvenir toute porte est fermée.
Aux yeux d'Espéranza, pas de fureur sans rêverie, ni de bassesse sans courage.
Aux yeux de Sœur Anne, la maladie et la chasteté s'ignorent.
Barbe Bleue : la mémoire évite la folie, pousse par chair… Et s'achève souvent dans l'honneur.
Barbe Bleue : la tendresse éclaire le sourire.
Barbe Bleue affirme : l'inconscience fuit la différence, mais s'étend par la différence… Et finit maintes fois dans la faute.
Barbe Bleue affirme à Dong-Hwa : rien n'est plus trouble que la pauvreté.
Barbe Bleue pense que l'âge de Comerus est du souvenir.
Barbe Bleue pense que l'illusion de Perle est de la passion.
Barbe Bleue pense que la peine d'Espéranza est de la philosophie.
Barbe Bleue pense que la réflexion de Dong-Hwa est de la peine.
Barbe Bleue pense que la réputation de Comerus est de la métaphore.
Barbe Bleue pense que la vivacité d'Espéranza est du vice.
Barbe Bleue pense que le mystère d'ELLE est de la nudité.
Barbe Bleue remarque : la raison de la souffrance est dans la vie.
Barbe Bleue remarque ça : mieux vaut la richesse de Sœur Anne que la susceptibilité.


   Bifurcations  0 commentaire
[04/08/2008 10:26]

Vous ne saviez pas quoi faire de moi, c'est pour ça. Il vous a fallu longtemps pour le concevoir.

Paul Auster, Dans le scriptorium.

La bifurcation arrive sans qu'on le désire et nous pousse en avant, change de sujet... Nous ne vivons que pour ces assassinats - tous attendent - qu'est-ce qu'il faut dire ? Oui, je ne sais pas, dit le philosophe; la lumière se fera... Affolements. Tout ce dont je ne me souviens pas est fragmentaire... Tous se retournent : têtes encombrées d'appréhensions. Hanneton lève la tête avec lenteur. C'est à Mademoiselle Stillman que pense Cottard, l'homme est debout. Ils sont au bout du rouleau. C'est merveilleux comme les hommes et les femmes peuvent être nus ensembles et garder de grands secrets au fond de eux... C'était fatal ! Il y a un court silence; laisser faire : inventer l'appel de la mort : tant de choses en suspens ! Etes vous sûr de ça... Ne faites pas croire que vous ne savez pas de quoi il est question - peut-être que l'homme a besoin de diversions et qu'il ne faut pas les lui refuser; Cottard continue d'argumenter à la manière d'un représentant - tranquille. On trouve de tout aujourd'hui : ont manigancé tout ça !


   Citation  0 commentaire
[29/07/2008 12:37]

Il ne sembla pas attendre de commentaire de sa part.

Mary Higgins-Clark, La clinique du docteur H.

Le seul lieu où l'individu existe est sa propre tête... Il est fondamental de connaître ses limites. Le roman, on ne sait jamais où il va, le roman énonce et énonçant s'énonce et le monde avec lui; le récit d'une vie humaine peut être aussi long ou aussi bref que le veut son auteur;

ce roman par exemple - puisque c'est un roman - commencerait ainsi : un personnage du livre - peut-être Johanna - se souviendrait d'une citation : "Je me demande si j'ai du mal à me remettre du décalage horaire ou si un nouveau roman est en train de germer dans ma tête : je n'arrive pas à lire sans sauter des passages." ce personnage comprend qu'il n'est qu'une pièce d'un puzzle et qu'il doit accepter cette situation - ce personnage se demande ce qu'il fait là et pourquoi cette citation plutôt qu'une autre; il se demande alors aussi de quel auteur elle peut bien être; le jeu est parfois un jeu sur le jeu lui-même, une question est une question...

de même, de quoi, celui qui se dit l'auteur, est-il vraiment l'auteur ?

un commencement est autre chose qu'une origine !


   Sentiment religieux  0 commentaire
[26/07/2008 14:34]

Si ce sentiment unique n'en avait pas moins pris à ses yeux des formes différentes selon les moments, c'est qu'il ne disposait, pour interpréter cette marée déferlant sur tout son être, que des images enregistrées par ses sens.

Robert Musil, Les désarrois de l'élève Törless

J'ai un grand regret de vous avoir offensé; je commets des fautes folles... J'ai prononcé des paroles terribles... J'ai tenu des propos d'humeur ou de révolte; j'ai souri des rides de soeur Immaculata, je ne cesse de me persuader que le monde peut être changé. Je suis de plus en plus portée à diviser les hommes en bons et en mauvais; parfois mon courage m'abandonne... Je suis perpétuellement attirée par le péché de lucidité parmi d'autres - je ne tiens pas toujours toutes mes promesses... La religion n'est en moi que l'effet du sentiment non de la compréhension - j'ai la tentation de corriger les hommes; je suis toujours bavarde, cancanière même ! Les choses les plus importantes m'arrivent par hasard, je demande continuellement à dieu de nouveaux pardons, je prie sans arrêt le ciel. J'essaie de faire en sorte que mes péchés n'apparaissent pas dans mon comportement; je fais preuve de froideur dans mon service : je ne veux pas savoir qu'il peut être commode de mentir ! Je dis toujours tout ce que je pense ! Je crains la mort - pardonnez-moi, mon père, parce que j'ai péché.


   Besoin de diversion  0 commentaire
[01/07/2008 9:38]

Malheureusement je ne suis pas ici pour mon plaisir…

Tristan Bernard, Triplepatte

Peut-être que l'homme a besoin de diversions,et dans le roman l'imaginaire occupe cette place! Le roman avance masqué dans l'entrecroisement des citations véritables ou dissimulées! L'écriture est une méthode de réflexion... Ce sont les gens dans les livres qui devraient imaginer nos histoires. Le romancier joue au chat et à la souris avec son lecteur. Un écrivain n'a qu'un nombre limité de choses à dire - une vie n'est composée que de milliers de faits juxtaposés qui ne prennent sens que dans une juxtaposition particulière. Le propos du roman est toujours sommaire, un récit, entre le rien et le presque rien! Si un roman a besoin d'intrigues, celles-ci n'ont à être ni uniques, ni linéaires. Les hommes veulent qu'on leur raconte des histoires... Le roman bien employé peut peut-être révéler les endroits les plus secrets de la vie... Personne ne veut faire partie d'une fiction - les mots ne sont que des mots même s'ils servent parfois de grappins aux hommes le roman est un jeu d'adresse - les hommes imaginent l'authentique histoire à l'intérieur des mots; comment exprimer l'univers en paroles? Depuis quand faut-il s'imaginer les choses en couleurs, les choses au jour le jour n'ont pas leur place dans un roman; écrire n'est pas une nécessité; le roman est un jeu sur la mémoire... L'important, c'est la fiction! Il y a un  dehors du roman: un monde où se passe autre chose. C'est alors que les mots viennent à manquer! Ecrire un roman n'est qu'un jeu...


   Changer le cours des événements  0 commentaire
[10/06/2008 9:36]

Allons, voyons, continue, tu avais commencé.

Marcel Achard, Jean de la lune

Il y a des regards dont le choc est insoutenable, qu'importent les personnes réelles que sont Dedalus, Palançy ou Eckhart, qu'importe tel ou tel, si l'histoire désire leur mort: nous ne pouvons pas attendre plus longtemps, ce qui a été commencé doit trouver sa fin... L'homme ne peut pas impunément changer le cours de l'histoire... Il y a une étrangeté parfois même un flair de l'antipathie... L'histoire est un cercle: une tête demande une autre tête: comme ils ont condamné une lignée à la douleur, ces êtres doivent connaître le tourment: nos crimes sont bien plus que des assassinats, tout est dit et fixé: nous regardons leurs morts en face: Nous frapperons quand et où nous l'avons décidé, quand toutes les choses seront dites et prêtes, parce que nous savons ce que nous voulons, nous n'avons pas peur des conséquences de nos actes, les raisons de vivre et de mourir sont très inconstantes, maintes fois même minuscules: Il y a des silences qui sont des affirmations: L'appel du sang: La théorie des dominos: Plus rien désormais ne nous fera reculer, leur mort est notre seul devoir...


   Marche  0 commentaire
[27/05/2008 14:20]

J'attends le cercueil qui doit m'emporter.

Alain Dubois, Pierre Drogi, Métamorphoses

Becky marche pour rêver le temps.

Becky Turner ne goûte que les petits plaisirs ordinaires - Echouboulains est laid... Elle marche: ne voit rien, c'est un jour comme un autre, elle est en sueur mais ne s'en soucie pas, Becky possède le don d'enregistrer les moindres détails autour d’elle en ayant pourtant l'air d'avancer dans le brouillard; Turner parcourt les petites rues d'Echouboulains! Compte le nombre de ses pas - les rues sont désertes il n'y a pas un chat; un chien la suit de loin, le soleil s'approche du clocher... Echouboulains est un dortoir à la campagne où seuls les pigeons proposent une agitation méticuleuse - Echouboulains n'est qu'un village quelconque aux rues sont chaudes et désertes, un village sans 'importance. Jamais personne dans les rues, le désert le plus complet: décor facile pour un crime, les habitants d'Echouboulains ont des passions anxieuses, des jardins moroses les uns après les autres, des maisons moroses, des murs tristes appareillés de pierres et de briques dont la base est fleurie d'oeillets... Becky Turner est si absorbée dans son occupation qu'elle ne peut se rendre compte de la présence de qui que ce soi...


   De l'amour  0 commentaire
[14/05/2008 7:50]

Pendant toute la nuit, pendant toute la journée du lendemain, pendant toute la nuit et toute la journée du surlendemain, Hoffmann ne vit qu'une chose ou plutôt que deux choses: c'était, d'un côté, la fantastique danseuse, et, de l'autre côté, le non moins fantastique docteur.

Alexandre Dumas, La femme au collier de velours

Je ne connais pas d'autre méthode que la dérision pour parler des grands problèmes; la sagesse n'est importante que pour surmonter la mort mais elle ne remplace pas le réel! Car que faire ici sinon rêver ?... Il y a en effet dans l'idée de liberté une passion qui emporte l'homme! Car la nature nous a fait tous  égaux: moi le divin marquis... Tous les hommes ont un droit de jouissance égal sur toutes les femmes. Ce n'est pas le mal qui est dangereux... Nous ne pouvons pas commencer à changer la structure des choses! Lois du corps (boire ses liqueurs), l'homme est naturellement haïssable: déjà vingt ans de prison... Partout résonne la voix de ceux qui prêchent la mort... Casanova, quel bonheur d'avoir choisi la vie de Bohême!... L'esprit est faux; parce que la jouissance et la crainte sont les seuls territoires où l'homme retrouve sa nature! Pourquoi faut-il que je sois autre ? Il est indifférent de jouir d'une fille ou d'un garçon; la priorité du fort sur le faible est dans les lois de la nature... Le ciel est la chose du monde la plus mobile... Au sein du désarroi le plus monumental tout ce que les hommes appellent le bonheur ne peut que dorer le fil de la réalité. La section des piques... Je me moque de tout ce qu'on peut dire de moi: car la nature est bien plutôt servie qu'outragée par le meurtre...


   Des paroles et de leurs vérités  0 commentaire
[22/04/2008 17:04]

Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise pensée. C'est d'avoir une pensée toute faite.

Charles Péguy, Note conjointe

Un homme qui ne parle pas tout haut, parle quand même, bien sûr!... Ce sont des choses qui ne s'oublient pas... Ça n'a pas d'importance; c'est pas si vrai que ça tout de même; ce sont des choses qui ne s'oublient pas, il en a toujours été ainsi - tout peut arriver, tout ça est bien juste... Pourtant!... Etant donné tout cela après tout... Sans doute. Tout mot fait mal: il ne faut pas penser; en effet... Si on veut... Tout est à recommencer - qu'attendez-vous de moi? Ça sert à rien d'y penser: autre chose encore - personne ne peut réellement penser quelque chose, nous savons il en a toujours été ainsi! Tout cela n'est que conjectures: nous ne disons ni ce qu'il faut ni comme il le faut; il n'y a que la pratique! Bien!... Tout cela n'a d’ailleurs pas une grande importance. Pourquoi est-ce ainsi... D'une certaine façon - ne pas savoir qu'en penser. Qu'est-ce que ça fait? Rien d'autre... N'est-ce pas vrai? C'est comme ça, tout cela n'a d’ailleurs pas une grande importance. C'est véritable; la raison chavire dans la cohue; tout mot fait mal... C'est étrange! Il n'existe pas de vérité pure, ce qui est est, si on veut, rien d'autre - bien!...


   Masturbations  0 commentaire
[11/04/2008 13:51]

Vous m'entendez? Je ne suis pas fou. Les faits divers! Le plongeon dans la fosse commune! Rien d'autre ne vous décrassera…

Roger Martin du Gard, La Sorellina

Parce que la folie est de devenir à soi-même son propre bourreau, l'imagination est le seul recours... Les passions ont un degré dans l'homme où nulle voix ne peut les attacher; les triomphes du vice défont les âmes... Il n'existe aucune méthode pour se préparer à l'horreur (or déjà vingt ans de prison...) Laissez les hommes se chercher eux-même ce qui leur convient. Nous avons besoin de ténèbres. Or le bonheur de l'homme est dans l'imagination, il y a des victimes qui sont des bourreaux, l'érection de l'échafaud plus tendre que celle du pénis... Celui qui s'écarte a tort, je ne crois qu'aux sens, en prison j'invente mes libertés: l'attente de la chair — je le dénude, l'encule... — Que suis-je ici sinon un enfant? Vous qui vous mêlez de gouverner les hommes, gardez-vous de lier aucune créature! Et je me moque de tout ce qu'on peut dire de moi: la sagesse n'est essentielle que pour surmonter la mort mais elle ne remplace pas la réalité...


   Du patriotisme  0 commentaire
[10/04/2008 18:10]

il ne connaissait pas l'interdit des bijoux…

Jean-Jacques Viton, Je voulais m'en aller mais je n'ai pas bougé

La nature nous a fait tous  égaux… Le rigorisme a un bandeau que la stupidité place; il ne m'est jamais arrivé rien que de très ordinaire... Il est bien plus utile de savoir souffrir soi-même avec courage que de s'habituer à pleurer sur les autres. Il n'y a pas d'échappatoire à la brutalité du monde, au sein de la confusion la plus gigantesque tout ce que les hommes appellent le bonheur ne peut que dorer le fil du réel. Maintenant je sais ma solitude. On guillotine ici tous ceux qui vont trop vite, car que faire ici sinon des calculs et des chimères?... Il est fort peu d'actions criminelles dans une société dont la liberté et l'égalité font les bases. Ce qui compte c'est la fonction à laquelle l'individu est adapté — tu cesses d'être quelque chose que tu aurais mieux fait de ne jamais être. L'imagination de la chair (je la trousse d'une main jusqu’au nombril...) J'étais patriote avant la révolution: je ne sais pourquoi j'existe et je respire encore. Les passions ont un degré dans l'homme où nulle voix ne peut les attacher, ma vie est marquée par des sacrifices répétés, la soif de liberté pousse souvent au crime les âmes les plus imperturbables... Combien de temps encore peut durer ce supplice?... C'est face à la menace qu'on est le plus seul, le plus coupé de la terreur des autres; il n'y a aucun danger à ne faire point le bien. Je demande grâce. Je ne peux me défaire de l'idée que j'étais mort avant de naître. Tout ce qui vient du coeur est insipide...

C'est une injustice effrayante que d'exiger que des hommes de caractères inégaux se plient à des lois égales, l'innocent devient toujours la proie du coupable: l'imagination ne peut s'épanouir que dans des excès; c'est face à la menace qu'on est le plus seul car que faire ici sinon des calculs?...


   Testament philosophique  0 commentaire
[30/03/2008 8:29]

La partie de poker est terminée.

Calamity Jane, Lettres à dsa fille

Je refuse enfin d'accepter l'acceptable !... Ce qui compte c'est la fonction à laquelle l'individu est adapté: le meurtre est-il un crime aux yeux de la nature? Il n'existe aucune méthode pour se préparer à l'horreur, je suis en droit de réclamer cette liberté qu'une simple mesure de liberté m'a ravie.
l'anxiété n'arrive que là où on voit un autre que soi. Rien de tel que concevoir un crime pour faire arriver le bonheur! Pas d'écriture sans sexe; la pensée de la chair - je la trousse d'une main jusqu’au nombril... Je paie à l'angoisse le tribut que tous les hommes lui doivent. La sensibilité est le foyer de tous les vices. Je ne peux me défaire de l'idée que j'étais mort avant de naître; les grilles se sont refermées sur moi et n'ouvriront que pour mon exécution; en prison j'invente mes libertés, le gouvernement s'embarrasse fort peu des individus - comment ne pas comprendre les critiques de  mon ami Casanova sur la Terreur... La mécanique des corps et celle des passions pour affecter celle du pouvoir... Ce n'est donc pas le mal qui est dangereux, tous les hommes ont un droit de jouissance égal sur toutes les femmes - il ne m'est jamais pourtant arrivé rien que de très ordinaire; la liberté se trouve dans le faire non dans l'être... Car dans un siècle totalement corrompu le plus sûr est de faire comme les autres; car la souffrance est la seule forme vraie d'égalité : c'est la plus grande de toutes les extravagances que de résister aux intentions de la nature sur nous...


   Toute pensée est difficile  0 commentaire
[20/03/2008 10:56]

Tu as le mot sur le bout de la langue

tu as une boule au fond de la gorge

Lukman Derki, Le père prodigue

Tous les actes doivent avoir une signification aussi folle soit-elle; d’ailleurs comme tout est difficile - peut-être que tout cela n'a d’ailleurs pas une grande importance; pourtant cet épisode n'a peut-être pas sa place ici. L'ordre, la synthèse créatrice finissent par venir! Cependant toute vie est faite d'instants divers, d'espoirs contradictoires, n'est-ce pas, les  dessous de cette histoire seront révélés plus tard; quelquefois peut-être que la vérité est différente: il faut parfois essayer de reconstituer des fragments du passé, donc tout est si trouble dans les affaires humaines - parce que la vie des individus est souvent plus complexe que ce qu'ils en montrent - il est inaccoutumé que chacun se souvienne ainsi des moindres détails: quoique c'est ainsi que commencent la plupart des romans, car le monde change selon nos convictions. Ainsi il est difficile de reconstituer les faits en dépit de leur éparpillement. Mais l'écriture de la réalité ne se construit que de fragments - puisque le besoin humain de raconter des histoires est surprenant - en effet la vie est redoutable.  c'est pas certain de pouvoir continuer; puisque les choses ne sont pas ce qu'elles ont l'air d'être; outre que c'est peut-être une erreur... Enfin le souvenir ne sera jamais une réponse! Certes je sais de quoi je parle; puisque ça c'est peut-être produit une autre fois, un autre moment...


   Réflexions sur la vie humaine  0 commentaire
[19/03/2008 15:45]

Pourrais-je encore mentir puisque je savais que chacun de mes actes démentiraient mes serments ?

Simone de Beauvoir, Le sang des autre

Quelques invraisemblances apparaissent ici: les hommes paient pour ce qu'ils font et encore plus pour ce qu'ils ont accepté de devenir... Enfin tout dans ce monde est plus particulier que l'habitude nous le fait croire: d’ailleurs le monde change selon nos convictions, puisque je sais de quoi je parle -  rien n'est encore bien clair.  le récit défile de façon mécanique, la machine est bien huilée… pourtant comment rafistoler par des mots le mouvement du monde, en effet ça c'est peut-être produit une autre fois, un autre moment, un autre jour - où se trouve la vérité - car tout ceci n'est pas très raisonnable. Mais les mots trahissent - certes il n'est pas possible que tout soit gratuit. N'est-ce pas, il est difficile de reconstituer les faits en dépit de leur éparpillement - quelquefois c'est toujours la même histoire, il est difficile de façonner la vie; peut-être que qu'est-ce qui pousse les gens à agir ainsi...  se souvenir est si difficile; parce que cela a peut-être été rapporté déjà, donc la vie vient comme elle peut, outre que chacun joue chaque rôle à son tour! Ainsi en parler ne change pas la réalité - cependant c'est difficile la mémoire; puisque il n'y a pas d'unité dans une vie humaine.


   Position pessimiste  0 commentaire
[14/03/2008 9:13]

Il est temps! A la tâche qui m'est départie l'éternité seule peut suffire.

Paul Claudel, Cinq grandes Odes

Les choses n'ont pas beaucoup changé depuis la création du monde - le temps n'est pas plus donné aux empires qu'aux hommes: tout a ses limites - comment penser la perte du temps? Les vies n'ont pas de sens: la mort est la grande leçon - comme Janus le temps est  un dieu à plusieurs visages,  chaque minute essaie un nouveau suicide: pourquoi des civilisations survivent-elles quand elles pourraient mourir ou bien meurent quand elles pourraient être sauvées? La question de l'origine... Quelqu'un quitte la vie, quelqu'un d'autre y fait son entrée - la mort change tout: le monde est une course d'obstacles... Ce qui se produit aujourd'hui quelque part pourra demain, ailleurs, décider d'un destin... Car l'individu n'agit qu'en fonction d'une durée bornée: que dire d'autre? Aucune pensée ne trouve la raison de ce qui est. Mais comment ne pas voir que le réel n'a aucun intérêt si il n'est pas mesuré à cela; l'homme n'a pas la certitude de vivre. Sans la manifestation originelle du néant, il n'y aurait en effet ni être personnel ni liberté. Tous les jours rencontrent leur fin. La pensée du suicide est une résistante consolation; comment croire une chose inconcevable? La réalité est incompréhensible...


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[01/02/2008 9:35]

Nous nous mouvons parmi les généralités et les symboles, comme en un champ clos où notre force se mesure utilement avec d'autres forces.

Henri Bergson, Le rire

La mort est une chose sérieuse... Toute réalité n'est rien de plus qu'une somme d'histoires aléatoires: malgré tout l'homme n'a pas la certitude de vivre: pourtant la vie est une constante source de torture, pourtant l'homme doit accepter de vivre ce qui lui est imparti, il faut savoir prendre le temps; les révolutions naissent et meurent : à quoi bon protéger ses jours de la mort; comment croire une chose inconcevable? Les affreux, les infirmes et les dieux continuent à chasser sur la terre! Qui fixe un terme à l'étrangeté du hasard? Car il y a la mort et au-delà de la mort? Et ce qui est ainsi pourrait être autrement? La vie humaine est bien souvent déterminée par le jeu des circonstances! Parce que celui qui croit avoir tout compris assassine l'âme, les hommes ne peuvent jamais imaginer les choses qui vont se produire, que dire d'autre - le ventre maternel et la tombe... La cérémonie du baptême devient celle de l'enterrement; la vie est la seule question qui se pose, comme Dieu pourrait nous appeler à l'instant même : d’où vient la sensation tenace d'être la victime et le bourreau? Et la mort, la vie de l'individu n'ont aucune importance - car l'homme a une raison qui se laisse souvent abuser! Ainsi le temps s'écoule sans espérance...


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[04/01/2008 19:23]
Et la résurrection passe dans la sono.
 
Huguette Champroux, Off
 
Car l'homme connaît mille regrets avant d'accepter un seul possible: toutes vies sont des flèches sur leurs trajectoires, quelqu'un vit puis meurt ce qui se passe entre les deux n'a pas de sens, les vies se croisent et s'ignorent. Tout a ses limites et des nations disparaissent en quelques siècles; le temps est bien  le seul responsable, comment penser la perte du temps, l'ordre du temps et des choses...
 
Tout change: le monde s'habitue à l'absence de l'homme, la réalité emporte l'être humain selon des modes qu'il ne peut maîtriser, et presque rien ne lui reste. Ce presque rien meurt avec lui. Quelqu'un se dirige dans un sens, repar: car la chaîne des événements se propose dans un désordre terrifiant. Tout homme craint d'être entièrement mortel, sans résurrection: comme Janus le temps est  un dieu à plusieurs visages...  peut-être que la vérité est différente. Qu'un jeune homme regarde avec insistance une jeune fille et quelques siècles plus tard un bourreau coupe une tête!
 
L'homme meurt. Tuer le temps! Qu'est-ce qui fait que l'arrêt de mort est exécuté? Tant que nous sommes, la mort est présente...  toute création humaine doit s'adapter au rythme variable des grands objets naturels: car nous savons que seul est inconstant ce qui est agrippé dans l'enchaînement des causes.

   Réflexions d'un prisonnier  0 commentaire
[28/12/2007 10:32]
Je veux, je veux que ton corps soit amer,
Que ton corps se laisse aller
Et là-bas, comme au travers d'une gorge;
Je veux demeurer planté là dans ta gorge… 
 
Henri Deluy, Je ne suis pas un autre 
 
 
Le plus fort trouve toujours très juste ce que le plus faible regarde comme injuste: toute loi qu'il faut interpréter devient aussi dangereuse que l'anarchie - il n'existe aucune méthode pour se préparer à l'horreur - je vois partout des signes de mort imminente - le rigorisme a un bandeau que la stupidité place, détruisons tous les préjugés!
 
J'ai appris à souffrir, vous bandez en prononçant un arrêt de mort: qu'on me prouve qu'il y a quelque chose qui interdise au plaisir de la chair de coopérer au bonheur de la nation, la jouissance… je dresse mon sexe vers sa bouche... Je demande grâce. Comment ne pas comprendre les critiques sur la Terreur... On guillotine tous ceux qui vont trop vite: il est temps que le mensonge disparaisse, ceux-là ou d'autres... J'étais patriote avant la révolution. La bonté n'est jamais qu'une divagation; il y a des victimes qui sont des bourreaux, la prospérité s'accompagne de l'atrocité... Car c'est face à la menace qu'on est le plus seul, l'individu compte à peine...
 
Vous qui vous mêlez de gouverner les hommes, gardez-vous de lier aucune créature! Le gouvernement s'embarrasse fort peu des individus. Je ne le cache point, c'est avec peine que je vois la lenteur avec laquelle nous essayons d'arriver au but...

   Réflexions sur l'horreur  0 commentaire
[24/12/2007 14:56]
Nous avons une intuition des faits qui peuvent paraître comme intéressants et nous attendons des narrations qu'elles comportent de tels faits.
Jean-Louis Dessalles, aux origines du langage. 
 
On peut trouver une justification à tout, comme aussi bien aucune. Quel homme est assez fort pour refuser la possibilité d'espérer mieux: l'horreur ne donne aucune leçon. Il ne faut jamais rien prendre pour acquis... Ce qui ne devrait pas arriver arrive; les arguments philosophiques fondent la raison! Absolument... Ce n'est que ça: l'horreur est plus paresseux que la solitude, imaginer vaut mieux que se rappeler... Le bien comme le mal, est affaire de routine, l'homme est mortel par nature; l'horreur pousse l'homme à cacher une part de la vérité, tout ce qui est magnifique vient de l'horreur (il est impossible d'échapper à demain…) l'homme peut vivre d'horreurs... L'homme n'obtient ce qu'il désire qu'en ne le désirant pas; séparer les causes des conclusions, pourquoi donc? Le passé est toujours beau, l'horreur n'a que le goût du regret, c'est ainsi que ça se passe, c'est tout - sans flottement l'horreur est médiocre. Quelle importance quand rien n'a d'importance. Nous ne sommes rien; ce que nous cherchons est tout. La grossièreté est la norme pour tant de gens. Les passions authentiques sont celles qu'on se trouve.

   Vacances  0 commentaire
[03/12/2007 16:27]
Ainsi s’interroge le livre, témoin d’un âge obscur et révélé par chaque étincelle du temps qu’il détruit.

Edmond Jabès. Le livre des ressemblances.


Chaque année, Jacques Bloom prend ses vacances aux alentours du 15 août. D’habitude, il part avec sa tente individuelle, choisit une ville moyenne quelconque — Belfort, Charleroi, Châteauroux, Mende, Montbéliard, Vesoul, Vierzon … — où il s’installe quinze jours pour faire des photos. Son plaisir, en dehors de tout circuit touristique répertorié, et dans le désert touristique le plus absolu, est de trouver dans ces destinations plutôt déshéritées quelque chose ou quelque lieu qui nourrisse sa présence: un café particulièrement minable à l’atmosphère délirante, un marché populaire où se négocient des tee-shirts ahurissants, un cabaret sans intérêt, une épicerie fantaisiste, un hôtel de passe assez glauque, un lieu de rancart pour mecs improbable — pissotière, jardin abandonné, bordure de forêt, piscine… —, un groupe de gens déjantés faisant des choses impensables… Il a alors l’impression non seulement de participer à une aventure mais de réinventer la notion même d’aventure : inutile d’aller au bout du monde alors que l’insolite est au coin de la rue. Jacques Bloom aime bien les atmosphères un peu sordides ou singulières dans lesquelles, tout en se fondant avec facilité, il lui semble vivre aux limites du danger et de l’absurde. Et si, parfois, il passe une nuit dans un hôtel, c’est parce que celui-ci est particulièrement misérable et, par là même, unique. Il lui est ainsi parfois venu à l’esprit de créer un site de ces lieux improbables et, s’il ne l’a pas fait, c’est qu’au fond des choses, il ne voit pas pourquoi il ferait participer la communauté à ses plaisirs les plus secrets.

Son problème est qu’il ne retrouve pas sa tente. Il était pourtant persuadé de l’avoir mise dans le garage de sa sœur Johanna, mais elle ne prétend ne pas la retrouver or Jacques n’a pas les moyens de s’en offrir une autre. Pour l’année 2009, il a donc décidé d’aller encore plus loin dans l’hétérodoxie: il se propose de ne passer ses vacances que dans le Gâtinais en utilisant son vélo. Il consacrera ainsi un jour entier à chacune des villes ou villages qu’il visitera. Ce défi le séduit: découvrir dans la région où il vit les lieux les plus obscurs et les plus inattendus. De toutes façons, ayant échoué dans sa traque du corbeau, il n’a rien de mieux à faire…

   Des réseaux  0 commentaire
[09/11/2007 15:54]
Nous appelons réalité ce que nous rencontrons dans la pratique, ce qui nous résiste ou nous sert de matière dans nos rapports avec les choses.

Karl Jaspers, Introduction à la philosophie.

Toutes les tentatives de Jacques Bloom et de ses amis ont échoué à pister la trace du corbeau. Celui-ci fait en effet preuve d’une très grande habileté et Jacques a maintenant la preuve, parce qu’il en a trouvé des empreintes, que les documents et les logiciels qui les gèrent sont fragmentés et éparpillés sur un grand nombre — peut-être même sur toutes — les machines connectées au réseau: impossible dans ce cas de savoir, y compris pour celui qui en est à l’origine, de quel ordinateur provient le message et sur quel il est stocké car chaque ordinateur du réseau devient un relais opaque. Rien ne laisse de trace ou, plus exactement, toutes les traces laissées sont si fragmentaires et explosées qu’elles pourraient provenir de partout, donc de nulle part… Seule la totalité rassemblée du message pourrait permettre d’avoir une source mais, par définition, cette totalité ne peut être retrouvée sans savoir de quoi elle est faite. Le corbeau a ainsi réactivé une technique apparue il y a une dizaine d’années et qui avait été interdite par les états réunis dans un G8 spécial parce que, justement, elle ne permettait ni “traçabilité” ni destruction de document: l’anarchie la plus complète…

Johanna ne veut pas croire qu’il en soit ainsi, elle reste persuadée que de bons informaticiens doivent parvenir à trouver la solution à n’importe quel problème informatique: ce que quelqu’un a fait, quelqu’un d’autre peut le défaire. Sur ce point ils ne seront jamais d’accord… Jacques est convaincu qu’il y a des points de non-retour dans la construction des objets: une telle conception du réseau échappe à son créateur même et rien ne prouve qu’il ne vive pas une vie autonome, quelque chose comme une intelligence cybernétique qui se développerait indépendamment du projet qui lui a donné le jour et poursuivrait seule son fonctionnement à des fins qui lui seraient devenues propres. Au fond des choses, ce corbeau n’est peut-être qu’un corbeau numérique fait d’un programme autonome conçu pour être un corbeau et ayant fini par échapper à son concepteur.

   Chez Rachid Sanchez  0 commentaire
[08/11/2007 11:33]
On peut avoir dé