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Il me semble que désormais il y a des choses auxquelles je dois réfléchir profondément…
Kenzaburô Öé, Lettres aux années de nostalgie
Ecrire un roman n'est qu'un jeu… Il n'y a pas de bonnes réponses. A quoi sert l'écrivain, si ce n'est à tenir des comptes? Dans le roman l'imaginaire occupe sa place: le roman doit faire tenir ensembles des faits contradictoires.
Ce roman aurait pu commencer ainsi: Monsieur Tristan Hanneton proposerait une citation: "Je n'aime pas la littérature homogène. Plus les blocs sont dissonants, mieux ça vaut." Ce personnage sent que cette citation est capitale; or ce personnage est un personnage de roman; il est peut-être aussi un personnage réel… Mais tout cela est bien mouvant. Aucune rationalité ne peut expliquer cette situation incontrôlable… D'un certain point de vue.
Et si l'auteur - Jean-Pierre BALPE - était lui-même un personnage de ce roman,
Chercher à comprendre est déjà comprendre qu'il n'y a rien à chercher.
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Le reste du monde ne semble pas être de la même humeur, vas-tu me dire…
Jules Romain, Les hommes de bonne volonté
Ce roman pourrait donc commencer ainsi: un des personnages de l'oeuvre - disons Wilbourne - lit une citation qu'il a écrite sur un morceau de papier quelconque: "Les choses changent tellement ici. Chaque fois que je regarde de nouveau, il y a quelque chose de différent." il doit admettre cette situation: il est un personnage de roman et prétend pourtant à la réalité. Or ce personnage comprend qu'il n'est qu'une pièce d'un puzzle et qu'il doit accepter cette situation: il va falloir essayer de comprendre pour avancer. Il est important de connaître ses limites.
et s'il n'y avait pas d'auteur ou plutôt tellement d'auteurs que ce serait comme s'il ne y en avait pas?
quelle que soit la manière dont les faits sont présentés, quel que soit le nombre de détails, l'essentiel échappe à la narration… Le récit d'une vie humaine peut être aussi long ou aussi bref que le veut son auteur, le roman apporte au réel la mesure de l'irréalité: écrire un roman n'est qu'un jeu : tout mot fait mal,
chercher à comprendre est déjà comprendre qu'il n'y a rien à chercher…
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Qui me parle, à ma place même?
Paul Valéry, La Pythie
Des mots, des mots, des mots, je ne saurais rien me rappeler de précis : le jour est transparent... Avance en levant des yeux préoccupés, l'homme est debout, c'est un jeu de mots… ça parle, ça parle; été : est le seul qui a suivi la conversation depuis le début... Alors quand ? - je n'ai jamais dit ça ! Enzensberger referme la bouche - en voilà une sacrée histoire, dit Edward ! Peut-être que l'homme a besoin de diversions et qu'il ne faut pas les lui refuser; seriez-vous capable d’en faire autant ? Sa femme y mettra bon ordre, a raison après tout... Tranquille - après tout il y a beaucoup de vrai dans tout cela; il fait bon; l'arme ?... Au fond ce n'est pas une surprise. L'atmosphère est pesante... Reste immobile. Etesvoussûrdeça... Regarde les oiseaux à la recherche de vers de terre sur le bord de la rivièr...
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Seigneur qui ci estes venu,
petit et grant, jone et chenu,
il vous est trop bien avenu!
Rutebeuf, Le dit de l'herberie
Les sous-bois sont gorgés de seigneurs orageux - on lui brise bras et jambes on lui fracasse le dos - le visage de Thomas éclaire le paysage; les émotivités sont colossaales, il accepte la morsure des bourgeois; c'est l'ennemi des fantômes qui défilent à pas de prisonnière vers une désespérance bleutée… Irène danse tout autour de la chambre, vêtue d'un slip de soie, et un homme est assis, nu… Discerne dans le lointain une voix crier le nom "Nonville"; les vociférations se transforment en quelque chose de plus égaré et terrifié, pendant ce temps quelqu'un, Thomas ou Garp, brave une bande de cultivateurs… Voit Thomas qui ouvre la porte d'une église… L'univers se construit contre la nonchalance, le mot "seigneur" reste suspendu dans l'air - des Harpies fondent sur lui et dans le noir sous leurs ailes il ne voit rien d'autre que leurs yeux, petits et remplis de haine, quelqu'un d'autre approche et bouscule Thomas… Voit surgir un juif nommé il portant un bébé endormi. Thomas lui sourit; refuse inutilement l'image d'une poupée sanglante qui lui ressemble - son ressentiment se froisse devant les mâchoires des femmes - une fillette toise sa mère tout en buvant un verre d'eau, voit Hanneton et Thomas… Des filles le frôlent de leurs vulves gonflées. Car il est inutile d'enfermer le charivari des rêveries, dans son rêve tout ça est naturel…
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Le ciel était d'un bleu profond sans tâche ni flétrissure, pourtant Bréauté savait d'une certitude absolu, que cette situation ne pourrait durer.
Oriane Proust, Jours tranquilles en Asie
Tridi 23 Thermidor an I
adresse aux membres du Tribunal Révolutionnaire
mille et mille grâces vous soient rendues. Nous finissons par admirer cette énergie, ce courage qui vous caractérisent au milieu des dangers. Sa logique était toujours assez pure mais en général sa tête était stérile et sa sphère de pensée étroite. Monstre vomi par le méfait Merda désirait le pouvoir pour dominer la République. Pères de la Nation, restez à votre poste jusqu'à ce que tous les scélérats, tous les tyrans. La surveillance active pénètre les projets: encore une fois votre énergie et votre fermeté ont sauvé la patrie. Vive la République. Vive la République, au diable les émigrés, les ennemis du peuple
société des défenseurs de la commune de Rémauville.
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J'ai passé à travers les peuples et ils m'ont regardé, et je les ai regardés, et nous ne nous sommes point reconnus.
Lammenais, Paroles d'un croyant
Renan Ratermanis regarde avec beaucoup de perplexité le texte qui défile perpétuellement sur son écran, Ratermanis a l'impression que le texte n'est pas sans rapports avec les menaces dont il est la cible. Renan est surpris:
"Bressac Echou huileux au commencement variations vingt-quatre c'est autre chose duels abominations son remords on ne fait pas les révolutions à moitié Révolution n'est-ce pas le plaisir Roubaud racontars tant bien que mal: Jean Antoine Nonville soixante quinze vaut mieux se dire octidi 18 Thermidor un bon citoyen cela malveillant O Liberté, que de crimes commis en ton nom Merda anarchie marcheuse ça progresse installer ça Vasistas à Samson Antoine Eckhart courroux son détresses Puche confusion batailles luttes putain vingt-quatre sextidi 6 Fructidor malversations ça avance ça arrive son Marie Gouge changements fatras désarroi pâle c'est sûr incohérence sons c'est autre chose son incertitudes Simon…"
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Hitchcock lui même le disait, que pour être sûr que le spectateur ait bien compris il faut lui répéter trois fois l'information…
Tanguy Viel, Top ten
On jase sur la femme d'un officier apparenté à Édith Néel mais rien de précis. Ostapenko aurait dit à Benato que Carlos Castaneda d'Ormesson lui aurait présenté une preuve de la culpabilité de Jean Clément, le chien de la voisine d'Alberto Savinio de Rémauville aurait sauté par la fenêtre d'un troisième étage; plusieurs châteaux et musées de la région auraient été cambiolés… Depuis longtemps des personnes dignes de foi affirmeraient que Emmanuel Jünger fait des affaires louches avec Clairwill - mais personne ne sait plus qui a dit quoi mais chacun est certain de ce qu'il avance. Steering s'occuperait un peu trop de Sanchez, personne ne peut imaginer le nombre de présages qui voient le jour dans le Gâtinais; la gendarmerie annoncerait bientôt avoir résolu l'ancien assassinat d'un jeune chasseur dans les forêts d'Echouboulains; la sidaïque de Recloses aurait mis au monde un enfant sain, un étranger aurait visité Trémainville: diverses personnes seraient sur le point de quitter le Gâtinais. La gendarmerie serait sur le point d'arrêter Alexandra Jardin. On verrait beaucoup Blanche dans la région ces temps–ci. La cohabitation de ceux qui sont dans le secret avec ceux qui ne le sont pas - ou font semblant de l'être ou de ne pas l'être - crée des tensions - toutes sortes de rumeurs courent en tous sens dans le Gâtinais - les bosquets autour de Jarville seraient gorgés de détraqués,, de voyeurs, de désaxés de toutes sortes… L'arrivée d'un nouveau chirurgien pendant trois jours défraie aussi la conversation; une employée du fisc aurait abattu ses deux cousins parce qu'ils faisaient du bruit. Il y aurait quelque chose de détraqué dans les villages de la région; on aurait vu Marguerite Audoux traverser Trémainville sur une Honda avec un fusil; quelqu'un aurait acheté la maison de Elizabeth Taylor - la route de Rémauville devrait être fermée pendant plusieurs jours.
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Souvent les gens nous demandent d'où vient ce que nous écrivons ? Nous ne savons pas d'où vient le texte. Nous ne savons que le comment. Pour le reste, nous partons des mots.
Jean-Pierre Balpe, L'auteur
Il y a de multiples solutions à tout roman, surtout lorsqu'ils sont virtuels, une solution possible est qu'il soit un roman de romans et que les personnages ne parlent que d'autres romans encore. Les personnages citent: "La littérature, ça compense." ce personnage hésite, il ne se souvient pas d’où lui vient cette citation et cela au fond lui importe peu; et ce personnage hésite, il ne se souvient pas d’où lui vient cette citation et cela au fond lui importe peu, jouer ou ne pas jouer; lire ou ne pas lire… Qu'est ce que cela veut dire ?
Et s'il n'y avait pas d'auteur ou plutôt tellement d'auteurs que ce serait comme s'il ne y en avait pas?
le roman a quelque chose à voir avec la culture générale de ses lecteurs. Écrire un roman n'est qu'un jeu sans importance… Il est ainsi possible pour un récit de continuer à s'écrire sans auteur. Tout lieu décrit est frappé d'irréalité, c'est peut-être une erreur.
chercher à comprendre est déjà comprendre qu'il n'y a rien à chercher ni… à comprendre.
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Finis les conteurs et les histoires toujours les mêmes: il nous faut de la fiction atmosphérique et indécidable.
Philippe Vasset, Oraux de septembre
Ce même roman pourrait commencer tout à fait autrement, par une citation, par exemple, lue par un personnage quelconque: "Les chef-d'œuvres sont ce qu'ils sont." ce personnage se demande ce qu'il fait là et pourquoi cette citation plutôt qu'une autre; il se demande alors aussi de quel auteur elle peut bien être; et ce personnage sent que cette citation est très capitale mais ne sait plus très bien pourquoi, il va falloir essayer de comprendre : rien à dire;
et s'il n'y avait pas d'auteur ou plutôt tellement d'auteurs que ce serait comme s'il ne y en avait pas?
écrire un roman n'est qu'un jeu, le réel pénètre en l'homme par ses yeux; ce sont les gens dans les livres qui devraient imaginer nos histoires - c'est alors que les mots viennent à manquer. Il en a toujours été ainsi.
si les mots proviennent du monde, les mots peuvent aussi créer des mondes…
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Nous avons avancé que le concept d'œuvre littéraire est par essence contesté…
Richard Shusterman, L'objet critique littéraire
Bumstead et Enzensberger furent parmi ses amants. Le corps de l'homme a quelque chose de très fort qui l'appelle - a eu trois enfants de trois hommes différents. Ne s'est jamais tout à fait souciée de savoir qui étaient les pères de ses enfants. Samia a eu une vie amoureuse très excitée; sa vie libre la fait mettre à l'écart de la bonne société de Sorgues… Il n'y a pas pour elle d'amour sans rencontre physique, chaque fois qu'elle s'abandonne à un homme, c'est toujours avec la même force; n'aime pas s'éveiller hors des bras d'un homme… Mlle Clairwill ne comprend pas qu'une femme puisse détester un homme: chaque nouvelle rencontre est pour elle un nouveau début à son réel… Quand Mademoiselle Clairwill a envie d'un homme, elle est prête à faire n'importe quoi pour le posséder: sa vie amoureuse est à la fois consciente et sensuelle… A aimé un grand nombre de fois… Clairwill a toujours fait preuve d'une grande rigueur morale parce qu'elle respecte complètement les autres, sent s'approcher le moment où son existence perdra toute signification, où il lui faudra se forcer à renoncer à la chaleur de l'amour. La passion est le centre de sa réalité: a besoin de se sentir fondre entre les bras d'un homme… Samia Clairwill estime que l'amour conjugal est un poisson trop plein d'arêtes: même à soixante-quatre ans ne se préoccupe toujours que de ses passions, Clairwill vit sa vie à Sorgues - est toute chant et richesse: sait avec anxiété qu'elle reste encore inexplorée. Sa vie a été des plus enflammé…
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L'obscurité complète finissait pourtant par venir…
Marcel Proust, La fugitive
Et aujourd'hui nos informations; restez avec nous, radio Gâtine vous remercie des informations que vous lui communiquez, radio Gâtine vous remercie des informations que vous lui communiquez! Mademoiselle Dedalus nous déclare: "Paulina se laisse tomber dans son fauteuil". Mademoiselle Ostapenko se plaint de recevoir toutes les heures des messages anonymes; Omar déclare: "je ne sais pas d’où ça vient mais depuis quelques jours rien ne se passe normalement"! Winston dit que des enfants ont jeté des pierres contre ses volets: "si je les attrape, il faudra que leurs parents paient"; Samuel Ivar a interrogé Wilbourne: "je ne sais pas… Je me demande… C'est quand même inaccoutumé tout ça… Y a des trucs pas nets… Faut faire quelque chose…enfin je crois". Madame Samia Clairwill, maire d'Isles-sur-Lunain, a déclaré à notre reporter : "ça ne peut plus durer et je viens d'écrire au Ministre de l'Intérieur pour qu'il prenne toutes les mesures nécessaires"… A Rémauville, Rosa nous apprend qu'il y a, Olivier Zilbertin: "avec le gouvernement actuel, c'est pas étonnant… Rien qu'une bande d'incapables…"… Ivan s'ennuie en pensant au travail qui l'attend: Mademoiselle Thérèse signale avoir été éveillée par l'explosion de pétards placés dans sa boîte-aux lettres! Mme Clairwill a été cambriolée cette nuit. Les habitants sont désemparés. La police appelle à la vigilance… Ostapenko a l'impression que, depuis quelques jours, des inconnus suivent chacun de ses pas: l'inquiétude perturbe toute la région! La mobilisation est générale; la radio Gâtine, la radio qui est faite par vous et pour vous: radio Gâtine, votre radio.
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On me passa la corde au cou. Je commençai à réciter une prière à voix basse…
Pouchkine, La fille du capitaine
Chers auditeurs, le jour a été dur! Et maintenant les informations par notre reporter Jean-Paul Amette: voici nos informations de la journée - radio Gâtine vous remercie des informations que vous lui communiquez! Tous ces événements sont assez sombres pour que nous jugions utile d'en parler: les habitants de Thiersanville ont été éveillés, vers deux heures du matin, par des bruits de voix et des cris! Eugénie dit que des enfants ont jeté des pierres contre ses volets: "si je les attrape, il faudra que leurs parents paient" - Thérèse nous déclare: "Jacques Dupont lit un article consacré à la terreur". La peur perturbe toute la région: il reconnaît publiquement avoir une lointaine parenté avec il: Anne Labadie a encore eu un accident de voiture - Madame Samia Clairwill se plaint de recevoir toutes les heures des courriers anonymes, en dernière minute, nous apprenons que Hanneton est au beau milieu de la pièce, le regard fixe. Eugénie s'est blessée en forêt… Les autorités suivent attentivement la situation, Ahmed a découvert dans sa boîte aux lettres une petite guillotine. A Rémauville, Ted Sanchez nous apprend qu'il y a du retard dans la distribution du courrier - - qu'est-ce qui pousse les gens à agir ainsi: Crevel: "avec le gouvernement actuel, c'est pas étonnant… Rien qu'une bande d'incapables…" La mobilisation est générale! Madame veuve Rosa Sinouls se plaint d'être victime de calomnies… Radio Gâtine, votre radio. Radio Gâtine, la radio à votre service…
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Voilà ce qu'il y a dans mon carnet. Je suis parvenu à bien dormir.
Ôoka Shôhei, Chant pour le repos des âmes
Se raconte sans arrêt des histoires rocambolesques. La plupart du temps elle s'occupe d'affaires conjugales… Essaie de se faire passer pour une étudiante faisant une thèse sur l'histoire du Gâtinais - elle n'est pas particulièrement subtile. Aurait pu choisir de s'appeler Esther Quinn ou Queen car ce nom lui paraissait superbe, mais elle y a quand même renoncé. La vie est pour elle un énorme jeu de l'oie, est détective: il y a chez Cindy Stillman une détermination sinistre, Stillman aurait adoré être un homme: a trente deux ans. Cindy Stillman a l'habitude de foncer; n'a jamais su faire rien d'autre que fouiller dans la vie des gens… A un peu de mal à comprendre les relations familiales qui tiennent les habitants de la région; n'aime pas particulièrement la campagne. Elle est une bonne grosse fille sans élégance ni charme, Cindy vit en grande partie dans une fiction intégrale: Cindy Stillman ne dit une chose que si elle la pense… Les dés sont pipés - Cindy a appris que les gens mentent sans arrêt. D'habitude, Cindy Stillman travaille à Paris et, pour une fois, travailler à la campagne l'amuse. Quand elle accepte une enquête, elle ne la lâche pas… Fait toutes ses filatures à moto…
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Evidemment, ici, nous serons toujours un peu dans le provisoire…
Paul Géraldy, Martine
Qui ne connaît pas la Bugrane rampante (ou Linaria alba) une plante prolifique, en touffes, diaphanes, écartées, aux multiples usages et si souvent décrites. La fleur de la Bugrane s'épanouit sous les soleils obliques. Les fleurs de la Bugrane rampante apparaissent en septembre, répétées importantes; leurs couleurs vont du blanc au violâtre en passant par le bleu. Sa tige se divise en de nombreuses petites branches portant chacune une grosse fleur écartelée. L'huile de graine de Bugrane ajoutée à la poudre de Renoncule sert à multiplier les passions. Juillet: nombreux fruits noirs pareils à des arbouses petites. Les racines de la Bugrane rampante sont fasciculées, profondes et puissantes. Plante parfaite des arméniens, la Bugrane rampante. Habitat, habitudes: le sud du Maroc (là où le soleil prend sur lui) ou régions du nord de la Californie là où l'heure est triste). Cette plante était autrefois appelée par les allemands "Arsenic rare". Elle purge la leucotrichie par le bas. Il y a un message dans l'être de la Bugrane rampante, c'est : essaie de fuir les histoires compliquées. "quand au mois d'août mûrissent les fruits de la Bugrane rampante, tout s'achemine vers l'évanescence" écrit la romancière Albie Saperstien dans son livre "on ne devrait pas tant penser à ce qu'on fait qu'à ce qu'on est". La première description de la Bugrane rampante se trouve dans l'herbier de David Alfaro Siquieros daté de 1223.
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La Pythie, exhalant la flamme
De naseaux durcis par l'encens
Haletante, ivre,hurle!…
Paul Valéry, La Pythie
A partir du deux centième message, le courrier il est envahi de mails imprévisibles dont il ne sait que penser:
…"Oeuvres" de Saint-Just il fait chaud le web ne lui est qu'un instrument comme un autre. Madame Dedalus souffre mais considère que cette torture est le prix à payer. A un peu de religion, sans plus… Il fait de constants aller et retour entre sa maison d'Egreville et son appartement parisien. Il est en vérité invisible: Ivan Steering n'a aucune idée claire: le seul futur qui lui appartient est le présent, son regard méditatif se pose sur le bout carré de ses chaussures n'arrive pas bien à faire la part des choses! Ranou Bellaud de la Bellaudière est prête à faire n'importe quoi pour obtenir ce qu'elle désire. Steering cherche à arriver à l'indifférence - il n'est pas possible que tout soit gratuit toisons plus ou moins fournies une chose qui paraît très claire peut ne pas l'être du tout: tarots… Peut être aussi sujet à des colères terrifiantes et imprévisibles; je sais qui tu aimes et ce que tu caches Ivan Steering vit dans l'oubli de ses semblables - je ne sais pas d’où ça vient mais depuis quelques jours rien ne se passe normalement, les choses ont l'air incontrôlables souffre d'un manque…
Théobald Benato se demande s'il n'y a pas là un secret "caché".
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«Un présent avant le combat, Malik», fit Hakeem avec un large sourire en poussant une femme devant lui. Pierre Bordage, L'Évangile du Serpent
Septidi 27 Thermidor an I
adresse aux courageux juges:
avec tous ses grands mots de vertu et de patrie, Merda ne pensait qu'à lui. Un nouveau monstre a voulu s'élever sur les débris de la Convention Nationale! Vertueux représentants d'un peuple souverain que l'amour de la patrie vous retienne au poste où la confiance vous a placée et que vous remplissez si dignement. Votre énergie, votre sagesse et votre fermeté ont sauvé la Patrie! Vous vous êtes insurgés contre la tyrannie; les républicains n'auront plus l'amertume d'entendre ses accents machiavéliques désigner partout, dans les groupes les plus purs, des feuillants, des contre-révolutionnaires; Merda, cet être immoral, sacrifiait à ses passions honneur et probité: Gloire aux défenseurs de la patrie Vive la République, au diable les ennemis du peuple
société agricole de Jacqueville.
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Qu'est-ce que le storytelling fait à la littérature?
Christian Salmon, Lettre à Tina
Parlemente… Crée l'appel de la mort; voit Bressac, Benato et Kevin Perreney portant un bonnet phrygien avec une cocarde tricolore, il y a une vieille femme qui sent la cerise ou le pamplemousse. Il ne sait plus s'il est la main, le meurtrier ou la feuille; à cette heure les petites rues de Puiseaux sont vides, un aviateur met en place le ventre des huîtres. Délire… Le mot "cocarde" reste suspendu dans l'air. Dans l'atelier, Enzensberger montre des branches surprenantes… Chaparde des oiseaux aux fenêtres du crépuscule… C'est le rival des revenants qui progressent à pas de condamné vers une désespérance or - voit devant lui les brouilles des mouches, alors surnomme, dans le débat, les abominations du fatras… Rien ne va plus, l'espace se grignote contre l'indolence. Défie les effluves des impostures; est menacées par Claude Gregorovius - son aversion se stimule devant les mâchoires des jeunes femmes, voit Eckhart et Enzensberger… Le rêve submerge la conscience, crie "Enzensberger", "Enzensberger", sans deviner le véritable sens de cette imprécation; une petite fille inspecte sa mère tout en buvant un verre d'eau, engendre le chant des lueurs du sens - sa bouche et sa caboche sont couverts d'écume - les perturbations sont immenses… Edith Honeystone danse tout autour de la chambre, vêtue d'un slip de soie, et un homme est assis, nu - une chaleur paisible entre dans ses muscles; Enzensberger semble vouloir asphyxier Labadie avec rage.
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A partir de cet instant Raoul Signoret se trouva dans la peau du coupable.
Jean Contrucci, La faute de l'abbé Richaud
Le roman apporte à la réalité la mesure de l'irréalité. Impossible de ne pas penser… L'écriture du roman n'est pas fonctionnelle… Ecrire c'est lutter contre l'écart qui se creuse entre les mots et les choses; le rapport du roman à la réalité est ainsi surprenant,
ce roman - si c'est un roman - aurait pu commencer comme ça: Jacques Dupont proposerait une citation: "Il n'y a pas le moindre doute qu'une des caractéristiques de la réalité est qu'elle manque d'essence, en conséquence de quoi, le propos cartésien: Je pense donc je suis pourrait bien s'énoncer: Tiens, voilà Edna avec son saxophone." et ce personnage hésite, il ne se souvient pas d’où lui vient cette citation et cela au fond lui importe peu - il sait qu'il est un personnage de roman mais il sait aussi qu'il est un personnage réel; du moins un personnage fait de réel - il va falloir essayer de comprendre; en effet…
qui est l'auteur de quoi? Qui a écrit: "La soirée se déroula ensuite da façon normale"? Et pourquoi - pour qui - est-ce important
chercher à comprendre est déjà comprendre qu'il n'y a rien à chercher.
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Si nombreux ceux qui moururent, si nombreux en si peu de temps…
James Fenton, Un requiem allemand
Primidi 21 Thermidor an I
aux citoyens administrateurs du département
contre le traître Merda de Rémauville
il ne fut jamais de circonstances semblables à celle sur laquelle nous venons vous exprimer nos sentiments! Pourtant nos campagnes sont pleines d'enfants abandonnés; les prisons sont pleines d'une multitude d'arrestations arbitraires; et c'est ce qui effraie davantage! Or quelques métayers ont accaparé les propriétés : le citoyen Merda, ci-devant seigneur d'Egreville, possède une grande exploitation formée de plusieurs terres ! Merda possède 700 journaux à Rémauville qu'il a loué à Grand, ci-devant garde général de la maîtrise, qui a dix mille livres de rente et a sous-amodié ces terres à deux cultivateurs ! De riches cultivateurs égoïstes veulent jouir des avantages de la constitution nouvelle sans les partager avec la classe laborieuse du peuple. Les citoyens de Rémauville exigent la tête de Merda. Le peuple doit toujours garder les yeux ouverts.
un citoyen de Rémauville libre.
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Comment utiliser le langage si vous ne faites pas confiance à ce qui vous est dit ? Croyez-moi, je ne mens que juste ce qu’il faut pour passer de la réalité à la fiction…
Jean-Pierre Balpe, Rien n'est sans dire
Le sang jaillit en flot, la lumière est blanche, infaillible. Il n'y a pas plus bleu que le bleu de ce ciel. A l'heure où le soleil laisse la ville aux ténèbres, alors que les ténèbres s'apprêtent à chasser le jour, la lumière est irréelle; un tombereau apparaît sur la place du Trône renversé noire de peuple. Le jour est divin; le bleu du ciel est terrifiant. Sur une des carrioles une condamnée harangue la populace, un autre chante une chanson de guillotine, une vieille femme hurle d'angoisse. Le ciel bleu est une dérision. Une misère insoutenable s'expose; sortant de la rue Saint-Honoré, plusieurs grandes charrettes amènent à l'échafaud leurs victimes, le cri des martinets défie le ciel. Une femme approche ses vêtements sont sales semblant sortir du tombeau dit quelque chose que personne n'entend. le soleil badigeonne de blanc tout un côté du paysage: le soleil est un soleil de mort: un cri traverse la bande: "moche friponne, va au diable." Le ciel est d'un bleu autoritaire: elle se couche d’elle-même sur la planche. L'espace du ciel se dresse comme un acier vertical. A son tour le bourreau rouge s'avance, approche de la guillotine, libère le couperet. Le ciel bleu déborde d'une lumière très blanche… Un bruit sourd et la tête est projetée dans un panier. Le bourreau essuie le sang qui a rejailli sur son visage. Un flot de sang couvre le bois de l'échafaud - le ciel bleu déborde d'une lumière très blanche.≈ la populace rit bruyamment; l'espace du ciel se dresse comme un acier vertical. Le cri des martinets défie le ciel… Cinquante cinq autres condamnés attendent; la lumière est trop blanche…
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La terre toute entière, offerte comme une femme,
remuera ses viandes…
Vladimir Maïakovski, Le nuage en pantalon
La tête est projetée par un violent jet de sang: le soleil brûle… Le ciel est d'un bleu absolu. Alors que le jour fuit les inimitiés de la foule, à l'heure où le soleil laisse la ville aux ténèbres, sur le bleu du ciel les corbeaux seuls imposent des points noirs, des carrioles occupées d'hommes et de femmes debouts parviennent à la place. Le bleu du ciel est terrifiant, un bourdon traverse l'air! Des filles vont et viennent offrant de l'eau de lavande, des journaux ou des cadenettes… La chaleur s'impose avec une grande cruauté, des détachements bleus et rouges de la maréchaussée et des gardes nationaux font cercle… Des carrioles entrent bruyamment sur la place Saint-Antoine: la lumière est irréelle! La condamnée monte les marches de l'échafaud. L'air est bleu gros bleu… Il n'y a pas plus bleu. "quelqu'un, traître… Tu n'as que ce que tu mérites"; le jour est charmant. Les bourreaux s'emparent d’elle sans ménagement, la plaquent sur la planche, la couchent sous la lame suspendue, le temps se met en attente; il y a une fente claire et quelque chose tombe comme l'éclair! Sur le bleu du ciel les corbeaux seuls imposent des points noirs: le couperet tombe avec un bruit sec! Le bourreau est vêtu de rouge-sang… Les flots de sang atteignent une longueur d'un mètre cinquante, les corbeaux sur le bleu du ciel imposent des points noirs… • une rumeur rauque et incertaine court sur la place! Le ciel bleu est une dérision; le soleil brûle. Douze autres condamnés attendent… C'est un jour splendide et crue…
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Je sens que je vais jouir à en défaillir, voici venu le grand instant, l'ultime traversée…
Amélie Nothomb, Journal d'Hirondelle
Ranou de la Bellaudière sent le membre se dresser contre elle, dans son sommeil, elle imagine qu'elle fait l'amour… Ranou Bellaud de la Bellaudière rêve de la chaude odeur de sa chevelure… Bellaud de la Bellaudière ne résiste pas… Monsieur Othon caresse la pente soyeuse de ses reins, plus bas, plus bas encore; sa chatte ouverte appelle la queue; Monsieur Othon embrasse goulûment ses seins: un homme avec une toison en croix sur sa poitrine et sur son ventre… De la Bellaudière est égarée - poitrine et seins ruisselants… Ils baisent frénétiquement… Bellaud de la Bellaudière soupire dans son sommeil, la sensualité lamine son corps et l'enfonce dans l'extase au-delà de toute morale, Ranou donne ses lèvres ! Madame Bellaud de la Bellaudière montre son cul avec un air enflammé; son désir ne meurt pas avec l'orgasme; de sa poitrine coule un immense désir qui répond au sien; Monsieur Othon l'excite comme une bête. Madame Bellaud de la Bellaudière se frotte toute entière contre lui comme un animal, ses jambes s'ouvrent; De la Bellaudière aime le poids du corps sur le sien - Monsieur Othon aime l'odeur de sa chatte: son esprit galope fièvreusement tandis que Monsieur Othon respire le parfum excitant de sa peau. Rien n'existe qui ne peut être dit avec les doigts, le sexe, les jambes et l'odeur des corps.
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Rien ne nous attendait là-bas que de très ordinaire.
Claude Esteban, Le partage des mots
Les histoires n'arrivent qu'à ceux qui sont capables de les raconter , le rapport du roman au réel est déconcertant... Le propos du roman est toujours sommaire, quelques sentiments, entre le rien et le presque rien! Il y a plus de choses qu'il vaudrait mieux ne pas écrire que de choses qui gagneraient à l'être; le roman a quelque chose - mais quoi - à voir avec la culture générale de ses lecteurs; le roman ne donne pas de leçons, le roman avance masqué dans l'entrecroisement des citations véritables ou cachées : depuis quand faut-il s'imaginer les choses en couleurs. La cohérence du roman vient de l'acceptation de son incohérence. Dans le roman l'imaginaire occupe sa place: comment exprimer l'univers en paroles? Le roman bien employé peut révéler les endroits les plus secrets de la vie, de quel monde le roman doit-il parler? L'important, c'est la fiction, ce à quoi chacun croit. Le roman n'a pas besoin de phrases comme "La cellule d'Eugénie Bogey était peu éloignée de celle de Blanche" ou "Ne nous énervons pas". Tout est vrai dans un roman, parce qu'un auteur n'invente rien, c'est alors que les mots viennent à manquer... L'écriture est une méthode de réflexion, les hommes veulent qu'on leur raconte des histoires, le roman est un jeu d'adresse ; le roman avance masqué. Les choses au jour le jour n'ont pas leur place dans un roman... Le roman, on ne sait jamais où il va: le seul lieu où l'homme existe est sa propre tête; chacun sait que les histoires sont imaginaires même quand elles disent des vérités plus capitales que celles que nous pouvons trouver ailleurs !
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A ton tour, redoutable Dryas, faisant tournoyer autour de sa tête son arme brûlante, il te poursuit…
Ovide, Les Métamorphoses
Le sang jaillit en flot; les nuages traînaillent encore: le ciel c'est le ciel: au moment où le soir commence, tandis que la nuit s'approche de la ville, la lumière est irréelle - dans une charrette cinquante quatre personnes en chemises rouges de parricides sont amenées sur la place: la lumière est irréelle. Le ciel s'impose - les gardes à cheval entourent l'échafaud, la chaleur s'impose avec une grande cruauté... La foule est avide du spectacle. Une charrette apparaît sur la place de la Grève noire de populace. Le temps se met en attente, une jeune femme en pleurs s'avance, le soleil écrase le paysage. La lumière est irréelle, quelqu'un demande à quelqu'un d'autre: "qui est-ce?" une réponse se fait entendre: "une accapareuse". Le ciel bleu est une dérision... Elle se couche d’elle-même sur la planche - il fait très beau... Le grand bourreau s'approche de la machine rouge, regarde la populace, tire une corde, le couperet tombe en sifflant. Il n'y a pas plus bleu que le bleu de ce ciel. Le sang jaillit en flot: le bourreau se tourne vers la foule comme en quête d'applaudissements. Les flots de sang atteignent un mètre cinquante - l'air est bleu gros gros bleu; quelque part un enfant crie: "maman, maman", l'air est bleu gros bleu; il n'y a pas plus bleu que le bleu de ce ciel... Les autres condamnés baissent la tête quelqu'un d'autre se prépare; le soleil s'approche du clocher de l'indispensable église...
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Taisez-vous c'est insupportable "A nous Monsieur un tel discours Est franchement improposable".
Pierre Albert-Birot, Grabinoulor
Le roman est un jeu sur la mémoire, le romancier joue au chat et à la souris avec son lecteur. Depuis quand faut-il s'imaginer les choses en couleurs. Dans un roman la perversité est plus intéressante que la normalité... Le propos du roman est toujours sommaire, un récit - les choses au jour le jour n'ont pas leur place dans un roman... Il y a un dehors du roman, affirmé comme un réel : un monde où se passe autre chose. Le roman combat contre le temps d’où ses égarements. Tout lieu décrit est frappé d'irréalité ; le roman bien employé peut révéler les endroits les plus secrets de la vie ; le rapport du roman à la réalité est imprévisible: ce sont les gens dans les livres qui devraient imaginer nos histoires; le réel pénètre en l'homme par ses yeux, mais il n'y comprend rien tant qu'il n'a pas pénétré sa langue les hommes veulent qu'on leur raconte des histoires, tout est vrai dans un roman, parce qu'un auteur n'invente rien; quelle que soit la manière dont les faits sont présentés,quel que soit le nombre de détails, l'essentiel échappe à la narration. Dans le roman l'imaginaire occupe sa place - comment exprimer l'univers en paroles? Le roman, on ne sait jamais où il va... Il y a plus de choses qu'il vaudrait mieux ne pas écrire que de choses qui gagneraient à l'être: une vie n'est composée que de milliers de faits juxtaposés. Le roman doit donc faire tenir ensembles des faits contradictoires, on ne peut pas reconstituer une réalité à la façon d'un puzzle ; écrire n'est pas une nécessité - pourquoi donc faudrait-il des romans?
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Voilà une rupture d'équilibre bien extraordinaire.
Paul Valéry, La crise de l'esprit II
Le roman avance masqué! Le roman a peut-être quelque chose - mais quoi? - à voir avec la culture générale de ses lecteurs; dans un roman la perversité est plus intéressante que la normalité ! Les mots ne sont que des mots même s'ils servent parfois de grappins aux hommes écrire un roman n'est qu'un jeu : si un roman a besoin d'intrigues, celles-ci n'ont à être ni uniques, ni linéaires. Les hommes veulent qu'on leur raconte des histoires - de quel monde le roman doit-il parler? Écrire n'est pas une nécessité. La cohérence du roman vient de l'acceptation de son incohérence; ce sont les gens dans les livres qui devraient imaginer nos histoires; le roman n'a pas besoin de phrases comme "Voulez-vous être mon ami" ou "Ne nous énervons pas". Le roman ne donne pas de leçons - le roman combat contre le temps d’où ses incohérences. Un écrivain n'a qu'un nombre limité de choses à dire, le roman est un jeu d'adresse. Quelle que soit la manière dont les faits sont présentés,quel que soit le nombre de détails, l'essentiel échappe à la narration. Le rapport du roman à la réalité est déconcertant, le propos du roman est toujours sommaire, quelques sentiments, entre le rien et le presque rien : le romancier joue au chat et à la souris avec son lecteur: le roman avance dans l'entrecroisement des citations vraies ou dissimulées; dans le roman l'imaginaire occupe sa place: le roman bien employé peut peut-être révéler les endroits les plus secrets de la vie... Pourquoi donc faudrait-il des romans? Chacun sait que les histoires vraies sont avant tout imaginaires...
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Ce qui est surprenant c'est que j'aie très souvent pu développer ce genre de pensées…
Thomas Bernhard, Oui
La théorie des dominos... Il y a une étrangeté parfois même une intelligence de l'animosité! Nous n'avons pas de scrupules à avoir devant l'assassinat lorsqu'il est nécessaire, il est des raisons morales du crime qui bornent toute morale humaine. Un par patronyme, n'est-ce pas un message assez transparent? La fin toute entière était inscrite dans le début: plus rien désormais ne nous fera reculer, car il est des labyrinthes dont l'issue ne peut être découverte que par un crime... Parce que leur mort est notre seul devoir, nous ne pouvons pas attendre plus longtemps car il est des devoirs qui bousculent toute morale, tout ce qui se passe est en sommeil, la mort a assez attendu - l'appel du sang ! Le pire châtiment est de se laisser abattre sans avoir eu la possibilité de lutter, nos meurtres sont des devoirs, comme ils ont condamné une lignée à la douleur, ces êtres doivent connaître le tourment; l'histoire est un cercle où nous sommes enfermés, Oedipe... Mais il faut pourtant qu'ils comprennent ce qui leur arrive! Il est des labyrinthes dont l'issue ne peut être qu'un meurtre - la mort peut ainsi devenir l'objet d'un amour aveugle; nous savons désormais ce qui va arriver, nous ne vivons que pour ces assassinats...
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Désormais la nuit ressemble à une créature sans désir
Véronique Pittolo, Montage
L'homme lutte. L'heure des exactions ne sonne pas pourtant en même temps pour toutes les foules, le mort chasse toujours le vif comme le loup le gibier : le temps prolonge les événements, les répète, les ignore ou les jette... La vie est la seule question qui se pose... Car rien ne recommence : et aucune méditation sur la mort n'a jamais pourtant éloigné un philosophe de sa mort ; la réalité est un yo-yo; parce que la mort est la grande leçon; il s'agit ainsi de décider si on accepte la mort ou si l'on se révolte contre elle... Il y a des jours dont seul le mensonge console ; la vie humaine est une construction subtile ! D’où viennent par exemple Bloom et Blanche ? Chaque minute qui passe est un don du ciel ; tout homme craint d'être entièrement mortel, | | |