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Blog mis à jour: 21/11/2008 14:06

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   Le soleil brille  0 commentaire
[14/11/2008 9:29]

Soudain […], je vis des cadavres aborder de partout.

Jean Giraudoux, Suzanne et le Pacifique

C'est un jour, un jour d'été, le ciel s'impose ! A l'heure où le soleil laisse la ville à l'ombre, alors que les ténèbres s'apprêtent à chasser le jour, soleil blanc : le paysage semble clos ! Le cri des martinets défie le ciel : le tombereau de la grande hécatombe arrive sur la place de la Grève. Le ciel est un ciel: le soleil brûle. Des honnêtes gens se précipitent... Deux femmes affublées d'enfants boueux mendient... Des charrettes rouges arrivent sur la place de la Grève les soldats referment les rangs derrière elles : une jeune fille figée les escaliers de l'échafaud, s'approche du bourreau : le ciel bleu est une dérision - ciel très turquoise ! Quelqu'un dans la foule demande à quelqu'un d'autre : "qui est-ce?". On entend la réponse : "une sale corrompue"; en un instant elle est couchée sur la planche, le maître-exécuteur fait tomber le couperet, sur le bleu du ciel les corbeaux  seuls imposent des points noirs...  le sang jaillit en flot. Le bourreau se tourne vers le peuple comme en quête d'applaudissements ! Le sang coule en telle quantité que la terre ne peut l'absorber, le ciel a une qualité de transparence infinie ! Un aide du bourreau prend la tête par les cheveux, la montre à la populace, et lui donne une giffle ! Personne ne parle, le silence est complet presque religieux ! Soleil incessant, le temps est de circonstance ! L'aide du bourreau va chercher une jeune femme dans le tombereau; le ciel exaspère l'espace... Le cri des martinets affronte le ciel...





   Une local rempli de meubles  0 commentaire
[25/10/2008 12:48]

Et seulement derrière les volets,

le feu des aiguilles de sapin

Vladimir Maïakovski, De ça

 

La pièce est pleine de meubles: un grand coffre peint dont le motif central est un autel de la patrie surmonté d'un Priape éjaculant; une console Régence rocaille en frêne sculpté et doré sur quatre pieds cambrés terminés par une feuille d'acanthe à enroulement; une psyché en bois d'arbre et filets d'amaranthe; une paire de chaises à dossier plat "à la reine" en sapin rechampi crème... Il y a là les tableaux et les gravures les plus variés - une assemblée de cruches dominée par un évêque ou encore un terrain vague couvert de chiures, sur lequel un enfant rieur, culotte baissée, se torche avec le bref du Pape... - qui couvrent tous les espaces libres entre les fenêtres. Car bien que Rachid Sanchez soit son cousin, ils ne se fréquentent pas - il regrette d'être venu, d'avoir obéi au texte du message; il est vrai qu'il est particulièrement tôt, mais le mail insistait pour qu'il vienne à cette heure là... Se dit pourtant que Rachid ne peut s'être dénoncé lui-même, Théobald se sent intimidé par la richesse de la maison. Pense qu'il est hébété ! La lumière est bien trop blanche, éternelle, il se demande ce que son cousin va penser. Mais le dernier courrier était clair : Rachid Sanchez avait quelque chose à lui apprendre ! Que fait-il ici ? Ne se sent pas à l'aise, n'est pas habitué à tant de luxe, son cerveau fonctionne à plein régime. Sous les fenêtres une vaste pelouse très bien entretenue... Se demande s'il doit parler de la lettre anonyme qui accuse son cousin - n'aime pas être porteur de mauvaises nouvelles, n'a jamais beaucoup aimé son cousin...





   Il pleut  0 commentaire
[07/10/2008 13:41]

…où tant de marbre est tremblant sur tant d'ombres…

Paul Valéry, Le cimetière marin

Il pleut: la pénombre circule, l'être est corps et le corps angoisse. Une lave de lumière déborde les bâtiments, le ciel régente l'espace de sa voûte de plomb. Le ciel est barbouillé de sang - submergé de peur... Bumstead n'est plus désormais capable de penser à autre chose. La pensée rase les murs - l'épouvante est dans chaque vide d'attente, le soleil lance de grands jets de sang. Bumstead sent une boule se former dans son estomac; son coeur bat violemment - le soleil se couche rouge feu dans un poudroiement de cendres. Anxiété de savoir - des frissons glacés courent dans les nerfs... Chaque objet, chaque mouvement, masque une menace... Le vent siffle... Crépuscule bleu, ciel bleu- noir profond. Il fait sombre et terne, un souffle cuisant passe sur les membres: l'ombre bleue des nuages file au loin, il n'y a rien d'autre à quoi se raccrocher, rien qu'une immense étendue vide d'effroi et d'épouvante.





   Le ciel est bleu  0 commentaire
[03/10/2008 9:16]

Voici le dépliement de la grande Aile poétique!

Paul Claudel, Cinq grandes odes

L'air est bleu; le ciel est toujours bleu - alors que le jour fuit les animosités de la populace, alors que le jour tombe, ciel bleu éclatant et chaud! Le ciel bleu déborde d'une lumière très blanche, le ciel est toujours bleu trop bleu... Le tombereau peint en rouge de la grande hécatombe arrive sur la place de la Barrière du Trône... Les nuages traînaillent encore  sur la laque bleue du ciel,  le soleil brûle: le tambour roule sans repos: les familles essaient de percer la masse emmêlée de la foule, les chariots se frayent un passage dans la foule qui emplit la place de la Barrière du Trône... Une femme approche col décolleté. Le ciel est un ciel... L'oeil sauvage du soleil contemple la campagne des voix s'élève: "la citoyenne Nonville, accapareuse malpropre", elle se couche d’elle-même sur la planche, paraît prier! Chacun regarde monter vers la corde la main du bourreau... Le soleil passe son rouleau-compresseur on entend un choc sourd, la tête se sépare du corps: le bourreau se tourne vers la foule comme en quête d'applaudissements; le sang jaillit en flot. L'air est bleu: deux bourreaux emportent le cadavre, le jettent comme une raclure dans un tombereau couvert de sang; une voix de femme s'élève: "à la guillotine", le soleil brûle. Rien ne bouge dans l'air... Le temps se met comme en attente. Soixante quinze autres condamnés attendent; le bleu du ciel est terrible! Le jour est charmant...


   Coucher de soleil  0 commentaire
[01/10/2008 15:38]

…il est difficile de modéliser pensées et douleurs comme des choses (c'est-à-dire des particuliers distincts du sujet, et non pas des états du sujet) non localisables, sauf à présupposer la notion de substance non étendue, dont ces choses sont censées être des fragments.

Richard Rorty, L'homme spéculaire

A l'horizon un incendie inonde le ciel de clartés rouges... Le vent siffle. Lorsque le crépuscule s'approche, sous les regards de la foule, dans le galop des chevaux, à l'horizon comme s'il y avait un incendie  le ciel  est inondé de lueurs rouges -  de longs tombereaux découverts arrivent sur la place noire de monde, ils portent des femmes debout, serrées, silencieuses. Le ciel masque des menaces; l'ombre bleue des nuages file au loin... Agrippés au socle de la statue de plâtre de la Liberté, des enfants regardent: la grande lame de l'éclair tranche l'épaisseur du crépuscule; les cavaliers qui entourent la carriole s'écartent - des chariots entrent bruyamment sur la place de la Révolution: des honnêtes gens se précipitent. Un nuage se met à couvrir lentement le soleil approfondissant de son ombre le gris de la ville; une jeune femme fixe le peuple épouvantable, visage éclairé d'un sourire heureux - le jour semble manquer de temps... Le ciel cache ses menaces, quelqu'un parmi la foule interroge: "qui est-ce?" une réponse anonyme se fait entendre: "une vieille feuillant". Du soleil coupé au ras des toits jaillit comme un torrent rouge; en un instant elle est couchée sur la planche, culbutes de nuages, pluie! Il y a une fente claire, quelque chose tombe comme l'éclair... Culbutes de nuages: la tête coupée roule sur l'échafaud; les habits du bourreau sont tachés de sang, les bois de justice se colorent de sang; le ciel s'ouvre, un aide du bourreau prend la tête par les cheveux, lui donne une gifle; une voix de femme s'élève : "la guillotine a faim, il y a trop longtemps qu'elle jeûne"! De gros nuages courent d'un horizon à l'autre: culbutes de nuages; les autres condamnés baissent la tête, une autre se trouve mal, quelqu'un d'autre se prépare. Du soleil coupé au ras des toits jaillit le torrent rouge...


   Un village  0 commentaire
[23/06/2008 17:32]

je suis penchée au-dessus de la distance

que je viens de parcourir

Dominique Maurizi, Les tables des matières

Ce qui passe est déjà passé... Un couple de papillons se pourchasse! Il s'agit d'une forêt, c'est à dire de n'importe où - il fait chaud: ce village n'a pas d'importance réelle... Les regards embrassent les lointains - l'air est bleu gros gros bleu : un éclat constant de chaleur à ce moment de la journée  lamine le pâle ciel d'été... La forêt appelle, le jardin est vide... Ça et là flamboient des îlots de lumière; c'est de l'eau qui coule! (le ciel c'est le ciel) le soleil est à la verticale des chênes: l'eau coule lente sans état d'âme. Mouches tournoyant follement sur des bouses de vache, la rivière coule vite, toute plate, la campagne met la patience à l'épreuve, les espaces bleutés palpitent comme des mirages; il y a aussi quelque part un café. L'arbre mauvais ne peut donner que de mauvais fruits, le ciel bleu déborde d'une lumière très jaune: le soleil tape, brûlant... Le soleil tourne, lourd...


   Saint-Aignan-le-Jaillard  0 commentaire
[21/06/2008 9:19]

Il est besoin d'une marque visible des analogies invisibles.

Michel Foucault, Les mots et les choses

Difficile de trouver une torpeur aussi paisible... Quelque part une détonation ; quelques fenêtres sont ornées de renoncules, Le G20 a une enseigne neuve... Un chat traverse une rue, c'est un village - l'église est au centre du village ! Saint-Aignan-le-Jaillard paraît isolé du temps et de l'espace ! La chaleur coule inépuisablement... Jamais personne dans les rues d'Saint-Aignan-le-Jaillard, les rues sont chaudes : Saint-Aignan-le-Jaillard on doit l'avouer est horrible sous la chaleur le village s'agrandit ; les habitants s'ennuient avec application. Il y a des maisons, des murs et des jardins : - la chaleur de cette journée d'août colle aux rues et aux pierres des maisons - le soleil brille juste au-dessus des toits... Demeurer à Saint-Aignan-le-Jaillard suppose quelque détachement du reste du monde. Des ombres s'allongent sur les pelouses ! Les façades des maisons ont un air absent, impersonnel - un chat gris laid saute par-dessus un mur ! Il y a un café.


   Wilfrid et Saint-Aignan-le-Jaillard  0 commentaire
[26/05/2008 10:39]

Il frappa deux fois avant de se décider à entrer.

Didier Daeninckx, Un château en Bohême

 

Wilfrid fait partie du décor, mais il a l'intuition de voir tout cela pour la première fois! Seuls les pigeons proposent une agitation minutieuse! Il s'est débarrassé du souvenir même. Wilfrid a chaud, il est en sueur mais il ne s'en soucie pas! Wilfrid d'Eurymédon a le temps pour lui... n'a aucune raison de se méfier car il n'a lu aucun de ses courriers, rien n'est sûr; Wilfrid a oublié l'existence des autres: ne voit rien autour de lui; Wilfrid a le nez au sol; ne pense à rien d'autre qu'à ce qu'il peut trouver sur le sol, à cette heure les petites rues de Saint-Aignan-le-Jaillard sont presque vides: ce n'est qu'un village. A Saint-Aignan-le-Jaillard, comme ailleurs, faute de temps et de passion, les habitants s'aiment ou se haïssent sans le savoir. Le clocher tremble sur le bleu du ciel... Le clocher tremble sur le bleu du ciel; les rues sont étroites et quelconques, aveuglantes, les rues sont chaudes: la petite place grille d'une chaleur violente, des motos sont garées le long des trottoirs, une place ouverte de tous les côtés! Parfois une voiture traverse comme si le village n'existait pas... Un chien le suit de loin...


   Olympe de Nonville  0 commentaire
[16/05/2008 7:02]

Pendant ce temps, la vie des autres tourbillonnait autour de moi.

Paul Auster. Mr Vertigo.

Quintidi 25 Thermidor,

Elle agit avec l'inconscience d'un somnambule - Olympe en sait beaucoup trop sur la mort... Olympe de Nonville est envahie d'un irrépressible désir de fuite... L'anxiété se dissimule sous l'apparence ordinaire des choses ordinaires. Ne se sent pas l'âme d'un héros; à chaque pas, De Nonville hésite, s'immobilise, espérant et redoutant de rencontrer quelqu'un; un vide effrayant la menace quelque part - De Nonville ne sait que faire! Elle s'effraie d'avoir été suivie; au coin d'une rue, un vieillard ne lui prête aucune attention... Il lui semble entendre des gémissements dans une rue voisine; son coeur tape contre sa cage thoracique: son esprit se met à tourner sans que les idées ne parviennent à se fixer - le calme, le silence oppressent: De Nonville a du mal à respirer, son cerveau devient crépuscule - sueur glacée... Une immense terreur s'empare de De Nonville, De Nonville ne peut accepter la mort de son mari... La menace lui saisit le ventre! Sa tête est pleine d’elle, toute pensée se change en crainte. Angoisses, frayeurs... Elle doit faire un effort pour maîtriser ses sphincters - Olympe n'est pas sûre que son déguisement de paysanne suffise à la protéger...


   Montée de l'angoisse  0 commentaire
[09/05/2008 17:18]

Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change!

Paul Valéry, Le cimetière marin

Les nuages déroulent sur la ville sombre leurs rouleaux géants. Le jour est occupé de nuit! Le soleil lance de grands jets de sang! Eckhart n'aurait jamais cru que le temps pouvait s'écouler si lentement; les nuages se déchirent découvrant des couches de bleu, de blanc et de lumière vive - le ciel écrase l'espace de sa voûte de plomb: comme s'il y avait un incendie  le ciel à l'horizon  est inondé de clartés rouges...  le coeur palpite... Anxiété de savoir: la tête tourne. Respirer devient difficile; nuages... Affolements, affolements... Tout objet, tout événement, toute ondulation sont peur, angoisse... De petites gouttes s'accrochent aux murs, il n'y a pas d'échappatoire à la brutalité du monde: la pensée rase les murs! Le corps entier appartient à l'angoisse, ne vit plus que par elle: crépuscule bleu, tombée de nuit, ciel bleu- noir profond... Une lave de lumière déborde les bâtiments! Le soleil se couche rouge feu... Les muscles se tétanisent; grand ciel rouge - dans cette grande attente de l'inéluctable, l'esprit se suspend, se met en état de veille, tout tendu vers cet inconnu qui doit advenir.


   Lieu d'exécution  0 commentaire
[06/05/2008 11:12]

Les ailes oublient à cette hauteur le petit oiseau qu'elles portent.

Ariane Dreyfus, Iris, c'est votre bleu

Il pleut (un peu)... Le ciel lamine l'espace! Grand ciel rouge, alors que le jour tombe, sous les regards de la foule, au milieu de discussions fougueuses, nuages... Des tombereaux rouges arrivent sur la place: le jour semble manquer de temps. La foule attend: de grands chariots parcourent lentement la place. La foule est avide du spectacle, il fait sombre: une jeune fille, immobile, descend du tombereau, monte les escaliers de l'échafaud, s'approche du bourreau! De petites gouttes s'accrochent aux murs, hésitent à glisser sur le sol où elles creusent de minuscules cratères. De rares transparences se dissolvent! Une voix de femme hurle: "vandale, tu n'as que ce que tu mérites!" les nuages se déchirent continûment découvrant des couches de bleu, de blanc et de lumière vive: les bourreaux s'emparent d’elle sans ménagement, la plaquent sur la planche, la couchent sous la lame suspendue! De lourds nuages sombres accourent de l'ouest, frôlant le Palais National; à son tour le bourreau rouge s'avance, approche de la guillotine, libère le couperet: un nuage accroche quelques arbres et se brouille - du cou tranché jaillissent deux flots de sang; le bourreau a les mains pleines de sang - le sang coule en abondance sur le pavé: l'espace nuageux du ciel oppressant séquestre l'âme - la tête coupée, le corps tout vêtu, sont jetés dans un vaste tombereau où tout nage dans le sang - la populace rit et danse, le vent siffle. Culbutes de nuages! Soixante et onze autres condamnés attendent...


   Une boule sur l'estomac  0 commentaire
[04/05/2008 10:48]

L'astrologue en chef, Chandergupta, surveillait toutes ces activités de très près, affectant un mépris que son regard inquisiteur démentait.

Luc Leruth, La machine magique

Une lave de lumière déborde les bâtiments. Il n'y a pas plus gris que le gris de ce ciel... Bumstead sent une boule se former dans son estomac... Les mains sont moites - le sol se dérobe sans raison apparente. De petites gouttes s'accrochent aux murs, hésitent à glisser sur le sol, l'inquiétude, colossale, envahit l'espace des cellules et peu à peu les change - les doigts se nouent... Ce n'est pas le genre de combat auquel Bumstead s'est préparé. L'esprit sursaute: Bumstead est incapable de faire le moindre mouvement. Il n'y a rien d'autre à quoi se raccrocher, rien qu'une immense étendue grise, gluante, glissante comme une paroi lisse. L'angoisse est là, dans cette grande attente de l'inéluctable, l'esprit se suspend, se met en état de veille, tout tendu vers cet inconnu qui doit advenir. Des pensées épouvantables envahissent le cerveau: c'est la couleur de l'angoisse! Le cercle renversé du soleil tourne... L'ombre bleue des nuages file au loin: tout est annonce de menace, mauvais oracles! Le corps est trempé de sueur; Bumstead voudrait fuir mais il ne sait où... Le ciel s'ouvre...


   La nuit  0 commentaire
[21/04/2008 10:52]

La peur de ne pas trouver, de ne pas avoir de formes d'accès, de ne plus les atteindre.

David Lespiau, La fille du département Fiction (carnet Hawaï)

La nuit est dans un profond bonheur: la nuit frissonne d'étoiles. Lune guerrière: la nuit promet d’être pesante: la lune trône dans le ciel... Lune café crème... La nuit chante son silence. La lune c'est la lune: le silence total de la nuit ouvre l'esprit au rêve... La lune est ronde comme une pierre incandescente. La nuit est; comme écrit  Sollers quelque part la lune, est un astre de parchemin - la lune est une assiette: la nuit est tiède, - la lune est énorme - la lune bouge brusquement... La lune avance peu à peu depuis le couchant - c'est la nuit! La nuit s'installe progressivement sous le halo d'une lune argentée... La nuit les choses existent réellement - la lune jette sur le toit de clartés bleues.


   Chaleurs  0 commentaire
[20/04/2008 11:19]

Il n’est pas bon que tout le monde lise les pages qui vont suivre ; quelques-uns seuls savoureront ce fruit amer sans danger.

Lautréamont, Les chants de Maldoror

 

La chaleur devient épaisse; clair-obscur du soleil; les feuilles sont pleines de regards... Trop de lumière brûle les yeux: les murs de la forêt construisent une vision de l'espace; il fait chaud, certains lieux, comme Ormesson, sont immuables - des flots ininterrompus de chaleur inondent le paysage. L'espace du ciel se dresse comme un acier vertical: le ciel est calme: des plantes rampantes descendent dans le lit de la rivière! Des jets de soleil transpercent la voûte entrelacée, hachurée, des feuillages, (même les nains de jardin semblent s'ennuyer)... Le soleil brûle... Le jour est aventure - chaleur. La lumière est à l'intérieur de l'air - c'est une rivière: le goudron capte la chaleur! Mouches tournoyant sur des bouses de vache; la rivière est un témoin... Le cri des martinets anime la campagne, un chat traverse une rue comme s'il craignait d'être aperçu... Jeu de la lumière sur la surface de l'eau!


   Treuzy  0 commentaire
[25/02/2008 15:07]

Marcher

mouvement transitoire

entre-temps la vie continue

Violeta Barrientos Silva, tragic/comic

Il fait chaud, Treuzy craque de toutes parts sous le soleil. Ciel bleu. La forêt appelle. Tout se répète à l'infini - le soleil est à la verticale des arbres, nul ne sort, nul ne rentre; les plantes du jardin paraissent s'étirer, glisser, trembloter dans l'air immobile, le soleil s'approche du clocher de l'indispensable église - toutes les rues se ressemblent. L'herbe est accablée de soleil - les herbes attendent nos pas. (Pas un mouvement) le bleu est partout - le soleil éclaire les frondaisons…

Les jours sont un enchantement, longs et chauds, l'air respire lentement; la lumière est à l'intérieur de l'air... Une vitre sépare. La matière de l'espace est de la couleur pure, la forêt est une forêt… c'est en effet ce qui est écrit ici. Beaucoup de maisons sont retapées...

L'histoire d'une région est semblable à l'histoire d'une famille, le temps entre en ligne de compte...


   Quelque chose se passe  0 commentaire
[26/01/2008 14:57]

On peut faire beaucoup de choses. On ne peut pas mouiller un tissu qui est fait pour n'être pas mouillé.

Charles péguy, Note conjointe

Il lui semble qu'il porte quelque chose - la nuit masque Avon dans sa paix - est tirée par la curiosité et le mystère, le suit depuis maintenant près d'une heure, Théo s'arrête un instant comme s'il attendait quelqu'un - Cindy Stillmann s'est achetée des lunettes roses, des habits noirs et un walkman. Cindy a décidé de le suivre, Mademoiselle Stillmann fonctionne souvent à l'instinct... ... Cindy Stillmann est très méthodique ! Il semble ne se douter de rien. Cindy feint de se promener dans le bosquet... Balpe se promène dans les bois; Théo Balpe et Mademoiselle Stillmann paraissent isolés en ce lieu à cette heure: n'aime pas beaucoup se promener dans les bois la nuit; la forêt paraît déserte - s'il y a eu des indices, Mademoiselle Stillmann n'a pas su les interpréter; quelque chose lui dit qu'il est tourmenté peut-être même terrorisé... Sa tête est dans un certain brouhaha; Cindy Stillmann est persuadée que son attitude n'est pas naturelle ! Se demande ce que Théo Balpe peut venir faire dans ce lieu! A du mal à ne pas perdre la silhouette qui se déplace dans les chemins du bois - ne veut pas penser qu'à cette heure-ci, à cet endroit là, elle peut courir un danger quelconque, Cindy Stillmann aimerait bien pouvoir penser à autre chose...


   Un village à l'écart  0 commentaire
[18/01/2008 15:45]
Voici, je crois, comment cela commença…
 
André Gide, Si le grain ne meurt 
 
Echouboulains n'est qu'un village... A l'écart de tout; à cette heure les petites rues d'Echouboulains sont vides... Les façades immobiles des maisons ont un air absent. Des ombres s'allongent sur les pelouses : décor facile pour un crime, il faut quelques temps pour apercevoir ce qui rend Echouboulains différent de tant d'autres villages de France, Echouboulains paraît imperturbable. Il a oublié l'existence des autres, Ivan n'est pas pressé; un chat, dans un jardin, s'est réfugié à l'ombre d'un fauteuil : parfois une voiture traverse, des mobylettes sont garées le long des trottoirs ! La petite place grille d'une chaleur violente ! L'église est au centre du village - un chat traverse une rue, seuls les pigeons proposent une agitation minutieuse ! Jamais personne dans les rues; a toujours une idée bien précise en tête ! Paraît plus circonspect que d'habitude ! Les rues sont étroites, aveuglantes ! Steering marche avec méthode (Steering fait tout avec méthode) ! Ivan Steering est là comme une petite ombre sous le soleil ! La chaleur coule inépuisablement entre les murs...

   Copiste  0 commentaire
[23/12/2007 11:01]
Je pense que pour raconter, il faut avant tout se construire un monde, le plus meublé possible, jusque dans les plus petits détails.

Umberto Eco. Apostille au nom de la rose.

Déjà un mort, en avance sur le programme annoncé et, si rien n’est fait il ne reste plus que quelques heures pour que les crimes s’accélèrent. Le — ou les… — maniaque qui émet les courriers anonymes semble assez décidé, assez fou, les incidents multiples qu’il a provoqué suffisamment réels et importants pour qu’il soit plausible qu’il passe à l’acte comme il l’a tant de fois — et sous des formes diverses — annoncé car, jusqu’à présent, il a toujours accompli toutes ses menaces et s’en est tenu, avec précision, à son programme.

Pourtant, comme si rien de tout cela ne s’était passé, comme si rien n’avait d’importance réelle, installé en bordure de l’espèce de petite clairière ensoleillée qui sert de cour à sa cabane, Steering copie paisiblement une de ces toiles qui le font vivre. Il s’agit vraisemblablement cette fois d’une œuvre de la renaissance italienne car au dos de la photo grand format qu’il utilise est imprimé en gros caractères le nom Giulio Romano: le fond est un décor extérieur de fontaine romaine constitué d’une alcôve semi-cylindrique portant à son fronton l’inscription “mandavit” et au mur formé de cinq niches contenant des statues imprécises; un peu en avant, dressé au centre d’une vasque soutenue par des putti debout, un personnage nu pivotant sur lui-même — un homme ou une femme — laisse couler de l’eau de la jarre qu’il porte sur ses épaules. Au premier plan un jeune homme au visage effrayé et dont les fesses sont dénudées par le mouvement de la course s’enfuit devant un guerrier furieux, vigoureux, casqué, vêtu d’une courte armure romaine, et dont la main droite, armée d’un glaive, est retenue par une femme un peu échevelée, le sein droit dénudé, et criant quelque chose que personne n’entendra jamais. Un enfant se cache — ou s’accroche…— derrière elle. Sous les pieds du guerrier, un cupidon pensif, reconnaissable à ses ailes et à son petit carquois semble ignorer ce qui se passe ne s’intéressant qu’au peu de sang coulant des pieds nus de la femme qui macule les fleurs sur lesquelles elle marche.

   Paysage policier  0 commentaire
[12/12/2007 11:46]
La poignée de gens qui innovent en littérature se préparent et nous pouvons remarquer que les plus ardents se préparent en se préparant tout comme le monde autour d’eux se prépare en se préparant, et de la même manière et ainsi, si vous le voulez bien je vais de nouveau vous dire comment cela se fait. Naturellement on ne s’aperçoit de comment cela se fait que bien longtemps après que cela ait commencé à se faire.

Gertrude Stein. Lectures en Amérique.

Lorsque l’inspecteur René Leys ouvre son mail crypté, le premier message qu’il découvre est un rapport du bureau central de la police des réseaux :

“Dans l’état actuel des investigations, à partir du traçage de mails anonymes reçus par des personnes ayant porté plainte, nous sommes en mesure de prouver que les personnes suivantes sont victimes d’émissions à partir de programmes installés sur le serveur de Madame Johanna Dédalus (commune d’Ormesson): Ranou Bellaud de la Bellaudière, Thierry Thomas, Renan Ratermanis, Elena Elytis, Thérèse Aragorn, Theobald Benato, Ahmed Blanche, Jacques Bloom, Omar Bumstead, Samia Clairwill, Samuel De Bressac, Johanna Dedalus. Certaines de ces personnes n’ont, à notre connaissance, pas déposé de plainte.

Par ailleurs, des messages concernant certains des plaignants proviennent également du serveur de Monsieur Jacques Bloom (Treuzy-Levelay), il s’agit de: Edward Eckhart, Émile Enzensberger, Irène Garp, Claude Gregorovius. D’autres encore, concernant Theobald Benato, Anne Labadie, Eugénie Ostapenko, Othon Winston, Ranou Bellaud de la Bellaudière, Thierry Thomas, Elena Elytis proviennent du serveur de Monsieur Omar Bumstead installé sur la commune d’Arville.”

Bien compliqué tout ça, pense René Leys, non seulement il y a plusieurs lieux d’émissions mais Johanna Dedalus envoie des menaces à son frère Jacques Bloom et il y a apparemment plus de personnes concernées que ce que je croyais… Après tout, pourquoi pas… Mais qu’est-ce que ces deux là peuvent bien avoir à faire avec Bumstead?

   Le Gâtinais  0 commentaire
[15/10/2007 12:24]
Si je comprenais tout ce que j’écris, pourquoi écrirais-je ?

Mircea Eliade. Isabel et les eaux du diable.

Le Gâtinais est un pays étrange: sous ses aspects paisibles et champêtres, il celle en fait des haines et des rivalités redoutables. Dans ce non-lieu, l’ennui est définitif que diffuse le vent incessant du plateau que freinent seuls les quelques bosquets rythmant la profondeur verticale des champs. Ce paysage est un piège: le traverser est sans risques, s’y installer met en danger de morosité. Le temps qui s’y gaspille sans cesse l’est à jamais car il n’y a ni solution de rechange, ni digression, ni parenthèse dans cette uniformité étale de l’absence. Chacun n’y est toujours et à jamais que ce qu’il est, et la plupart du temps il n’est rien. Il n’a par suite rien d’autre à faire que contempler avec angoisse l’inanité de son inexistence. Les apparences et les faux-semblants ne tiennent pas longtemps devant cette évidence perceptible… ou plus exactement, les apparences et les faux-semblants ne font de dupes que ceux qui sentent ne pouvoir vivre sans elles et s’y accrochent comme à de vieilles bouées peu sûres. Chacun ainsi sait, à la fois dans sa chair et sa tendance dépressive, ce que pense n’importe quel autre, ce qu’il ressent, comment il se protège et se dissimule: chacun est transparent à l’autre car tous, devant cet abandon, sont égaux. Et cette faiblesse qui aurait pu créer une certaine complicité, parce qu’elle met chacun à nu et que chacun sait qu’il est à nu devant tous les autres, est le terreau sur lequel pousse une haine quasi générale. Il est en effet difficile d’accepter de n’être rien plus que cette vacuité qui effraie chez les autres: se défendre consiste à se protéger et se protéger à charger autrui de toutes les perversions possibles et ainsi à tenter de se distinguer. Sous les dehors les plus affables, n’être que par l'inimitié… Aussi, les haines et les ressentiments, souvent construits sur des faits anodins, se nourrissent de leur transmission qui font, parfois, la raison d’être des familles. Haïr c’est être et cultiver sa haine, vivre. Chacun est ainsi l’héritier et le porteur de rancunes qui, si elles le dépassent, n’en fondent pas moins son identité.

   Gravures  0 commentaire
[10/10/2007 7:30]
Un très jeune garçon a demandé à un grand romancier la recette du roman.
[…]
Le romancier n’a pas répondu.

Elsa Triolet. La mise en mots.

Le brocanteur, un homme dans la quarantaine, assez corpulent, le visage en coin à fendre les bûches, l’air ennuyé s’avance vers Samuel De Bressac:
— Vous êtes intéressé par ces gravures?
Pour que le commerçant ne puisse pas avoir trop de prise sur lui, De Bressac essaie de ne manifester aucun enthousiasme, de prendre un air vaguement ennuyé quoiqu’un peu intrigué, mais sans plus:
— Je les trouve un peu amusantes… Assez bien faites, surtout ce bouquet d’immortelles, mais sans plus. Vous les vendez combien?
— Cinq mille francs pièce…
— C’est très cher !
— Ce sont des gravures rarissimes, elles datent de 1793 ou 1794 et ont presque toutes été détruites par la police pendant la Révolution.
— Ces bouquets de fleurs ?
— Ce ne sont pas de simples bouquets de fleur… Regardez bien, regardez-les par transparence…
De Bressac prend l’une d’elles représentant des saules pleureurs, s’approche de la fenêtre et l’expose à la lumière. Dans l’entrelacs des branche et des feuilles, apparaît un visage:
— Intéressant, qui est-ce ?
— Celle-ci représente Louis XVI. C’est une gravure royaliste de fin 1793, après l’exécution du roi. Cette autre, dit-il en prenant une image de lanterne magique contient l’image du dauphin. Elle est rarissime, je ne vous la cèderai pas à moins de dix mille francs… Quant à celle-ci, ajoute-t-il en choisissant un bouquet d’immortelles, elle dissimule toute la famille royale, mais elle n’est pas aussi rare. Il y a eu beaucoup de bouquets semblables et il en reste encore quelques exemplaires. Il ne faut pas se fier aux apparences…

   Traquenard  0 commentaire
[26/09/2007 14:09]
Il y a deux sortes de secrets: ceux que nous partageons et ceux dont nous sommes exclus.

Estrid Ott. Bimbi à la ferme.


Le lieu de rendez-vous est un renfoncement en bordure de forêt sur la petite route qui va de Recloses à Villiers-sous-Grez. Irène Garp a indiqué à son correspondant de prendre la descente, passer la voie de chemin de fer désaffectée et qu’il trouverait sur sa gauche l’entrée d’un chemin forestier fermé. Irène donne souvent ses rendez-vous en ce lieu qui a l’avantage d’être extrêmement discret et de permettre à une voiture de s’abriter derrière les buissons qui dissimulent la voie forestière. Elle est venue en avance pour, se dissimulant derrière un bouquet de frênes, voir à qui elle a à faire.
 
Moteur au ralenti, une moto noire s’engage dans le chemin. Son pilote — ou sa pilote car ni le casque noir à la visière fumée ni la silhouette de cuir également noir ne permettent de deviner son sexe — arrête son moteur et s’avance vers la voiture. Irène ne se montre pas : elle préfère en savoir un peu plus. Elle voudrait bien notamment que ce motard enlève son casque pour tenter d’apercevoir son regard. Le motard a l’air intrigué de trouver la voiture vide, tourne lentement autour, l’examine, essaie d’ouvrir une porte, regarde s’il aperçoit quelqu’un mais ne quitte toujours pas son casque. Son attitude soupçonneuse ne plaît pas vraiment à Irène qui a vécu plusieurs aventures désagréables et préfère rester prudente. Elle sait que, là où elle se trouve, il ne peut pas la voir ; il suffit qu’elle ne fasse pas de bruit… Le motard regarde sa montre, reste silencieux. Après environ un quart d’heure, il sort de sa poche un couteau à cran d’arrêt, crève calmement les quatre pneus de la voiture puis s’assied sur sa moto. Attend. La décontraction de sa silhouette sportive donne une grande impression de calme et de détermination. De peur de se faire repérer, Irène n’ose pas bouger. Le motard cherche une branche coupée, la plante dans la terre meuble devant la portière gauche du véhicule puis après avoir retiré un paquet de la sacoche de sa moto, déroule le papier journal qui l’enveloppe. Avec horreur, Irène distingue une tête coupée de femme sanguinolente que, face vers le véhicule, il plante sur la branche fichée en terre. Le motard attend encore un peu puis remonte sur sa moto et s’en va.
 
Irène n’ose pas s’approcher de son véhicule. Ayant plusieurs fois utilisée cette solution de repli, elle sait qu’à une centaine de mètres environ, le chemin forestier aboutit aux premières maisons de Montigny-sur-Loing, elle s’enfuit aussi vite qu’elle le peut.

   Les menaces continuent  0 commentaire
[10/09/2007 14:19]
Comme je l’expliquerai plus en détail en son lieu, je n’avance pas en ligne droite dans la narration, selon un axe qui pourrait être, par exemple, celui du temps raconté, mais par branches, entre lesquelles il faut répartir à mesure (et pour l’instant plutôt grossièrement) les choses écrites.
Jacques Roubaud, Le grand incendie de Londres.
 
Le soleil fait pénétrer ses rayons jusqu’au centre de la chambre, Eugénie est tassée dans un fauteuil défoncé auprès du lit de Félix Rambert, son cousin qui a cessé de s’alimenter depuis que les médecins ont diagnostiqué un cancer de l’intestin trop avancé pour être opérable. Depuis sa dernière hémorragie, elle vient souvent à son chevet. Elle a l’air épuisée et soucieuse, fume nerveusement. Félix repose, inconscient, sur le lit où des taches de sang mal lavées demeurent comme des souvenirs indélébiles. Il est gris comme ses draps. L’appartement est plein de souvenirs. Le docteur Winston regarde Eugénie aussi terreuse que le mourant, s’inquiète pour sa santé : — Avec tous ses calmants il ne souffre pas et ne sait même pas que vous êtes là, vous avez l’air épuisée, vous devriez prendre un peu de repos … — Inutile, en ce moment je ne peux pas dormir… — Il le faut pourtant… Parce que sa solitude, aggravée par la maladie de Félix, son seul confident, lui pèse, Eugénie a envie de parler, elle ne résiste pas au besoin de se confier. — Je ne peux pas… Si vous saviez, c’est très dur !… Je reçois tous les jours des messages de mort… — Vous aussi ! s’exclame le docteur, c’est plus grave que ce que je pensais, qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Savez-vous s’il y a d’autres personnes concernées ou si nous sommes les seuls ? Monsieur Rambert en a-t-il reçu lui aussi ? — Non, je ne sais rien de tout ça… — Je vais me renseigner dit le docteur Winston qui, avant de se retirer, ajoute : Je vous tiens au courant…

   La raison après tout  0 commentaire
[31/08/2007 15:16]
Des mots, des mots, des mots, je ne saurais rien me rappeler de précis: le jour est transparent... Avance en levant des yeux préoccupés, l'homme est debout, c'est un jeu de mots… ça parle, ça parle; été: est le seul qui a suivi la conversation depuis le début... Alors quand ? - je n'ai jamais dit ça ! Charlus referme la bouche - en voilà une sacrée histoire, dit Rachel ! Peut-être que l'homme a besoin de diversions et qu'il ne faut pas les lui refuser; seriez-vous capable d’en faire autant? Sa femme y mettra bon ordre, a raison après tout... Tranquille - après tout il y a beaucoup de vrai dans tout cela; il fait bon; l'arme?... Au fond ce n'est pas une surprise. L'atmosphère est pesante... Reste immobile. Etesvoussûrdeça... Regarde les oiseaux à la recherche de vers de terre sur le bord de la rivièr...

Mange une part de tarte aux pommes... Des cognassiers viennent de chaque goutte de son sang. Parlemente, Steering paraît vouloir tuer Bressac avec furie: la mémoire traîne sur les chênaies: examine un plan-relief de 1790, signé Ladevèze, représentant Avon ! Il a déjà rêvé quelque chose de ce genre: une chaleur paisible pénètre dans ses muscles. Organise le chant des clartés de la perception... Or des chasseurs surgissent de toutes parts! Juste! Demeure étranger à tout - rien ne va plus... Il est dans une pièce tendue de noir; ornée d'ossements, de têtes de cadavres - un gendarme met en place le sein des huîtres - l'univers se contient contre la mollesse: cache Dominique Gregorovius aux yeux de Gwendoline Raisson; il se défend contre mille papillons de papier; se compose un alcool violent de la solitude. Des Harpies fondent sur lui : les gens sont des choses... Les nervosités sont colossaales : dans l'usine, Steering désigne des branchages merveilleux... Dans son rêve tout ça est naturel...

   Entre Montaouroux et le mont Récoux  0 commentaire
[27/04/2007 7:00]
Minuscules champs sertis dans le moindre creux des collines, passion méticuleuse du silence qui s’approfondit. Ce qui fait défaut, c'est le souffle… Posés ça et là comme des pièces d'échiquier, des pins minuscules creusent l'espace. Le bonheur de Bréauté se construit d'absences. C'est par mille chemins qu'il faut se hâter vers l'avenir. Nul œil ne peut être plus clair ou plus brillant que l'œil qui n'a rien à créer, rien à faire que de chercher à voir. Son cœur est triste jusqu'à la mort de nostalgie et d'anxiété.

L'horizon merveilleux équilibre l'espace sur l'espace. Il n'a que mépris pour le caractère inévitable des choses et l'acte volontaire ne lui est rien, il pense n'avoir jamais été empli de mouvements plus doux, pense qu'il a toujours vécu en ces lieux.

Un merle s'enfuit en rase-mottes. Quelque chose vacille en lui, qui touche aux racines mêmes de sa vie. Il souffre de toutes les choses et, souffrant d'elles, en jouit. Il voudrait n'être qu'un rayon du jour. Il espère le monde de cette façon là. Changefèges, Le Gerbail, La Chaumette, Les Ribes, La Viale, Hures, Champerboux… autant de sources d'où jaillit le flot des images de son passé. Le ciel est absolument pur. Ses parents persistent à grandir en lui. Qu'est-ce que le temps? Si personne ne le lui demande, il le sait… Mais si on le lui demande, et qu'il veut l'expliquer, il ne le sait plus. Il cueille un brin d'herbe jaunie et le porte à sa bouche pour en ruminer le goût douceâtre, continue à scruter le fond de la vallée de sa mémoire. Flâneries, il se tait. Dans la lente respiration sourde des bois, il entend la voix de tous ses ancêtres, pense au passé… Spectacle brun. Le paysage lui est infini. Les collines lointaines limitent doucement une steppe jaunâtre. Seule note moderne dans la nature, un paysan au loin s'affaire sur son tracteur. La poussée de ses ancêtres soulève son esprit. Il pense que c'est le contraire d'un pays à idées fixes. Un parfum d'herbes trop sèches traverse la pâleur du jour. Il sait que les vallées sont là, abruptes, menaçantes, mais n'en veut rien connaître, prend le décor à témoin : les vagues tâches colorées des champs d'herbes jaunâtres, celles des ombres, les moirures des moisissures sur les pierres, lui semblent porter les filigranes de visages familiers. Tous les jours lui sont sacrés. Il voudrait faire quelque chose… Il voudrait tant aider le monde à accoucher de sa vérité. D'un geste vif de son bâton, il coupe la tête des chardons. Le progrès est une victoire sur l'indolence.

Le frémissement et les sonorités du silence se déroulent paisiblement dans de larges échos lents et tranquilles que rien ne trouble depuis longtemps. Les pierres ne connaissent de traces que celles qui vont vers son passé. Un nuage d'images floues tourbillonne dans sa tête.

   Dans le paysage  0 commentaire
[21/02/2007 4:20]
Il se force à se redresser, respire profondément… La verdure seule l’apaise, ses souvenirs le font avancer, ses rêves le transportent plus loin encore. Il pourrait quitter tout cela, ne s'y résigne pas. Son histoire est si simple, il ne s'agit plus ici de faire son bonheur. Vert-sang, rouge… Il aime ceux qui ne veulent pas se conserver. Il faudrait faire quelque chose, l'inconnu autour de lui le regarde d'un œil pensif. Son temps lui est personnel et privé… Pourra-t-il jamais acquérir la sérénité ?… Il aspire à tout ce qui peut arriver. Chaque jour est un fruit. Parfois, pour ne plus voir, il ferme les yeux.

L'air du soir se recueille. Murmures ; il voit, à quoi sert d'évoquer les oiseaux lorsqu'on ne les regarde pas.. Dans les buissons épars s'agite le vert tendre des mésanges. Il ne sait plus très bien où il va, peut-être faut-il savoir mourir, il ne sait en vue de quoi vivent les gens, éprouve cependant pour toute chose un étrange sentiment de gaîté : le paysage, c'est à l'intérieur de lui-même qu'il le porte au point qu'il se demande parfois si tout ce qu'il parcourt là est un monde réel ou, plutôt, s'il n'est pas de l'ordre de l'imaginaire. La vie est si irréelle. Il n'est pas pressé. Où trouver dans le passé des certitudes, des points fermes, un équilibre ou un appui? Il sait ces nuits où l'épervier de la lune surveille le matin.

Glaise vert-ocre… "C'est toujours compliqué et délicat de faire revenir les morts, de souhaiter leur retour…" Des cailloux beiges aux éclats ocre jalonnent le chemin. Dans ces infinités de nuances du jaune au vert, le franc rouge brique de la terre a tout d'une provocation. Ses mots sont douloureux. Ce pays est libre et sauvage; il n'est pas vrai que le silence parle. Son cœur est triste jusqu'à la mort de nostalgie et d'anxiété. Il sait combien il est difficile de résister au désespoir. Genévriers. Certains survivent. Il est porté en avant par ses souvenirs, ramené par eux en arrière… connaît assez bien ses possibles. Les rouges, ceux profonds et gras de la terre ouverte, ceux allègres et violents des fruits d'automne, éveillent de loin en loin la joie dont toute cette paix est faite. Il sait ce qu'il est, d'où il vient ; il sait son être, a besoin de parler à ces gens qu'il ne connaît pas, mais redoute leur rencontre.

C'est par l'observation de son passé qu'il est parvenu à savoir qui il est.