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   Divagations  0 commentaire
[01/11/2008 12:35]

Tout à coup, sans que personne en sût la cause, les vierges de Millet commencèrent à se pendre.

Marcel Schwob, Les Milésiennes

Des filles le frôlent de leurs vulves gonflées... Une chaleur paisible pénètre dans ses muscles; les maisons sont quelconques, délire - les désorganisations sont gigantesques... Voit Hanneton et Bellaud, hurle "Bellaud", "Bellaud", sans discerner le vrai sens de ce hurlement; des Harpies fondent sur lui et dans le noir sous leurs ailes il ne voit rien d'autre que leurs yeux... La mélancolie erre sur les chênaies. Entend les pleurs d'un nouveau né... Les gens sont des choses et toutes les choses deviennent des gens... Bellaud lui sourit... Il y a une vieille femme qui sent l'orange ou la groseille; les sous-bois sont surchargés noirs: un tourbillon d'ondes se met à danser sur les murs comme un carroussel imprévisible: voit surgir un juif dont il sait qu'il est nommé il portant un bébé endormi; perçoit les oscillations souveraines et amoureuses des prisonniers, des poiriers passent de chaque goutte de son sang! Parlemente! Une lueur modifie la façon dont les sons s'allongent et se présentent dans la nuit; perçoit dans le lointain une voix crier le nom "Nonville" ou "Isles-sur-Lunain", ne sait plus - le monde s'occupe contre la nonchalance. Les cris se transforment en quelque chose de plus divagant et apeuré: il retire de ce rêve une étrange impression de malheu...





   Des difficultés du mariage  0 commentaire
[29/10/2008 11:58]

elle dit: qui rallumera la lumière et pourquoi

elle dit : les paupières sont des chiffons froissés

Mathieu Bénezet, Ne te confie qu'à moi

Fulvie Blanche n'aime pas son mari ou plutôt elle le déteste... Le mariage  devrait être pour elle  l'union de deux consciences non l'enchevêtrement de deux corps -  n'a pas la consolation de se réfugier dans la prière! Fulvie s'habille mal pour éviter toute séduction: ne veut pas qu'il la désire. Ne laisse pas son époux l'embrasser - quand Madame Blanche se refuse, il est de mauvaise humeur et fait des allusions gênantes devant les étrangers; Fulvie vit dans un sentiment constant de culpabilité! Si Blanche n'avait pas de corps, Fulvie Blanche l'aimerait sans doute davantage, sous n'importe quel prétexte   se couche de plus en plus tard dans l'espoir que son époux se soit endormi avant elle:  n'a jamais pu faire l'amour dans la lumière! Fulvie a l'impression d'être une putain, une putain qui fait son boulot, se dit qu'elle aurait aimé vivre dans un couvent! Ne supporte plus ce type dans son lit! Elle est frigide... Quand Ahmed l'oblige à coucher avec elle, elle donnerait n'importe quoi pour être débarassée de lui: Fulvie serait prête à payer elle-même pour que son époux aille coucher avec une autre femme: Fulvie Blanche ne croit pas en l'amour depuis qu'elle sait ce que l'amour exige. Fulvie a voulu croire un temps que c'était son époux, son corps qu'elle ne supportait pas, mais une brève expérience avec Julio Cortazar lui a démontré son erreur! C'est une impression désagréable, Fulvie fait pourtant des cauchemars érotiques, la simple idée de mains caressant son corps lui donne envie de vomir... Comment faire avec ça? N'a fait l'amour volontairement que lorsqu'elle voulait être enceinte!





   Des amours anachroniques  0 commentaire
[28/10/2008 9:59]

On va prendre le risque, a-t-elle dit en faisant la grimace.

David Lodge, La vie en sourdine

Y a-t-il donc des amours anachroniques? Il m'a fait ce que je suis! Notre passion l'un pour l'autre n'a effectivement pas besoin d'être protégée - je me sens divisé entre le bien et le mal; il a toujours partagé mes pensées - je voudrais tant retrouver notre passé - nos années d'enfance ont établi entre nous des liens d'affection et de joie que rien ne peut rompre, il y aurait trop à dire. Nous avons beaucoup ri et beaucoup pleuré ensemble. Je sens remonter en moi tout le parfum de mon enfance: je pense ce qu'il ressent - il croyait qu'il serait heureux, dès que je pense à mon enfance je nous vois - me parler est comme lui parler! Je perds beaucoup quand je ne suis pas avec lui, il a créé mon vrai moi, j'ai toujours aimé sa chevelure! L'ambition et le dévouement alternent dans sa félicité, y a-t-il donc des amours anachroniques? Il a pris possession de moi d'une manière ou d'une autre, il y a entre nous un solide courant de sensations qu'il est malaisé de ne pas reconnaître. Le goût de chaque chose me revient: nous avons les mêmes expressions mais nous cachons tellement nos pensées que nous ne savons pas ce que nous voulons - nous finissons par nous ressembler...





   Amour  0 commentaire
[08/06/2008 10:58]

Tu n'imagines pas comme elle était attachante à considérer quand nous marchions le long d'une rue comme celle-ci, vers ces mêmes heures.

Jules Romain, Les hommes de bonne volonté

Elle est l'être le plus merveilleux que je connaisse, je veux lui donner ce qu'elle désire - personne ne pourra jamais être aussi proche de moi, y a-t-il donc des amours anachroniques? On dirait qu'elle saisit parfaitement ma façon de penser - elle m'a fait ce que je suis; je perds beaucoup quand je ne suis pas avec elle. J'aime sa passion dans le plaisir... Je ne lui ai jamais menti, je n'ignore pas qu'il faut compter avec ses décisions... Nous sommes deux doubles; je sais les changements qui se produisent en nous; notre passion l'un pour l'autre n'a tout à fait pas besoin d'être protégée... Elle devine toujours ce que je vais dire: c'est elle qui m'habite; je sens le lien solide qui nous unit: elle a décidé de jouer à ne pas être vue - nous avons beaucoup ri et beaucoup pleuré ensemble, me parler est comme lui parler: le besoin que nous avons l'un de l'autre est éternel; l'espoir et le risque alternent dans sa félicité; notre amour paraît inadmissible à la plupart des hommes. Je sens remonter en moi tout le parfum de mon enfance: Elle croyait qu'elle serait heureuse...


   Entre jambes  0 commentaire
[07/04/2008 14:25]

Mes félicitations c'est sûr tout a trouvé maintenant

la bonne place

Petr Kral, Hum ou Marge d'erreur

Quand la flamme sensuelle passe par son ventre, croit réellement mourir! Elle a les seins qui tombent. Oriane a envie de fondre dans sa bouche sensuelle. Sa bouche dévore tout son corps - Charlus l'empale - son conin est rouge, Oriane relève ses jambes, dos cambré, offre son sexe comme un bouquet rouge et luisant! Charlus lui lèche le ventre: son corps tremble de jouissance et de désespérance - il y a bien longtemps qu’Oriane n'a pas éprouvé un désir aussi solide et dur: son esprit galope fièvreusement tandis que Charlus respire le parfum excitant de sa peau. Son sang se met à danser; Oriane ne résiste pas - Charlus la broie. Elle a le désir de mordre dans ce grand corps voluptueux - l'érection de Charlus dure toute la nuit; Oriane s'offre toute entière! Oriane rêve qu'elle touche dans son sommeil la douce chaleur d'un corps; Charlus lui embrasse le cou là où les veines palpitent; Oriane est obsédée par le souvenir de toutes ces mains d'hommes sur son corps: pendant un moment Charlus reste immobile en elle - un homme avec une toison en croix sur sa poitrine et sur son ventre; son corps est un champ électrique sensible à la main de l'homme! Un homme au corps lourd.


   D'Argencourt à…  0 commentaire
[06/03/2008 14:45]

Mon but ici est de progresser dans

le sentiment du temps, la leçon

du temps.

Lisa Robertson,Action Poétique n° 191-192

Qu'il me serait doux de dormir en pensant à vous — quels plaisirs ne me donnerait pas votre présence

Je suis capable de plénitudes perpétuelles, des trouvères défilent avec des clichés de vous, un lieu de chants et d'amour, le clocher tremble sur le bleu du ciel: je sens ce que je n'ai jamais senti (l'esprit n'imite pas toujours les expressions du cœur), malheureux que je suis, j'ai une authentique nostalgie de mon enfance et de sa complète absence de problèmes; je souffre, mais cela ne m'empêche pas de vous aimer, comment dire cela… Je suis persuadé que je vous entends mieux que je ne m'exprime. Je mâche continuellement la saveur de vos baisers, oh comme vous me rendriez heureux si votre âme insensible pouvait se remplir d'une partie des feux dont la mienne est agitée. J'accepte cependant la part que vous m'offrez.

Je vivrais volontiers seul, je ne vois plus personne, vos rigueurs me coûteront le monde… mais venez ce soir.

Il n'y a rien que je ne puisse faire pour vous prouver combien je vous aime, certaines pensées sont trop dangereuses. Le paysage est provisoire… la lune brille, la vie n'est linéaire que par nécessité physique après coup - toute mon histoire n'occupe que trop peu d'années, les voix se mêlent aux voix, je n'aime personne, ne suis aimé par personne, la ville ne parvient pas à se faire une idée de la passion.

Je suis incapable d'imaginer un matin sans vous. Je vous aime éperdument, je vous ai cru provocatrice, je sais aujourd'hui qu'il n'en est rien. Venez à moi.

Argencourt


   Le corps est notre seule vérité  0 commentaire
[29/12/2007 12:58]
J'ai encore regardé et, d'une seconde à l'autre, la salle, le public, les loges, les guirlandes d'ampoules, c'était comme si tout avait disparu.
 
Félicien Marceau, Creezy 
 
Le corps est la seule vérité : "je lèche le trou de son cul"... Ce n'est qu'en multipliant les désordres que nous atteignons le bonheur. La nature nous a fait tous  égaux - je suis en droit de réclamer cette liberté qu'une simple mesure de liberté m'a ravie, car le crime tombe dès que la loi n'existe plus, j'étais patriote avant la révolution, il est bien plus essentiel de savoir souffrir soi-même avec courage que de s'habituer à pleurer sur les autres. Déjà vingt ans de prison... Il n'existe pas de havre de paix où se mettre à l'abri du mal, du tourment et de la solitude... Chacun de nous aime en l'autre l'interdit qui est une raison assez impérieuse de jouir... Lois du corps et du besoin (je la trousse d'une main jusqu’au nombril introduis de l'autre un de ses doigts dans le con), la dureté des riches légitime la coquinerie des pauvres ! Toute morale est une convention... Il n'existe aucune méthode pour se préparer à l'horreur - détruisons tous les préjugés, la liberté comme métaphore : l'affolement de la mort rend plus audacieux - c'est la plus grande de toutes les extravagances que de résister aux intentions de la nature sur nous ! La jouissance : il verse sa liqueur dans ma bouche... Or j'ai tant espéré vivre en plein jour, la prospérité s'accompagne de l'abomination. Le gouvernement s'embarrasse fort peu des individus...

   Je voudrais vous aimer  0 commentaire
[14/08/2007 9:10]
Des rues presque désertes, silence. La chaleur coule intarissablement : de temps à autre un chien, un griffon ou un carlin, renifle avec application le pied d'un arbre; demeurer à Fontainebleau suppose quelque détachement du reste du monde encore et encore j'ai veillé jusqu'ici en vain, Germaine - comment, chère Germaine, vous taire la vérité... Je voudrais vous aimer, s'il était possible, plus que je ne vous aime... Je vous aime de toute mon âme — io vi amo con tutta l'anima. Je souhaite que vous m'aimiez autant que je souffre à la moindre preuve d'indifférence. Je me soumets à tout parce que je ne pourrais vivre sans vous voir, je me sens important et unique au risque d'en mourir - io voglio esser vivo almeno per scrivervi ! Un amoureux n'a qu'un nombre limité de choses à dire; je suis dans un état de tristesse et de torture où vous ne pourriez me voir sans pitié; si j'étais assez heureux pour vous donner des preuves, je pense que les mots peuvent parfois prendre le goût intérieur des herbes - j'ai tant besoin d'amour ! Qu'importe je vous ai dit toute la nuit les plus belles choses du monde.

Jean-Pierre

   De Charlus à Gilberte  0 commentaire
[02/05/2007 16:06]
Origine et destin doivent rester inséparables. Je suis à Carcassonne pour quelques jours. Je marque un arrêt dans le quotidien - la lune jette sur le toit des lueurs bleues… le plus naturel me semble miraculeux, soirée où malgré la pluie on aperçoit la lune…

Trop de journées se sont passées depuis votre dernière lettre.

Gilberte, je suis fou de vous, je suis incapable d'imaginer un matin sans vous, parlementer avec mes êtres intérieurs et avec ceux que j'aime, les absents comme les morts… je tourne autour de l'avenue du Général Leclerc et désespère de vous y trouver;  votre présence à Carcassonne me comblerait… je vous attends demain rue des trobaïritz autour de deux heures;  ne savez-vous pas que les histoires en disent plus que tout le reste.

Ne me forcez point à vous fuir,

Charlus.

   De Germaine à Norpois  0 commentaire
[23/04/2007 9:20]
Je vendrais mon âme pour vous. Je suis prête à tout sacrifier pour vous, ma passion ne peut plus attendre - l'épouvante m'envahit comme une hystérie - que vous me rendriez heureuse si votre âme affolée pouvait se remplir d'une partie des feux dont la mienne est agitée, votre présence me comblerait; mon amour me force à vous haïr. Je ne suis plus que ce bonheur que nous avons ressenti tour du Trésau où nous nous sommes séparés (pel joi qe-ns fim lai o-ns partim), le temps porte ses fruits, les distorsions des hommes dépendent de leurs sens, marcher entre le ciel et la terre. Carcassonne est enfermée dans un cercle, la mélancolie est une invention… les murailles sont des inscriptions lumineuses.

Comment pourrais-je ne pas penser à vous, pourquoi, Norpois, ne pas dire toute la vérité, Norpois, je ne peux plus me taire. Mon chant tire l'admiration de la pénombre… comment fuir. Serais-je sans arrêt dans des angoisses de vous perdre - pourquoi me faire des reproches; telle est la violence de la passion… je suis avec vous comme un instrument cécite comme un être que vous seul animez, qui ne peut plus avoir d'autre âme que la vôtre, l'amour, qui n'est jamais sans peur de déplaire, me fait penser que vous avez pu changer, je vous écris sans bien savoir ce que je fais… j'aimerais mieux vous voir mort qu'inconstant… je peux à peine respirer. Vos rigueurs me coûteront la vie, quelque injustice que vous me fassiez, je vous pardonne tout.

Je me sens un peu flottante car je n'ai jamais encore écrit de lettres d'amour - comment vous dire tout ce que j'ai à dire… j'aime les pariétaires et en achète régulièrement et vous les offre en pensée - je n'ai jamais senti un tourment aussi aigu, à Carcassonne, rue Saint-Louis, sur un mot que vous avez dit, j'ai pleuré, laissez moi le plaisir de croire que vous n'avez pas encore lu au fond de mon coeur… je tourne autour de Carcassonne comme une âme en peine; je suis malade et malade d'amour - je meurs où vous n'êtes pas - je vous aimerai toute ma vie, s'il se peut, que je ne vous aime à présent - que vous me rendriez heureux si votre âme pouvait se remplir des feux dont la mienne est agitée. Je souffrirais de ne plus vous voir, et j'aurai trente-huit ans dans quelques jours.

Je ne sais plus vivre sans vous, quelque part je suis folle au point de ne penser qu'à vous. Je vous écrirai tous les jours; je serai demain à Carcassonne.

Vôtre

Germaine

   De Damien à Gilberte  0 commentaire
[31/03/2007 14:06]
Comment pourrais-je, Gilberte, vous oublier. Je me damnerais pour vous, que de pulsions diaboliques il me faut réprimer pour aimer - Carcassonne m'entraîne dans ses danses, je ne suis plus à moi - je suis folle au point de ne penser qu'à vous, ma vie est une inquiétude de chaque minute, il y a trop longtemps que je ne vous ai vu - je vous aime trop pour risquer de vous perdre.

J'entends des pas feutrés - j'ai connu plusieurs aventures ressemblant à l'amour, mais jamais le vrai. Les heures indifférentes s'empilent les unes sur les autres. Ieu vos am tan celadamens, en secret je vous aime tant - la lumière avance. Je passe dans la vie.

Je vous abandonne mon coeur - de Damien à Gilberte. Je vous avoue, Gilberte, que j'ai fait bien des fautes, je n'ai aucun ami… hélas… la passion ne s'obtient pas elle s'arrache, à qui pourrais-je confier mieux qu'à vous le désir que me donnent des espoirs si enchanteurs, vous êtes la plus particulière des femmes - peut-être êtes-vous bien loin de ce que je ressens - depuis notre rencontre si éblouissante je tourne autour du canal de l'Aude et désespère de vous y trouver, faites réflexion sur la vie que je veux avoir avec vous. Je ne me lasserai jamais de combattre pour mon amour. J'attendrai donc de vos nouvelles avec impatience… je me passe facilement d'argent, je ne peux me passer d’amour.

Je vous écrirais jusqu’à demain si je n'entendais venir la nuit, au-delà, je ne sais jamais ce que je dis quand je ne dis pas que je vous aime.

Ah, Gilberte, vous savez mal aimer.

Damien.

   Lettre de femme  0 commentaire
[22/03/2007 8:34]

Non, je ne vous pardonne pas, j'estime que les gens n'occupent pas leur place sociale par hasard, qu'il y a des êtres supérieurs et des êtres inférieurs, je me demande de temps en temps si j'aurais l'énergie de passer à l'acte, mais ma passion ne peut plus attendre.

Tant que je vous verrai à Carcassonne, je ne serai pas certaine de moi, mon existence est une inquiétude de chaque minute, votre présence me comblerait, j'ai toujours été tranquille; j'ai vécu avec Martine un grand amour incontrôlable mais réprimé qui fut à plusieurs points de vue destructeur - jugez ce que tout cela peut faire sur un coeur qui n'est ni insensible ni ingrat… je désespère de ne jamais pouvoir être aimée de vous… l'amour que j'ai pour vous vous rend sans fin présent; je vous aime et je ne me lasserai jamais de combattre pour mon amour… je suis vaincue… suy be vengutz.

Ne me forcez point à vous fuir, je vous aime plus qu'il n'est possible.



   Lettre d'Irene Azuela  0 commentaire
[25/02/2007 11:57]
Je ne me pardonnerais pas, Manu, de vous importuner éternellement…

J'ai veillé jusqu'ici en vain, Manu, je suis avec vous comme un instrument aveugle comme un être que vous seul animez, qui ne peut plus avoir d'autre âme que la vôtre, je voudrais réinventer la terre, l'air ou le feu - je suis persuadée d'avoir de nombreux ennemis dans le milieu musical… je ne devine pas les raisons de l'amour… si vous étiez capable de quelques émotions. Ne voyez-vous pas combien votre empire est insoutenable… je suis infecte envers tous ceux qui ont le malheur de s'intéresser à moi.

On est du côté de la terre;  ciel lourd d'orage;  le futur se projette sur les murs, le paysage s'oublie dans Carcassonne. J'aime tout ce qui a le regard transparent et qui parle franchement, c'est au moment du malheur qu'on s'habitue à la vérité c'est à dire au silence, la lune est ronde comme une pierre incandescente.

Je ne bouge plus de Carcassonne, et je suis si loin de ma raison.

   Lettre anonyme  0 commentaire
[20/02/2007 16:41]
Françoise je vous supplie de vous taire comme un chasseur à l'affût j'aime regarder, considérer et je traîne dans la campagne, dans les forêts, aux abords des cités pour surpendre mes proies je ne m'excuse pas de mes désirs et j'aimerais tant que ceux que j'aime m'aiment aussi un peu et la chair est ma prière et j'ai une mémoire précise de tous les corps que j'ai une fois collés au mien et il faut que je verse mon sperme comme d'autres leur sang j'ai besoin d'être là et pour tout cela je suis condamné à vivre seul et je suis comme je suis et pourtant personne ne doit savoir et pourtant personne ne veut savoir et pourtant je crois en dieu je suis comme ça et mon métier est une rage que je me suis imposée la menace d'être découvert excite mon impulsion encore et Françoise - ou qui que vous soyiez - ne me condamnez pas sans essayer de me comprendre et pourquoi cette folie des corps et rien ne peut m'arrêter et je ne suis que rein et dague et il m'arrive parfois de souhaiter mourir et mourir dans l'anarchie et la force de la jouissance et j'ai besoin de surpendre... J'aime la douceur de la peau et je suis fait ainsi j'ai des besoins insatiables et pourtant personne ne veut savoir et pourtant je crois en dieu, je crois qu'il ne peut pas m'abandonner à mes monstruosités mourir dans le chaos et la passion de la jouissance et qui me soupçonne et j'ai besoin d'être là et des corps, des corps, jeunes, frais et plus rien ne peut m'arrêter et je suis comme je suis et je dois goûter à toutes les bouches, toutes les peaux et j'ai une mémoire précise de tous les corps que j'ai une fois fondus au mien, mon esprit est plein d'images de corps dépouillés, de sexes je n'existe que par le corps des autres je ne supporte pas de voir d'autres que moi avoir des relations sexuelles je suis un dévorant et j'ai renoncé à lutter contre moi-même et rien ne m'intéresse effectivement que le sexe, n'importe quel sexe et que de fois j'ai dû me cacher ou fuir et toute ma vie n'est que d'épiderme j'aime regarder, contempler et inutile d'essayer de me modérer, je sens toujours en moi la poussée impérieuse du désir et il m'arrive parfois de souhaiter en mourir et...

   Lettre d'Albertine à Norpois  0 commentaire
[13/02/2007 10:34]
My dear Charles,

je suis persuadée, Franck, que quand le dépit vous aura jeté dans mes bras, l'amour vous y retiendra, je vous supplie, Franck, que je vous puisse parler aujourd'hui, à quelque heure du jour - lune lune;  pourquoi devez-vous me laisser dans les chagrins de ma solitude, si vous ne m'aimez pas, ne le dites pas.

Je meurs de l'amour de dire le vrai - ne parlez plus de raison, un regard, un geste, prouve plus en certaines occasions que les discours les plus extrêmes - je n'imagine rien au-delà de vos désirs… qu'une femme est à plaindre quand elle aime;  je tremble quand j'y pense - je pense tout le temps à vous - je ne peux m'interdire de vous apprécier, votre sourire qui me poursuit sans répit, tout me fait discerner mon amour… il n'y a rien que je ne puisse faire pour vous prouver combien je vous aime;  je suis odieuse envers tous ceux qui ont le malheur de s'intéresser à moi; je fais toujours de mon mieux pour glisser, dès que je le peux, d'une voix timide et mal posée, mon grain de sel dans la conversation pour parler de vous, mais sans aucun succès… Je ne peux penser qu’à vous…

Ne m'oubliez jamais.


   Lettre de Germaine Argencourt à Charles Norpois  0 commentaire
[31/01/2007 13:57]
Je suis certaine, Charles, que quand le dépit vous aura jeté dans mes bras, l'amour vous y retiendra; souvenez-vous toujours, que j'ai manqué de pouvoir; qu'est-ce donc qu'une lettre d'amour; Gilberte n'a effectivement jamais accepté d'avoir à prendre quelque décision que ce soit. L'idée de ne pas être aimée de vous est une considération que je ne saurais soutenir, vous aimer est une grande torture, Charles, j'attends avec impatience que vous acceptiez de me voir - je ne suis plus moi, je ne peux plus répondre de rien, ne parlez plus de raison, que deviendrais-je hélas si je venais à vous perdre, l'amour est ma seule vérité. Pourquoi faut-il que vous me parliez d’Albertine ? Je ne passe que de mauvaises nuits; qui tiendra une place plus grande dans les jouissances que j'attends. Si vous voulez ma mort, je vous irai porter une arme, I love you so much, j'ai l'impression d'attendre quelque chose…

Prenez pitié de moi.
 
Votre Germaine 

   Lettre du général Proust à Germaine  0 commentaire
[20/01/2007 12:10]
Ecrit de Carcassonne, Germaine, je suis fou de vous. Germaine, je vous aime… si une lettre d'amour a besoin d'intrigues, celles-ci n'ont à être ni uniques, ni linéaires.. je ne vis que pour vous; malheureux que je suis, je vous sais indifférente et je vous pardonne - pourrais-je vivre un instant sans vous… il y a des choses qu'on voudrait s'interdire à soi-même. S'il y a quelque chose qui m'empêche d'être cru quand je parle de passion, c'est que je parle trop bien, acceptez de me voir par moments; je vous aime plus qu'il n'est possible; tout cela est vrai; je vous écris pourtant j'ai peur de vous voir, de vous regarder, encore plus de vous parler; ce n'est pas en cessant de me faire souffrir que vous pourrez obtenir mon inimitié… "je vous aime", devrait tenir lieu de tout. J'ai inépuisablement besoin de vous… je ne vis pas, me laisse vivre…

Je suis fâché contre moi-même de vous aimer à ce point.

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