Il se force à se redresser, respire profondément… La verdure seule l’apaise, ses souvenirs le font avancer, ses rêves le transportent plus loin encore. Il pourrait quitter tout cela, ne s'y résigne pas. Son histoire est si simple, il ne s'agit plus ici de faire son bonheur. Vert-sang, rouge… Il aime ceux qui ne veulent pas se conserver. Il faudrait faire quelque chose, l'inconnu autour de lui le regarde d'un œil pensif. Son temps lui est personnel et privé… Pourra-t-il jamais acquérir la sérénité ?… Il aspire à tout ce qui peut arriver. Chaque jour est un fruit. Parfois, pour ne plus voir, il ferme les yeux.
L'air du soir se recueille. Murmures ; il voit, à quoi sert d'évoquer les oiseaux lorsqu'on ne les regarde pas.. Dans les buissons épars s'agite le vert tendre des mésanges. Il ne sait plus très bien où il va, peut-être faut-il savoir mourir, il ne sait en vue de quoi vivent les gens, éprouve cependant pour toute chose un étrange sentiment de gaîté : le paysage, c'est à l'intérieur de lui-même qu'il le porte au point qu'il se demande parfois si tout ce qu'il parcourt là est un monde réel ou, plutôt, s'il n'est pas de l'ordre de l'imaginaire. La vie est si irréelle. Il n'est pas pressé. Où trouver dans le passé des certitudes, des points fermes, un équilibre ou un appui? Il sait ces nuits où l'épervier de la lune surveille le matin.
Glaise vert-ocre… "C'est toujours compliqué et délicat de faire revenir les morts, de souhaiter leur retour…" Des cailloux beiges aux éclats ocre jalonnent le chemin. Dans ces infinités de nuances du jaune au vert, le franc rouge brique de la terre a tout d'une provocation. Ses mots sont douloureux. Ce pays est libre et sauvage; il n'est pas vrai que le silence parle. Son cœur est triste jusqu'à la mort de nostalgie et d'anxiété. Il sait combien il est difficile de résister au désespoir. Genévriers. Certains survivent. Il est porté en avant par ses souvenirs, ramené par eux en arrière… connaît assez bien ses possibles. Les rouges, ceux profonds et gras de la terre ouverte, ceux allègres et violents des fruits d'automne, éveillent de loin en loin la joie dont toute cette paix est faite. Il sait ce qu'il est, d'où il vient ; il sait son être, a besoin de parler à ces gens qu'il ne connaît pas, mais redoute leur rencontre.
C'est par l'observation de son passé qu'il est parvenu à savoir qui il est.