Minuscules champs sertis dans le moindre creux des collines, passion méticuleuse du silence qui s’approfondit. Ce qui fait défaut, c'est le souffle… Posés ça et là comme des pièces d'échiquier, des pins minuscules creusent l'espace. Le bonheur de Bréauté se construit d'absences. C'est par mille chemins qu'il faut se hâter vers l'avenir. Nul œil ne peut être plus clair ou plus brillant que l'œil qui n'a rien à créer, rien à faire que de chercher à voir. Son cœur est triste jusqu'à la mort de nostalgie et d'anxiété.
L'horizon merveilleux équilibre l'espace sur l'espace. Il n'a que mépris pour le caractère inévitable des choses et l'acte volontaire ne lui est rien, il pense n'avoir jamais été empli de mouvements plus doux, pense qu'il a toujours vécu en ces lieux.
Un merle s'enfuit en rase-mottes. Quelque chose vacille en lui, qui touche aux racines mêmes de sa vie. Il souffre de toutes les choses et, souffrant d'elles, en jouit. Il voudrait n'être qu'un rayon du jour. Il espère le monde de cette façon là. Changefèges, Le Gerbail, La Chaumette, Les Ribes, La Viale, Hures, Champerboux… autant de sources d'où jaillit le flot des images de son passé. Le ciel est absolument pur. Ses parents persistent à grandir en lui. Qu'est-ce que le temps? Si personne ne le lui demande, il le sait… Mais si on le lui demande, et qu'il veut l'expliquer, il ne le sait plus. Il cueille un brin d'herbe jaunie et le porte à sa bouche pour en ruminer le goût douceâtre, continue à scruter le fond de la vallée de sa mémoire. Flâneries, il se tait. Dans la lente respiration sourde des bois, il entend la voix de tous ses ancêtres, pense au passé… Spectacle brun. Le paysage lui est infini. Les collines lointaines limitent doucement une steppe jaunâtre. Seule note moderne dans la nature, un paysan au loin s'affaire sur son tracteur. La poussée de ses ancêtres soulève son esprit. Il pense que c'est le contraire d'un pays à idées fixes. Un parfum d'herbes trop sèches traverse la pâleur du jour. Il sait que les vallées sont là, abruptes, menaçantes, mais n'en veut rien connaître, prend le décor à témoin : les vagues tâches colorées des champs d'herbes jaunâtres, celles des ombres, les moirures des moisissures sur les pierres, lui semblent porter les filigranes de visages familiers. Tous les jours lui sont sacrés. Il voudrait faire quelque chose… Il voudrait tant aider le monde à accoucher de sa vérité. D'un geste vif de son bâton, il coupe la tête des chardons. Le progrès est une victoire sur l'indolence.
Le frémissement et les sonorités du silence se déroulent paisiblement dans de larges échos lents et tranquilles que rien ne trouble depuis longtemps. Les pierres ne connaissent de traces que celles qui vont vers son passé. Un nuage d'images floues tourbillonne dans sa tête.