Il est temps! A la tâche qui m'est départie l'éternité seule peut suffire.
Paul Claudel, Cinq grandes Odes
Les choses n'ont pas beaucoup changé depuis la création du monde - le temps n'est pas plus donné aux empires qu'aux hommes: tout a ses limites - comment penser la perte du temps? Les vies n'ont pas de sens: la mort est la grande leçon - comme Janus le temps est un dieu à plusieurs visages, chaque minute essaie un nouveau suicide: pourquoi des civilisations survivent-elles quand elles pourraient mourir ou bien meurent quand elles pourraient être sauvées? La question de l'origine... Quelqu'un quitte la vie, quelqu'un d'autre y fait son entrée - la mort change tout: le monde est une course d'obstacles... Ce qui se produit aujourd'hui quelque part pourra demain, ailleurs, décider d'un destin... Car l'individu n'agit qu'en fonction d'une durée bornée: que dire d'autre? Aucune pensée ne trouve la raison de ce qui est. Mais comment ne pas voir que le réel n'a aucun intérêt si il n'est pas mesuré à cela; l'homme n'a pas la certitude de vivre. Sans la manifestation originelle du néant, il n'y aurait en effet ni être personnel ni liberté. Tous les jours rencontrent leur fin. La pensée du suicide est une résistante consolation; comment croire une chose inconcevable? La réalité est incompréhensible...