La ville a des rues étroites, venteuses, bruyantes, à l'odeur de poisson, pleines de vociférations.
Jean-Pierre Balpe, Mimoria
Il y a des nuages - octidi 28 Thermidor an I à l'approche de la nuit, au milieu des bousculades et des cris, dans une charrette cinquante quatre personnes en chemises rouges de parricides sont amenées sur la place. Des canailles vident les poches : les soldats portent les armes basses. Des tombereaux entrent bruyamment sur la place de la Réunion. Des hommes en armes sont postés tout au long de la rue. Le ciel s'ouvre... Une jeune femme fixe la foule - comme s'il y avait un incendie le ciel est inondé à l'horizon de lueurs rouges, la populace applaudit, le soleil se couche rouge feu dans un poudroiement de cendres. Quelqu'un: "qui est-ce?". On entend la réponse : "une sale affameuse"; un nuage se met à couvrir le soleil. Le maître-bourreau la prend par le bras gauche, le grand valet par le bras droit; en un instant elle est couchée sur la planche. Charles Jean-Baptiste Samson regarde la foule puis déclenche le couperet; le sang coule à gros bouillons... Le bourreau essuie le sang qui a rejailli sur son visage; le flot de sang se perd dans la mare nauséabonde qui entoure l'échafaud! Le bourreau saisit la tête par les cheveux et la gifle: la joie du peuple explose, le vacarme est immense... Le ciel lamine l'espace de sa voûte de plomb. Sur le chariot plusieurs condamnés pleurent, il se peut qu'il existe un autre monde, mais…