Abandonner une âme, une autre, une autre encore
Et si frileusement essayer de mourir
Qu'il ne soit plus, à l'heure où cette nuit commence
Que moi-même étendu qui tremble sur mon lit.
Jules Romain, Odes et prières
La grande lame de l'éclair tranche l'épaisseur de l'ombre, il n'y a pas plus gris que le gris de ce cie, il fait sombre - il n'y a rien d'autre à quoi se raccrocher, rien qu'une immense étendue. Le jour est encombré de nuit. La nuit tombe comme un couperet; il y a des nuages. Le coeur bat à tout rompre; Ostapenko se rend compte que son pouls est précipité et que le sang lui bat les tempes; l'angoisse se dissimule sous l'apparence médiocre des choses ordinaires: comment nommer cela, cette espèce d'avertissement muet? Les nuages couvrent la ville d'un voile de deuil, le temps bat au rythme des battements du coeur... Le coeur palpite... Une lave de lumière déborde les bâtiments. La respiration s'accélère; la peau transpire par tous ses pores: l'air manque, le ciel est barbouillé de grands badigeons de sang... Comme s'il y avait un incendie le ciel est inondé à l'horizon de lueurs rouges, la chaleur est épouvantable. Les os paraissent se dissoudre peu à peu, la pénombre défile, l'être entier n'est qu'anxiété...