A-t-il connu Le vague informel la fièvre croissante
Le plaisir organique
Gérard Noiret, Atlantides (heroïc poésie)
Autour de moi, des hommes bougent et se retournent sur leurs couchettes, le méfait fait beaucoup plus d'heureux que la vertu, depuis assez longtemps je suis en butte aux ennemis de la chose publique! Car la pudeur est une chimère... Je ne suis pas trahi par les hommes parce que je sais que l'homme est traître - ce n'est qu'en répandant le sang des hommes qu'on parvient à les dominer, il n'y a pas d'échappatoire à la brutalité du monde: je vois partout des signes de mort imminente! Au sein de l'incohérence la plus immense et de la corruption la plus réfléchie tout ce que les hommes appellent le bonheur ne peut que dorer le fil de la vie. Qu'on me prouve qu'il y a quelque chose qui interdise au plaisir de la chair de coopérer au bonheur de la nation... En prison j'invente mes libertés. C'est la plus grande de toutes les extravagances que de résister aux intentions de la nature sur nous, car on n'imagine pas ce que c'est que d'avoir la verge d'un valet de bourreau dans le cul! La souffrance est peut-être la seule forme véritable d'égalité; l'imagination est le seul recours - et je suis convaincu que le crime sert aussi bien les intentions de la nature que la vertu - depuis assez longtemps je gémis sous le poids de l'arbitraire le plus tyrannique, depuis assez longtemps enfin j'implore la justice... Nos sentiments, seuls, nous permettent de savoir les choses, l'individu compte à peine: trop modéré... ce n'est pas le mal qui est dangereux. Tout ce qui vient du coeur est conventionnel... L'imagination ne peut s'épanouir que dans des excès... Il est facile de se créer une conscience analogue à ses opinion...