Les ailes oublient à cette hauteur le petit oiseau qu'elles portent.
Ariane Dreyfus, Iris, c'est votre bleu
Il pleut (un peu)... Le ciel lamine l'espace! Grand ciel rouge, alors que le jour tombe, sous les regards de la foule, au milieu de discussions fougueuses, nuages... Des tombereaux rouges arrivent sur la place: le jour semble manquer de temps. La foule attend: de grands chariots parcourent lentement la place. La foule est avide du spectacle, il fait sombre: une jeune fille, immobile, descend du tombereau, monte les escaliers de l'échafaud, s'approche du bourreau! De petites gouttes s'accrochent aux murs, hésitent à glisser sur le sol où elles creusent de minuscules cratères. De rares transparences se dissolvent! Une voix de femme hurle: "vandale, tu n'as que ce que tu mérites!" les nuages se déchirent continûment découvrant des couches de bleu, de blanc et de lumière vive: les bourreaux s'emparent d’elle sans ménagement, la plaquent sur la planche, la couchent sous la lame suspendue! De lourds nuages sombres accourent de l'ouest, frôlant le Palais National; à son tour le bourreau rouge s'avance, approche de la guillotine, libère le couperet: un nuage accroche quelques arbres et se brouille - du cou tranché jaillissent deux flots de sang; le bourreau a les mains pleines de sang - le sang coule en abondance sur le pavé: l'espace nuageux du ciel oppressant séquestre l'âme - la tête coupée, le corps tout vêtu, sont jetés dans un vaste tombereau où tout nage dans le sang - la populace rit et danse, le vent siffle. Culbutes de nuages! Soixante et onze autres condamnés attendent...