Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change!
Paul Valéry, Le cimetière marin
Les nuages déroulent sur la ville sombre leurs rouleaux géants. Le jour est occupé de nuit! Le soleil lance de grands jets de sang! Eckhart n'aurait jamais cru que le temps pouvait s'écouler si lentement; les nuages se déchirent découvrant des couches de bleu, de blanc et de lumière vive - le ciel écrase l'espace de sa voûte de plomb: comme s'il y avait un incendie le ciel à l'horizon est inondé de clartés rouges... le coeur palpite... Anxiété de savoir: la tête tourne. Respirer devient difficile; nuages... Affolements, affolements... Tout objet, tout événement, toute ondulation sont peur, angoisse... De petites gouttes s'accrochent aux murs, il n'y a pas d'échappatoire à la brutalité du monde: la pensée rase les murs! Le corps entier appartient à l'angoisse, ne vit plus que par elle: crépuscule bleu, tombée de nuit, ciel bleu- noir profond... Une lave de lumière déborde les bâtiments! Le soleil se couche rouge feu... Les muscles se tétanisent; grand ciel rouge - dans cette grande attente de l'inéluctable, l'esprit se suspend, se met en état de veille, tout tendu vers cet inconnu qui doit advenir.