Voici que je m'en vais en des pays nouveaux:
Je ferai la bataille et passerai les fleuves…
Charles Péguy, Jeanne d'Arc
Ton frère
pendant ce temps les traîtres guettent, prêts à se jeter sur notre République pour la mettre à mort, l'état de notre nation est effroyable. Le monde va mal. Dans nos villes, à tous les coins des rues, boucaneuses et raccrocheuses se disputent le chaland. Laboureurs et manouvriers ne mangent plus guère que des racines; la cherté de la vie oblige à des économies souvent sordides... Nos campagnes sont pleines d'enfants abandonnés qui errent à la recherche d'un morceau de pain - les caves des riches sont pleins de provisions - nos prisons sont pleines de vandales! On voit des filles de douze ans, vendues par leur mère, finir dans les bordels... Ceux qui devraient faire respecter les lois sont ceux qui les nient - cela fait deux mois entiers que nous avons bien de peine à avoir du pain... Nous mourons de faim... C'est ce qui effraie davantage. Des bandes de brigands parcourent la campagne et chauffent les pauvres gens à la paille de leur lit - malgré sa vigilance ardente le nouveau comité de salut public peine à faire respecter les lois: toute personne qui ne suit pas les idées communes est persécutée! La salmée de gland est à quinze sols,
votre concitoyen.