Je me demande comment, par exemple.
Paul Géraldy, Aimer
Quoi qu'il prétende, tout roman est arbitraire, il n'y a pas de cohérence dans un roman, - et c'est ce qui fait sa force - il parle n'importe comment de n'importe quoi. Le propos du roman est toujours sommaire, quelques sentiments, un récit... Le roman est un jeu d'adresse - les hommes veulent qu'on leur raconte des histoires... Quelle que soit la manière dont les faits sont présentés, l'essentiel échappe à la narration - écrire n'est pas une nécessité - le roman bien employé peut révéler les endroits les plus secrets de la vie... Le roman, on ne sait jamais où il va ; ce sont les gens dans les livres qui devraient imaginer nos histoires, les hommes imaginent l'authentique histoire à l'intérieur des mots... Le roman avance dans l'entrecroisement des citations véritables ou secrètes... Le réel pénètre en l'homme par ses yeux, mais il n'y comprend rien tant qu'il n'a pas pénétré sa langue ; quelle que soit la manière dont les faits sont présentés, l'essentiel échappe à la narration... Le roman doit faire tenir ensembles des faits contradictoires ! L'écriture est une méthode de réflexion, un moyen de comprendre l'univers et d'y trouver sa place... Les romans ne sont écrits qu'avec des trous que les lecteurs comblent parfois : tout lieu décrit est frappé d'irréalité ; il y a un dehors du roman, affirmé comme un réel : un monde où se passe autre chose que la mise en écrit de la mémoire. Tout est vrai dans un roman, parce qu'un auteur n'invente rien ! La cohérence du roman vient de l'acceptation de son incohérence - personne ne veut faire partie d'une fiction... De quel monde le roman doit-il parler ? On ne peut pas reconstituer une réalité à la façon d'un puzzle... Le roman ne donne pas de leçons...