Voici le dépliement de la grande Aile poétique!
Paul Claudel, Cinq grandes odes
L'air est bleu; le ciel est toujours bleu - alors que le jour fuit les animosités de la populace, alors que le jour tombe, ciel bleu éclatant et chaud! Le ciel bleu déborde d'une lumière très blanche, le ciel est toujours bleu trop bleu... Le tombereau peint en rouge de la grande hécatombe arrive sur la place de la Barrière du Trône... Les nuages traînaillent encore sur la laque bleue du ciel, le soleil brûle: le tambour roule sans repos: les familles essaient de percer la masse emmêlée de la foule, les chariots se frayent un passage dans la foule qui emplit la place de la Barrière du Trône... Une femme approche col décolleté. Le ciel est un ciel... L'oeil sauvage du soleil contemple la campagne des voix s'élève: "la citoyenne Nonville, accapareuse malpropre", elle se couche d’elle-même sur la planche, paraît prier! Chacun regarde monter vers la corde la main du bourreau... Le soleil passe son rouleau-compresseur on entend un choc sourd, la tête se sépare du corps: le bourreau se tourne vers la foule comme en quête d'applaudissements; le sang jaillit en flot. L'air est bleu: deux bourreaux emportent le cadavre, le jettent comme une raclure dans un tombereau couvert de sang; une voix de femme s'élève: "à la guillotine", le soleil brûle. Rien ne bouge dans l'air... Le temps se met comme en attente. Soixante quinze autres condamnés attendent; le bleu du ciel est terrible! Le jour est charmant...