La pièce voisine […] servait au besoin pour de petites opérations.
Roger Martin du Gard, La consultation
Dans l'ombre un homme et une femme font l'amour - par une porte, un soldat jette un condamné dans la salle, il heurte violemment un des murs. Derrière les barreaux des grilles, des porte-clefs, des agents de police et des sans-culottes viennent jouir du spectacle - émanations de crotte et d'absence, le sol est jonché de corps, un homme est couché dans un coin, sur le dos, bouche grande ouverte, il respire difficilement. Un groupe de soldats entre dans la salle... Une horrible puanteur de cadavre flotte dans la pénombre, une enfant dévêtue, assise dans la boue, yeux immenses, grands ouverts malgré la nuit, regarde; des hommes, des femmes, des enfants agonisent! Des rats courent le long des murs... Une femme s'efforce de retenir le bras d'un guerrier qui, de sa main gauche, la tient par les cheveux; sous son pied il écrase la gorge d'un garçonnet nu hurlant; son épée dressée menace l'enfant! Des cadavres jonchent le sol, une épée levée menace un enfant sans équivoque; Merda est ensanglanté de la tête aux pieds - la paille répandue sur le sol est couverte de merdes, il y a là des enfants livrés à la solitude et au néant… Un adolescent nu, la tête bandée d'un chiffon sale, dévore une punaise, l'obscurité est presque totale, les rares carreaux sont couverts d'une épaisse couche de poussière... Ouverture noire des enfers. Un miasme de sueur envahit la salle, un groupe de soldats passe au milieu des corps, examine les visages; l'un d'eux dit: "ci-devant Merda, on t'attend !"... Les soldats prennent brutalement Merda par la tête et les pieds, le soulèvent et l'emmènent.