Qui voudrait vivre,
quand il n'a rien
à respirer, la voile
noire toujours levée
Ingeborg Bachman, Je ne sais pas de monde meilleur
Le gouvernement s'embarrasse fort peu des individus. Etre le lieu de l'instant C'est la plus grande de toutes les extravagances que de résister aux intentions de la nature sur nous. Déjà vingt ans de prison... La dureté des riches légitime la coquinerie des pauvres, je demande grâce; tous les hommes tendent au despotisme - quel crime ai-je commis pour me retrouver ainsi? Un seul baiser a plus d'emprise sur moi que toutes les armes dont on peut user pour me contraindre... Je ne sais pourquoi j'existe et je respire encore; qu'on me prouve qu'il y a quelque chose qui interdise au plaisir de coopérer au bonheur de la nation, ce n'est donc pas le mal qui est dangereux; car dans un siècle entièrement corrompu le plus sûr est de faire comme les autres - rien de tel que concevoir un crime pour faire arriver le bonheur; ma vie depuis la révolution est marquée par des sacrifices répétés: la mécanique des corps et celle des passions pour affecter celle du pouvoir! Il n'existe aucune méthode pour se préparer à l'horreur. Etre malheureux n'est pas un état! Il est fort peu d'actions criminelles dans une société dont la liberté et l'égalité font les bases. Il faut savoir marcher même à travers les flammes: Le destin me poursuit, il est temps que l'incohérence disparaisse - mais je refuse d'accepter l'acceptable... Les grilles se sont refermées sur moi...