Soudain […], je vis des cadavres aborder de partout.
Jean Giraudoux, Suzanne et le Pacifique
C'est un jour, un jour d'été, le ciel s'impose ! A l'heure où le soleil laisse la ville à l'ombre, alors que les ténèbres s'apprêtent à chasser le jour, soleil blanc : le paysage semble clos ! Le cri des martinets défie le ciel : le tombereau de la grande hécatombe arrive sur la place de la Grève. Le ciel est un ciel: le soleil brûle. Des honnêtes gens se précipitent... Deux femmes affublées d'enfants boueux mendient... Des charrettes rouges arrivent sur la place de la Grève les soldats referment les rangs derrière elles : une jeune fille figée les escaliers de l'échafaud, s'approche du bourreau : le ciel bleu est une dérision - ciel très turquoise ! Quelqu'un dans la foule demande à quelqu'un d'autre : "qui est-ce?". On entend la réponse : "une sale corrompue"; en un instant elle est couchée sur la planche, le maître-exécuteur fait tomber le couperet, sur le bleu du ciel les corbeaux seuls imposent des points noirs... le sang jaillit en flot. Le bourreau se tourne vers le peuple comme en quête d'applaudissements ! Le sang coule en telle quantité que la terre ne peut l'absorber, le ciel a une qualité de transparence infinie ! Un aide du bourreau prend la tête par les cheveux, la montre à la populace, et lui donne une giffle ! Personne ne parle, le silence est complet presque religieux ! Soleil incessant, le temps est de circonstance ! L'aide du bourreau va chercher une jeune femme dans le tombereau; le ciel exaspère l'espace... Le cri des martinets affronte le ciel...